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samedi 7 mars 2026

Infirmes, bâtards et choses brisées

Vêtu de maille et de cuir bouilli, Robb occupait la cathèdre de Père et arborait sa physionomie sévère de lord-maître des lieux. Derrière lui se dressaient Mollen et Greyjoy, et sur la grisaille des murs que ponctuaient les fenêtres étroites se détachaient une douzaine de gardes. Debout au centre de la pièce avec ses serviteurs se tenait le nain, ainsi que quatre étrangers dont la tenue noire annonçait l’appartenance à la Garde de Nuit. Dès son entrée, Bran perçut l’ambiance coléreuse.
« Winterfell est heureux d’héberger aussi longtemps qu’il le désirera tout membre de la Garde de Nuit », articulait Robb au même instant, de sa voix seigneuriale. Son épée lui barrait les genoux, nue de manière que nul au monde n’en ignorât. Même Bran savait ce que signifiait d’accueillir un hôte avec de l’acier dégainé.
« Tout membre de la Garde de Nuit, répéta le nain, mais pas moi, si je t’entends bien, mon garçon ? » Robb se leva et pointa sur lui son épée. « Le seigneur de ces lieux, en l’absence de mes père et mère, c’est moi, Lannister. Je ne suis pas votre garçon. — Si tu es le seigneur, tu pourrais en apprendre la courtoisie, répliqua le petit homme, ignorant l’arme qui le menaçait. Ton frère bâtard a pris toutes les grâces de ton père, à ce qu’il semble.
— Jon ! » hoqueta Bran, toujours dans les bras de Hodor. Le nain se retourna pour le dévisager. « Ainsi, c’est vrai, le petit est vivant. Je pouvais à peine le croire. Vous avez la vie dure, vous autres, Stark.
— Vous feriez bien de vous en souvenir, vous autres, Lannister, grogna Robb en abaissant son épée. Hodor, amène ici mon frère.
— Hodor ! » s’épanouit Hodor en allant au trot déposer Bran dans la vaste cathèdre où, depuis l’époque où ils s’intitulaient rois du Nord, trônaient les sires de Winterfell. D’innombrables séants en avaient poli la pierre froide, et le petit infirme dut se cramponner aux gueules béantes de loups-garous qui en décoraient les bras pour compenser le ballant de ses jambes vaines. L’ampleur du siège lui donnait en outre l’impression d’être moins qu’un avorton. Robb lui posa la main sur l’épaule. « Vous prétendiez devoir rencontrer Bran, Lannister ? Hé bien, le voici. »
Les yeux du nain mettaient l’enfant très mal à l’aise. L’un était noir et l’autre vert, mais tous deux le fixaient, l’étudiaient, le soupesaient « A ce que l’on m’a conté, Bran, finit-il par dire, tu grimpais comme personne. Comment se fait-il que tu sois tombé, ce jour-là, dis-moi ?
— Je ne suis jamais tombé », répondit Bran, insistant sur jamais. Il ne l’était jamais, jamais, jamais !
« Il ne conserve aucun souvenir de sa chute ni de l’ascension qui l’a précédée, précisa Luwin, conciliant.
— Curieux, s’étonna Tyrion.
— Mon frère n’est pas là pour subir un interrogatoire, Lannister, dit Robb d’un ton sec. Allez droit au but puis filez.
— Je t’apporte un présent, mon petit, reprit le nain. Tu aimes monter à cheval ?
— Pardon, messire, intervint mestre Luwin, mais il a perdu l’usage de ses jambes, et...
— Bagatelle. Avec la selle adéquate et le cheval adéquat, même un estropié peut monter. »
Estropié... Le terme blessa Bran comme un coup de poignard et, malgré lui, ses yeux se remplirent de larmes.
« Je ne suis pas estropié !
— Dans ce cas, je ne suis pas nain. » Une grimace lui tordit la bouche. « Cette nouvelle ravira mon père. »
Theon crut opportun de s’esclaffer.
« Qu’entendez-vous au juste par selle et cheval adéquats ? repartit Luwin.
— D’abord un cheval docile, répondit Tyrion. Etant donné que le garçon ne peut utiliser ses jambes pour le diriger, vous devez adapter la bête au cavalier, lui apprendre à répondre aux rênes et à la voix. A votre place, je choisirais un poulain neuf, de manière qu’il n’ait pas de dressage à oublier. » Puis il tira de sa ceinture un rouleau de papier. « Pour ce qui est de la selle, votre sellier n’aura qu’à exécuter ce croquis. » Avec une vivacité d’écureuil gris, le mestre s’empara du document, le déploya, l’examina. « Je vois. Vous avez un joli coup de crayon, messire. Ma foi, cela devrait marcher... Comment n’y ai-je pas pensé moi-même ?
— Je n’y ai guère de mérite, allez. Elle ne diffère pas énormément de celles dont je me sers.
— Et elle me permettra vraiment de monter ? » questionna Bran. Il ne demandait qu’à le croire mais redoutait de se laisser duper par un nouveau mensonge. Les promesses de la corneille l’avaient tellement échaudé...
« Oui, dit le nain. Et je te garantis qu’une fois à cheval tu seras aussi grand que n’importe qui. »
Robb se montrait abasourdi. « Que nous mijotez-vous, Lannister ? En quoi Bran vous concerne-t-il ? Pourquoi diable voudriez-vous l’aider ?
— Parce que votre frère Jon m’en a prié. Et parce que j’ai, grommela Tyrion, la main sur son cœur, un faible pour les infirmes et les bâtards et les choses brisées. » A Game of Thrones, Bran IV

mardi 19 août 2025

Inspirations littéraires, historiques et mythologiques [14/?] : Winterfell & les influences de Tolkien

Parmi les lieux 'symboliques' du ASOIAF Verse, on trouve bien entendu l'arbre coeur de Winterfell.
Ces arbres sont importants, et pas seulement pour la valeur sentimentale qu'ils représentent pour les Stark. Ils sont importants pour les Enfants de la Forêt, car ce sont littéralement leurs maisons. C'est là qu'on trouve les anciens Dieux. Il y a eu une guerre entre ces derniers et les Premiers Hommes qui abbataient ces arbres, jusqu'à ce que soit conclut un pacte sur l'Île des Faces de l'Œildieu dans le Conflans. La Corneille à Trois Yeux vit sous un de ces arbres, et l'arc de Bran est lié à devenir ce dernier, à accepter la magie des Anciens Dieux, et à devenir plus qu'un warg. Les premiers hommes tiraient leurs pouvoirs de la terre et des arbres. Les Autres ont été comparés à la menace du changement climatique provoqué par la déforestation. Bien que la série n'ait pas exploré ce thème, les livres le feront peut-être, en se penchant sur les pouvoirs de vervue et de change peau des Stark, ainsi que la mythologie du Nord et des Premiers Hommes. La série y a tout de même un peu touché avec l'association sentimentale faite de l'arbre coeur de Winterfell. Après avoir repris Winterfell, les Stark ont énormément de scènes dans le bois sacré, presque plus dans les 3 dernières saisons qu'au début de la série. Y-avait-il un thème plus profond que simplement montrer les changements de saisons et le besoin de Bran de ces arbres pour utiliser ses pouvoirs ? Après tout, cet arbre apparaît dans le générique, et c'est le seul lieu du générique où apparaît un arbre. Comme dans la série, il est fort probable que dans les livres Port-Réal soit détruit par Daenerys, rendant futile toute la guerre pour le Trône de Fer, mais en plus, il pourrait y avoir l'équivalent d'un sac de la Comté dans Westeros, et Port-Réal est loin d'être un endroit qui évoque la Comté. Le Nord, c'est là où se trouvent les gens plus simples, et en comparaison du reste du royaume, les Stark donnent plus l'impression d'être les gentils/victimes. Mais Winterfell et le Nord ont déjà été saccagés pas une, mais deux fois : d'abord par Theon et les Greyjoy, et ensuite par les Bolton.
Suite à la mise à sac de Winterfell, Bran songe que :
La pierre est forte, se dit Bran, les racines des arbres plongent fort avant dans le sol, et là-dessous trônent, impassibles, les rois de l'Hiver. Aussi longtemps qu'ils y demeureraient demeurerait de même Winterfell. Winterfell n'était pas mort, il n'était que rompu. Comme moi, songea Bran. Moi non plus, je ne suis pas mort. A Clash of Kings, Bran VII
Il y a un certain ancrage représenté par Winterfell - au sens propre et figuré - et l'arbre sacré en particulier. Les Starks ne réalisent vraiment la valeur de Winterfell qu'après l'avoir quitté et être forcés de s'enfuir pour leur survie. Mais dans un coin de leur esprit, tous pensent un jour y revenir, mais ignorent cette possibilité. Jusqu'à ce qu'ils soient poussés dans des situations où l ameute se retrouvera, d'abord avec Jon et Sansa, peu à peu rejoints par le reste de la fratrie. Winterfell représente la famille, l'enfance, l'innocence, la maison. Mais plus que la pierre, le baral sacré est le cœur de Winterfell, comme le dit Ned.
Sansa semble faire écho à ce sentiment face à l'absence d'arbre sacré dans les Eyriés.
Le jardin, jadis, elle le savait, voulait être un bois sacré, mais la couche d’humus trop mince et le socle rocheux qu’à peine dissimulait-elle n’avaient jamais permis à aucun barral de s’enraciner. Un bois sacré sans dieux, aussi désert que moi. A Storm of Swords, Sansa VII
Ainsi, si une sorte de sac de la Comté devrait se produire, ce ne serait pas la pierre ou le chateau qui serait affecté. Cela s'est déjà produit. Cette fois, ce seront les arbres. Et plus précisement l'arbre auquel on tient tant : l'arbre coeur sacré. Si cela arrive, il est probable que le resposable soit Daenerys, même accidentellement, et sans comprendre les répercussions de ses actions. Pourquoi ? Il y a une réplique qui revient beaucoup dans A Dance with Dragons dans les chapitres de Daenerys : “Un dragon ne plante pas d'arbres.

Ca semble plutôt symbolique, et cela a du sens dans l'arc de Daenerys, de ne jamais vraiment s'ancrer nul part, de passer d'un endroit à un autre en les conquérant, mais sans jamais vraiment être une dirigeante compétente, et en voulant passer au prochain projet. Cela découle du fait que Daenerys a passé une grande partie de sa vie à courrir pour sa vie, sans jamais avoir de stabilité avec une vraie maison/famille/foyer. Le plus proche d'une maison qu'elle ait jamais eu, c'est la maison à la porte rouge avec le citronnier à la fenêtre. Mais plus Daenerys devient puissante, plus cette idée devient distante. Parce que ses dragons et son désir de restaurer son héritage Targaryen la transforme en ce qu'elle détestait chez Viserys.
Même ceux qui ont tué sa famille et l'ont envoyée loin de Westeros - Tywin, Robert, Gregor Clegane, Amory Lorch... - sont morts à présent. Contre qui se venger ? Qu'est-ce qu'elle pourra apporter à Westeros ? Remplacer la tyrannie de Cersei par un autre tyran impulsif ? Elle a de bonnes intentions, mais elle n'est pas une bonne dirigeante à cause de son instinct premier de recourir sans cesse à la violence et à ses dragons pour résoudre les problèmes. C'est une solution à court terme, qui a des conséquences négatives sur le long terme. En fin de compte, elle ne sera même pas comblée en prennant le trône. A cet égard, c'est un personnage tragique, condamnée à devenir ce qu'elle ne veut pas, parce qu'elle n'a aucun endroit où retourner. Daenerys n'a pas de racines, parce qu'elle a peur de regarder en arrière et de se sentir perdue ; et pourtant, en ne voulant pas regarder en arrière, elle détruit les racines des gens, en apportant le chaos dans leurs vies. Les Stark, quant à eux, sont des planteurs. Jon et Sansa touchent à l'administration et au micromanagement bien plus que Daenerys, et c'est pour ça que ses idées ne portent jamais leurs fruits. Elle n'est que actions et discours dramatiques, sans politiques pour suivre. Il y a aussi Bran, qui est le plus connecté à la terre et aux arbres. Mais c'est le cas de tous les Stark, d'une façon ou d'une autre. Dans ASOS, Jon pense même cela :
Rouges, réalisa Jon en sursaut, mais pas du tout comme celles de Melisandre. C'étaient celles d'un barral. Prunelles rouges et babines rouges et blanche fourrure. Sang et os, comme un arbre-cœur. Il est corps et âme aux anciens dieux, lui. Et blanc, de tous les loups l'unique. A Storm Of Swords, Jon XII
Jon fait la distinction entre le rouge de Mellisandre (associé au feu) et le rouge des yeux et des babines de Ghost. Il associe ce dernier à un bois sacré, et en déduit qu'il porte les couleurs d'un arbre coeur. Il ne l'associe pas à la mort ou au sacrifice, mais à la vie, à l'histoire et à la connaissance. “Un dragon ne plante pas d'arbres.” oppose directement Daenerys aux Stark, aux Enfants de la Forêt, et aux Dieux Anciens qui se trouvent dans les arbres, surtout dans le Nord. Cela la met en conflit avec les Stark et avec l'arbre qui nous est si cher.
Ce n'est pas une coincidence que Sansa parle de faire des réserves de nourriture pour l'hiver dans le 7x03, et que l'épisode suivant, Daenerys se lamente du manque de nourriture pour nourrir son armée... avant qu'on ne la voit détruire plusieurs chariots de nourriture avec son dragon sur un champ de bataille où son armée dépassait déjà en nombre les hommes des Lannister (ce champ de bataille avait déjà vu le terrible Champ de Feu plusieurs siècles plus tôt...). Peut-être que Daenerys ne s'est pas rendue compte de ce qu'elle brûlait, mais il n'empêche que ses actions décidées de manirèe impulsive auront des conséquences très négatives sur le long terme. Non seulement l'armée des Lannister n'est pas composée que de ces derniers (la plupart sont des paysans ou hommes qui ne font que suivre leur seigneur lige), mais en plus, elle a détruit des réserves de nourriture qui aurait pu nourrir ses propres armées, ce qui est incroyablement irresponsable. Quand on a autant de pouvoir entre ses mains, on doit faire preuve de plus de contrôle, on ne peut pas se permettre une telle négligence. Si elle est assez irresponsable pour brûler de la nourriture, elle peut aussi brûler par erreur un bois sacré, car non seulement les dragons ne plantent pas d'arbre, ils ne réalisent pas non plus leur valeur. C'est le genre de chose qui a provoqué la création des Autres ! L'argument des Enfants de la Forêt était de ne pas brûler ou couper ces arbres. Melisandre et Stannis brûlent le bois sacré d'Accalmie en sacrifice pour R’hllor. Elle a même une vision de la Corneille à Trois Yeux et de Bran et pense que c'est l'Autre, l'ennemi de R’hllor, et son servant. Melisandre n'est pas très fiable quand il s'agit de lire ses visions, mais le fait qu'elle n'ait eu aucun problème à brûler des arbres coeur montre qu'elle s'oppose à tout ce en quoi croient les Enfants de la Forêt. C'est dans le Nord qu'on trouve le plus ces arbres. Jusqu'à présent, Daenerys n'a parcouru que des terres arrides. Elle n'a pas été en contact avec beaucoup de verdure. Alors ce n'est peut-être pas trop tiré par les cheveux de supposer qu'elle pourrait faire la même chose que Melisandre. Peut-être que ce sera en essayant de détruire les Autres si ils atteignent Winterfell, mais ça n'en serait pas moins horrible pour autant. Ca devient un peu plus inquiétant quand on sait que GRRM s'est inspiré de Tolkien et du Seigneur des Anneaux. Dans cet univers, les arbres sont aussi très importants. Ceux de Valinor sont détruits par la convoitise des humains. Il y a aussi les Ents, des creatures que les Elfes ont créé notamment pour protéger les forêt des orques. Et enfin, la bannière du Gondor est l'arbre blanc de Minas Tirith.

Les elfes ont fait cet arbre à l'image de Telperion, l'un des deux arbres de Valinor. Leurs boutures ont été plantées à différents endroits, donnant lieu à différentes 'versions' de ces arbres. Islidur a volé l'un des fruits de ces arbres et l'a planté en face de sa demeure, après que Sauron lui ait conseillé de le faire. Mais Sauron a ensuite attaqué Islidur et brûlé l'arbre. Islidur a survécu en emportant une bouture de l'arbre, qu'il a planté à Minas Tirith. L'arbre est mort à nouveau à cause d'une épidémie. Une troisième bouture fut plantée et vécut jusqu'à la mort de Belecthor II, l'étendant de l'époque. L'arbre resta tel quel, mort de manque de soins (comme l'arbre mort de Corneilla dans ASOIAF). Saruman a aussi commencé à pratiquer la magie noire pour vaincre Sauron, et brûla des arbres. Malheureusement, en faisant cela il fut corrompu à son tour par le pouvoir de l'Anneau Unique. Pour finir, Aragorn remporta la guerre, unit Arnor et le Gondor, et planta une nouvelle bouture avec l'aide de Gandalf. L'arbre mort fut enlevé et placé dans les tombes royales, avec les honneurs accordés à un monarque. Voilà, les arbres sont importants dans l'univers de Tolkein, et GRRM a totalement été influencé par ce dernier : regardez la bannière du Gondor dans le Seigneur des Anneaux, et celle des Nerbocs de Corneilla dans ASOIAF :
 
Certes, la maison Nerboc n'est pas si importante, et se trouve dans le Conflans... mais ça a une grande importance, en fait. La précédente Corneille à Trois Yeux était Bryden Rivers aka Freuxsanglant. Les gens se souviennent de lui car il était un bâtard Targaryen, la main de deux rois, qu'il avait un réseau d'espions, et qu'il a servi comme Lord Commandant. Il était albino et il avait des yeux rouges et une cicatrice qui ressemblait à un corbeau. Mais les gens oublient souvent autre chose : sa mère était Melissa Nerboc. La maison Nerboc était autrefois une maison royale du Nord, avant que les Rois de l'Hiver les exhilent dans le Conflans. Ils ont un arbre coeur mort dans leur bois sacré. Mais la devise de leur famille honore les Dieux Ancieux (”Les Dieux Anciens vous entendent”), même s'ils ont oublié les histoires des Enfants de la Forêt et pensent qu'ils ne sont que des contes de fée, ce qui est tout aussi menaçant que le “l'hiver vient” des Stark. Freuxsanglant est devenu la Corneille à Trois Yeux à cause de sa connexion aux Premiers Hommes par sa mère, et il arbore l'emblème de cette dernière de façon littérale.
Le Nord se souvient n'est pas qu'un slogan sur l'injustice infligée à Ned Stark et sa famille. Ce slogan ne concerne pas que les Stark. Le Nord se souvient de ses racines, et sait qu'il fut un temps avant que les Andals n'apportent avec eux la Foi des Sept, et que les Targaryen n'apportent leurs dragons. C'est dans les histoires, dans les chansons, qui ont malheureusement disparu parce que personne n'en a gardé de trace écrite. Mais cela fait quand même parti de leur héritage, ils vénèrent toujours les Dieux Anciens. Le Nord se souvient de ce que le reste de Westeros a oublié. Mais le Nord a aussi oublié une partie de son histoire. Le loup géant est important, mais n'est pas grand chose sans les arbres sacrés.
Si le Trône de Fer de Port-Réal brûle, il en sera de même pour son opposé, l'arbre coeur de Winterfell. La destruction de Port-Réal sera plus probablement la conséquence de la colère de Daenerys contre Cersei : elle ne détruira pas juste le Donjon Rouge, puisque son père a placé du feu grégeois sous la ville. Encore une fois, son impulsivité et sa négligence provoquera tout ça. Brûler Winterfell (ou du moins une partie) ainsi que le bois sacré et son arbre coeur sera le “Sac de la Comté” après que les Stark soient rentrés chez eux. C'est bien plus grave que la dernière fois qu'ils ont dû reconstruire la forteresse. Le Trône de Fer et l'Arbre Coeur sont des opposés : fer contre coeur, trône contre arbre. L'un représente le pouvoir, la corruption, la mort, tandis que l'autre représente la vie et la chaleur, même dans le froid hivernal. Devoir reconstruire leur maison leur rappellera quelles sont les priorités. Ils ne comprendront ce qu'ont ressenti les Enfants de la Forêt pas avant d'avoir perdu la maison, et de rentrer dans une maison où l'un de ses emblèmes a été détruit. Alors après la guerre, les Stark pourront planter un nouvel arbre, là où se trouvait le précédent. “Un rêve de printemps” n'est pas seulement la fin de l'hiver, mais aussi la renaissance, de bien des façons. Les dragons ne plantent pas d'arbres, mais les loups le peuvent, puisqu'ils en ont besoin et comprennent ce que signifie leur perte.

Traduction : moi // Source

mercredi 9 juillet 2025

Un miracle

Des ailes insoupçonnées prenaient le vent, s’en gorgeaient, qui le relevèrent vers le ciel. En bas reculaient les terribles aiguilles de glace. En haut s’ouvraient les nues. Et il montait, montait. C’était autrement bon que de grimper. C’était meilleur que tout. Là-bas, dessous, s’amenuisait le monde. « Je vole ! » s’écria-t-il avec délices. Première nouvelle, dit la corneille à trois yeux qui, prenant l’air, vint le gifler de ses rémiges, l’aveugler, freiner son ascension puis, se laissant chavirer sans cesser de lui battre les joues, se mit à lui becqueter violemment, tout à coup, le milieu du front, juste entre les yeux. « Mais qu’est-ce qui te prend ? » glapit Bran, fou de douleur. La corneille ouvrit le bec, émit un croassement, mais strident comme un cri d’effroi, et la brume grise frémit, parcourue de remous, se déchira, tel un voile, et, progressivement, l’oiseau se métamorphosa en femme, en une vraie femme, une servante aux longs cheveux noirs, et Bran se rappela l’avoir déjà vue quelque part, à Winterfell, oui, c’est ça, il se souvenait d’elle, à présent, et il comprit alors qu’il se trouvait à Winterfell, juché tout en haut d’un grand lit, dans une chambre de quelque tour glaciale, et la femme aux cheveux noirs, laissant tomber une cuvette qui se fracassa sur le sol, se ruait dans l’escalier en criant : « Il s’est réveillé ! Il s’est réveillé ! Il s’est réveillé ! » Il se tâta le front, entre les yeux. L’emplacement des coups de bec demeurait cuisant mais ne saignait pas, ne portait trace d’aucune plaie. Tout faible et chancelant qu’il se sentait, Bran voulut sortir du lit mais ne put faire un mouvement. Alors, quelque chose bougea, près du lit, quelque chose vint, d’un bond léger, se poser sur ses jambes, sans qu’il éprouvât la moindre sensation. Des yeux jaunes, aussi brillants que le soleil, se plongèrent dans les siens. La fenêtre était ouverte, et il faisait froid, dans la pièce, mais la chaleur qui émanait du loup le vivifia comme un bain bouillant. Son chiot... mais était-ce bien lui ? Il était si gros, à présent. Il avança la main pour le caresser, et sa main tremblait comme une feuille. Quand Robb franchit le seuil en trombe, tout hors d’haleine d’avoir gravi l’escalier quatre à quatre, le loup-garou léchait ardemment la figure de Bran. Et Bran lui dit d’un air paisible : « Il s’appelle Eté. » A Game of Thrones, Bran III

samedi 26 avril 2025

Les rêves de Sansa : manifestation de la 'vert vue' ?

En dehors de Sansa, tous les enfants Stark ont déjà eu des 'rêves' où ils prenaient possession du corps d'un animal au moins une fois. Cela signifie-t-il forcément que Sansa est dépourvue de ces dons, ou les siens se manifestent-ils différement ?

Comment fonctionne le don des enfants Stark ?


La louve de Sansa ayant été tuée très tôt, la jeune fille n'a pas eu le temps d'établir le genre de connexion que ses frères et sœur ont avec leur propre compagnon à quatre pattes, lien leur permettant de prendre possession du corps de l'animal. Pourtant, l'auteur a bien confirmé que tous les enfants Stark possédaient ce genre de don, et on peut voir cela dès le premier chapitre du premier tome :
Vers le milieu du pont, Jon s’arrêta soudain.
« Qu’y a-t-il ? s’étonna Père.
— N’entendez-vous pas ? »
En prêtant l’oreille, Bran perçut bien la rumeur du vent dans les frondaisons, le brouhaha des sabots sur les madriers, le menu geignement du chiot affamé, mais Jon écoutait autre chose.
« Là-bas », dit-il et, faisant volte-face, il retraversa le pont au galop, bondit à terre sur les lieux mêmes où gisait la louve, s’agenouilla... Et lorsqu’il rallia la troupe, un instant plus tard, il avait l’air épanoui.
« Il avait dû s’écarter des autres en rampant, dit-il.» A Game of Thrones, Bran I
A cheval, déjà à mi-distance d'où se trouvait un chiot muet, Jon a pu l'entendre. C'est évident qu'en fait, il a plus senti qu'entendu Ghost. Il était déjà lié au louveteau, bien que cela se soit produit plus d'un an et demi avant son premier vrai rêve de loup. Et en plus, il lui a fallu du temps pour se souvenir de ces rêves :
Les rêves de loup devenaient plus forts, et Jon se surprenait à en conserver le souvenir, même éveillé. A Dance with Dragons, Jon I
Donc en prenant ce cas, Sansa a peut-être bien déjà des rêves de vert vue ; elle ne s'en souvient tout simplement pas. Et ce ne sont peut-être pas des rêves, mais des partages de sens, des instants où elle ressent l'animal... plus spécifiquement, les oiseaux :
A peine fermait-elle les yeux qu’il lui apparaissait, prisonnier de sa cellule céleste, pelotonné dans le coin le plus éloigné possible du ciel noir et glacial, accroupi sous une fourrure, ses bras enserrant étroitement sa harpe contre sa poitrine comme pour la bercer. A Feast for Crows, Sansa I
Contrairement à la série, qui montre ce genre de don comme activable/désactivable à volonté (soit vous partagez son espace, soit non), dans les livres c'est plus nuancé que cela. Jon peut simplement caresser Ghost et ressentir les sens du loup, sans totalement être dans son esprit. Il peut même sentir le goût du sang dans sa bouche après que Ghost ait chassé, et ressentir la faim du loup. L'exemple le plus notable de ce cas d'un esprit à la fois dans deux corps se produit avec Arya et les chats de Braavos :
Elle rêva cette nuit-là qu’elle était de nouveau un loup, mais son rêve différait de ses autres rêves. Dans ce rêve-ci, elle n’avait pas de meute. Elle rôdait toute seule, se juchait d’un bond sur le faîte des toits et longeait à pas feutrés, silencieusement, les bords d’un canal, pourchassant des ombres à travers le brouillard. A Feast for Crows, Cat des Canaux
La taverne était presque vide, et elle put s’attribuer un recoin tranquille pas loin du feu. À peine s’était-elle installée et avait-elle croisé les jambes que quelque chose vint lui frôler la cuisse. « Encore toi ? » s’exclama la petite aveugle. Elle lui gratta la tête derrière une oreille et le chat lui sauta sur les genoux et se mit à ronronner. Les chats pullulaient, à Braavos, et nulle part plus que chez Pynto. Le vieux pirate avait la conviction qu’ils lui portaient bonheur et débarrassaient sa taverne de la vermine. « Tu me connais, toi, hein ? » chuchota-t-elle. Les chats ne se laissaient pas abuser par des verrues d’histrion. Ils se souvenaient de Cat des Canaux.
[...]
Les Lysiens choisirent la table la plus proche de l’âtre et discutèrent de façon discrète autour de godets de tafia noir goudron, parlant à voix basse pour n’être entendus de personne. Mais elle était Personne et elle en saisit presque chaque mot. Et un moment, il lui sembla aussi les voir, par les prunelles jaunes et fendues du matou qui ronronnait sur ses genoux. Il y avait un vieux et un jeune, et un qui avait perdu une oreille, mais tous trois avaient les cheveux blanc-blond et la peau lisse et claire de Lys, où le sang des anciennes Possessions gardait toute sa vigueur. A Dance with Dragons, La Petite Aveugle
« Oui. Je sais que c’est vous qui m’avez frappée. » Son bâton fulgura et frappa les doigts de l’homme, envoyant le bâton de celui- ci valdinguer au sol.
Le prêtre fit la grimace et retira la main d’un geste vif. « Et comment une fillette aveugle pourrait-elle le savoir ? »
Je t’ai vu. « Je vous en ai donné trois. Je n’ai pas besoin de vous en donner quatre. » Peut-être demain lui parlerait-elle du chat qui l’avait suivie jusque chez elle la nuit dernière depuis chez Pynto, le chat qui se cachait sur les poutres, et les regardait d’en haut. Peut- être pas, non. S’il pouvait avoir des secrets, elle en aurait aussi. A Dance with Dragons, La Petite Aveugle
Arya n'est pas complétement hors de son corps mais pas totalement dans celui du chat, et elle se sert des yeux du chat comme des siens. Et elle n'a même pas conscience de le faire, cela se produit juste de façon naturelle. Peut-être est-ce le chat dont elle rêve précédemment.

Ainsi, Sansa pourrait bien voir des choses par les yeux d'un oiseau, sans avoir conscience de le faire. 

Les enfants Stark semblent bien plus puissants que les vervoyants/change-peaux habituels : ils se sont immédiatement liés à leurs loups sans le réaliser, et parviennent à se connecter à d'autres animaux. Arya peut prendre possession du corps de Nymeria alors qu'elles sont sur deux continents différents, ce qui n'est sûrement pas quelque chose d'ordinaire, surtout pour une personne qui n'a aucun entraînement et qui ne sait pas ce qu'elle fait. Même Varamyr, un homme qui parvient à contrôler cinq animaux différents, reconnaît le pouvoir de Jon :
Il avait perçu la nature réelle de Snow à l’instant où il avait vu le loup géant blanc qui chassait en silence à ses côtés. Un change-peau en reconnaît toujours un autre. [...] Le don était fort en Snow, mais le jeune homme n’avait pas reçu de formation, toujours en lutte contre sa nature alors qu’il aurait dû s’en glorifier. A Dance with Dragons, Prologue

Le rôle du traumatisme et de l'esprit dans la manifestation du don


Les Stark semblent donc très puissants. Et cela inclut Sansa, puisque GRRM a confirmé qu'elle aussi a ce don, ce qui signifie qu'il est fort probable qu'à un moment ou à un autre elle aura un lien avec un animal. Cela aurait donc du sens qu'il ait déjà laissé quelques indices à ce sujet.

Une composante importante de la personnalité de Sansa, qui pourrait affecter ses pouvoirs de vervoyance, est sa mémoire. Pour surmonter les différents traumatismes auxquels elle a été exposée, l'esprit de Sansa a effacé et/ou réécrit certains de ses souvenirs. Tous les enfants Stark font cela, à différents niveaux. Par exemple, Bran pense que Rickon fait exprès de faire comme si leur père n'était pas mort :
« Dites-le à Robb, je veux qu’il revienne ! reprit Rickon. Il n’a qu’à ramener son loup, et Mère, et Père. » Tout en sachant pertinemment que Père était mort, il lui arrivait de l’oublier... – exprès, subodorait Bran. Car il était aussi têtu que peut l’être un mioche de quatre ans. A Clash of Kings, Bran V
Bran fait aussi cela :
Le rêve qu’il avait fait... – le rêve qu’Eté avait fait... Non, il me faut à tout prix éviter de penser à ce rêve-là. Il n’en avait pas même parlé aux Reed, mais il lui semblait qu’au moins Meera se doutait que quelque chose clochait. S’il n’en soufflait mot, jamais, de ce rêve, peut-être en viendrait-il à oublier même qu’il l’avait fait, et, alors, ça n’aurait pas eu lieu, voilà, et Robb et Vent Gris seraient encore en... A Storm of Swords, Bran IV

Sansa est celle de la fratrie qui fait le plus cette réaction de répression, c'est son principal moyen de surmonter ses traumatismes. Par exemple, la façon dont elle se souvient (ou plutôt, essaye de ne pas se souvenir) de son amie Jeyne Poole :
Septa Mordane lui manquait, septa Mordane et même Jeyne, son amie la plus sincère. Mais la première avait payé de sa tête, comme les autres, le crime de servir la maison Stark. Quant à la seconde, Sansa ignorait tout de son sort depuis qu’elle avait disparu semblait-il corps et biens. Elle avait beau éviter le plus possible de penser à elles, leur souvenir l’assaillait parfois à l’improviste, et elle avait alors le plus grand mal à refouler ses larmes. A Clash of Kings, Sansa II
Penser à elle est trop douloureux, alors Sansa s'efforce de ne pas penser à Jeyne. Un autre exemple, avec la façon dont elle gère les différents événements ayant eu lieu aux Eyriés, qui incluent une tentative de viol de la part de Marillion, une agression sexuelle de la part de Littlefinger, une tentative de meurtre de la part de sa tante, et enfin avoir assisté au meurtre de sa tante par Littlefigner :
Je ne suis pas votre fille, songea-t-elle. Je suis Sansa Stark, fille de lord Eddard et de lady Catelyn, le sang de Winterfell. Elle garda cela par-devers elle, cependant. Sans l’intervention de Petyr Baelish, ce n’était pas Tante Lysa mais elle-même qui serait allée virevolter dans l’azur glacial et s’écraser sur les rochers six cents pieds plus bas. Il est d’une intrépidité... Que n’en avait-elle autant ! Elle n’aspirait qu’à filer se refourrer au lit, s’enfouir sous ses couvertures et dormir, dormir. Elle n’avait pas connu une seule nuit de profond sommeil depuis la mort de lady Lysa. A Feast for Crows, Sansa I

Il me sert des mensonges, à moi aussi, s’avisa-t-elle subitement. Mais c’étaient là des mensonges si réconfortants qu’elle les supposa dénués de toute mâle intention. Quand c’est la bienveillance qui l’inspire, il n’est pas aussi grave de mentir. Seulement, que n’arrivait-elle à les gober tels quels... !
Ce qui persistait à la perturber infiniment, c’étaient les révélations que sa tante lui avait déballées juste avant sa chute. « Délirantes », ainsi les avait qualifiées Petyr. « Ma femme était folle, tu n’as que trop pu t’en rendre compte par toi-même. » Pour ça, oui. Alors que je n’avais rien fait d’autre que de construire un château de neige, elle a voulu me précipiter par la Porte de la Lune. Petyr m’a sauvé la vie. Il aimait bien ma mère, et...
Et elle-même ? Comment douter qu’il l’aimait bien ? Ne l’avait-il pas sauvée ?
C’est Alayne, sa fille, qu’il a sauvée, chuchota en elle une petite voix. Sauf qu’elle était également Sansa, et qu’il lui arrivait d’avoir l’impression passablement fréquente que le lord Protecteur du Val n’était pas moins lui-même deux êtres à la fois. Il était Petyr, son protecteur à elle, chaleureux, drôle et attentionné, mais il était aussi le Littlefinger dont elle avait fait la connaissance à Port-Réal et qui souriait d’un air de deux airs et caressait sa barbichette tout en susurrant à l’oreille de la reine Cersei. Et Littlefinger n’était nullement de ses amis personnels. Lorsque Joff avait ordonné de la rosser publiquement, c’était le Lutin qui s’était fait son défenseur, pas Littlefinger. Lorsque la populace avait cherché à la violer, c’était le Limier qui s’était démené pour la tirer d’affaire, pas Littlefinger. Lorsque les Lannister l’avaient mariée malgré elle à Tyrion, c’était ser Garland le Preux qui s’était efforcé de la réconforter, pas Littlefinger. En dépit du sobriquet dont on l’affublait, Littlefinger n’avait jamais levé pour elle ne serait-ce que son petit doigt.
Sauf pour mon évasion de Port-Réal. Mon évasion, c’est à lui que je la dois. Je croyais que le maître d’œuvre en était ser Dontos, mon pitoyable vieil ivrogne de Florian, mais c’est Petyr qui l’a organisée de bout en bout. Ses dehors de Littlefinger étaient seulement un masque qu’il ne pouvait pas se dispenser de porter. Restait néanmoins qu’il y avait des fois où Sansa aurait été fort en peine de dire où s’achevait l’homme et où le masque débutait. Littlefinger et lord Petyr se ressemblaient d’une manière si confondante... ! Elle les aurait volontiers fuis tous les deux, peut-être, mais pour aller où, quand il n’y avait nulle part de place pour elle ? Winterfell n’était plus que cendres désertes, Bran et Rickon étaient morts et refroidis. Robb avait été assassiné par traîtrise aux Jumeaux, ainsi que dame leur mère. Tyrion avait dû être exécuté pour le meurtre de Joffrey et, si elle-même retournait jamais à Port-Réal, la reine ne lui laisserait pas non plus volontiers la tête sur les épaules. La tante dont elle avait espéré sa sauvegarde avait au lieu de cela tenté de la tuer. Son oncle Edmure était prisonnier des Frey, tandis que son grand-oncle, le Silure, se trouvait assiégé dans Vivesaigues. Je ne dispose d’aucun asile, en dehors d’ici, songea-t-elle misérablement, et je ne possède aucun ami véritable, à l’exclusion de Petyr. A Feast for Crows, Sansa I

Théorie : comment le don de Sansa pourrait enfin se révéler ?


Au fond d'elle (peut-être même pas si profond que ça), Sansa sait qu'elle ne peut pas faire confiance à Petyr. Elle sait qu'il lui ment, mais elle veut croire ces mensonges. Elle veut lui faire confiance. Elle veut avoir le sentiment d'être en sécurité avec lui. Elle veut être en sécurité. Donc non, Sansa n'est pas stupide ou naïve pour faire confiance à Petyr, elle n'est pas non plus cruelle parce qu'elle évite de penser à Jeyne. Elle n'est ni idiote ni méchante, elle est simplement une jeune fille de treize ans qui a vécu des choses qu'une enfant de cet âge ne devrait pas subir, et son cerveau fait de son mieux pour la protéger de cela.

Elle a donc construit un mur, derrière lequel se cachent la mort de Lysa, le meurtre de Jon Arryn, et Jeyne Poole. Et les dons de vervoyance/change-peau, qui concernent l'esprit, pourraient ainsi être aussi réprimés. Dans TWOW, il y aura peut-être un moment où Sansa n'aura pas le choix que de devoir confronter tous ses souvenirs. Mais surtout, où elle devra confronter Baelish sur ce qu'il est arrivé à Jeyne Poole, et sur les morts de Jon Arryn et de Lysa. Et ainsi, vaincre le géant dans le château de neige, Littlefinger, l'oiseau moqueur.
Cela aurait donc du sens qu'en arrêtant de réprimer tous ces souvenirs, ses dons finissaient ainsi par se manifester réellement : alors qu'elle ouvre son esprit, ses dons deviendraient plus puissants. L'oiseau de  Sansa pourrait être un faucon et non une colombe, pas seulement pour sa connexion avec la maison Arryn et parce qu'elle a déjà pratiqué de la fauconnerie, mais aussi pour la symbolique. Les faucons représentent la vision, la liberté et la victoire. Ils représentent donc la salvation pour ceux qui sont en chaînes, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Que Sansa se lie à un faucon et s'envole vers sa liberté serait ainsi la conclusion parfaite de son arc d'oiseau en cage.

GRRM n'a pas donné à quatre de ses personnages à point de vue le don de contrôler les animaux par l'esprit pour rien. Cela représente déjà une grosse partie des histoires de Jon, Arya, et Bran, cela représentera donc également une part importante de l'histoire de Sansa.

Traduction : moi // Source

vendredi 7 mars 2025

Un présage

 

A demi ensevelie dans la neige maculée de sang, une énorme masse sombre gisait, terrassée par la mort. La glace en pétrifiait le pelage hirsute, et le vague remugle de corruption qui s’en dégageait rappelait un parfum de femme. Bran entrevit les orbites aveugles où des asticots grouillaient, les babines crispées sur des crocs jaunis, mais ce qui le laissa pantois, c’est que la bête était plus grosse que son poney, et deux fois plus grande que le plus colossal des limiers qu’entretenait son père.
La contemplation du monstre médusait tellement Bran qu’il ne parvint à s’en arracher qu’en apercevant ce que portait Robb. Avec un cri de ravissement, il se rapprocha. Gros comme une balle de fourrure gris-noir, le chiot avait encore les yeux clos et, à l’aveuglette, tout en émettant un pleurnichement désolé, fourrageait contre la poitrine qui le berçait sans lui offrir à téter que du cuir.
Sans trop oser, Bran avança la main. « Vas-y, l’encouragea Robb, tu peux. »
Bran aventurait une brève caresse fébrile quand la voix de Jon : « Tiens, maintenant... », le fît en sursaut se retourner, « il y en a cinq ». Ses bras se refermèrent sur un autre chiot et, s’asseyant à même la neige, il enfouit son visage dans la douce fourrure tiède.
« Ces loups-garous soudain lâchés dans le royaume ne me disent rien qui vaille, grommela le grand écuyer Hullen. Après tant d’années...
S’agenouillant, lord Stark se mit à fourrager sous la tête du monstre et en arracha un objet qu’il exhiba aux regards de tous. Un morceau d’andouiller, long d’un pied, dont les ramures déchiquetées dégouttaient de sang.
Toute l’assistance se tut, brusquement. A la vue de cet andouiller, chacun éprouvait un malaise, et personne n’osait parler. Sans qu’il pût le comprendre, Bran lui-même perçut l’effarement de tous. Après avoir jeté de côté l’andouiller, Père entreprit de se débarbouiller les mains dans la neige.
« Ce qui m’étonne, dit-il, et sa voix suffit pour rompre l’enchantement, c’est qu’elle ait pu suffisamment survivre pour mettre bas...
— Peut-être pas, hasarda Jory. On m’a raconté... Enfin, elle était déjà morte, peut-être, quand ils sont nés ?
— Nés de la mort, suggéra quelqu’un..., la pire des chances.
— N’importe, trancha Hullen. Mourront aussi bien assez tôt. »
Epouvanté, Bran poussa un cri inarticulé.
« Et le plus tôt sera le mieux, acquiesça Greyjoy en tirant son épée. Donne-moi la bête, Bran. »
Comme si elle avait entendu et compris, celle-ci se démena contre la poitrine de l’enfant qui cria d’un ton farouche : « Non ! elle est à moi !
— Rengaine, Greyjoy, s’interposa Robb, et sa voix eut, un instant, le timbre impérieux de Père, le timbre du lord qu’il serait un jour, rengaine, te dis-je. Nous voulons garder ces chiots.»
— Lord Stark, dit alors Jon, et il était si bizarre de l’entendre utiliser cette formule solennelle au lieu de "Père" que Bran se prit à espérer de tout son désespoir, ils sont cinq en tout : trois mâles et deux femelles.
— Oui, et alors, Jon ?
— Hé bien, vous avez cinq enfants légitimes : trois garçons, deux files, et le loup-garou est l’emblème de votre maison. Vos cinq enfants sont tout désignés pour recevoir chacun le sien, messire. »
En un éclair, Bran vit se modifier l’expression de Père, les hommes, autour, échanger des regards furtifs, et une bouffée de tendresse pour son frère lui emplit le cœur. Son extrême jeunesse ne l’empêchait pas de comprendre que seule l’abnégation de Jon venait de retourner la situation. En mentionnant les filles et même le dernier-né, Rickon, le bâtard s’était généreusement exclu comme tel, ravalé à son sobriquet, Snow, terme générique que la coutume, dans le nord, décernait à tout être assez malchanceux pour venir anonyme au monde...
Père n’y fut pas moins sensible :
« Et toi, Jon, tu n’en veux pas un ? demanda-t-il avec douceur.
— La bannière des Stark s’honore du loup-garou, observa Jon, et je ne suis pas un Stark, Père. »
Cette repartie lui valut un long regard pensif dont profita Robb pour rompre le silence.
« Je nourrirai le mien moi-même, Père, promit-il. Un linge imbibé de lait chaud lui permettra de téter.
— Moi aussi ! » s’enthousiasma Bran.
Comme pour évaluer chacun d’eux, lord Stark scruta tour à tour ses fils avant de maugréer :
« Plus facile à dire qu’à faire. Etje vous interdis d’importuner mes gens. Si vous voulez ces chiots, à vous de vous occuper d’eux. Compris ? »
Tout au bonheur de la langue chaude qui lui léchait la joue, Bran hocha la tête avec énergie.
« Il vous faudra aussi les dresser, reprit Père. Les dresser vous-mêmes. Car je vous préviens, mon maître piqueux refusera tout commerce avec de pareils monstres. Et, si vous les négligez, les brutalisez ou les dressez mal, alors, que les dieux vous aident... Des chiens viendraient quémander vos faveurs, eux non. Et vous ne les enverrez pas coucher d’un coup de pied. Ils vous arrachent aussi facilement une épaule d’homme qu’un chien happe un rat. Et s’ils meurent, malgré vos soins ?
— Ils ne mourront pas, protesta Robb. Nous ne leur permettrons pas de mourir.
— Dans ce cas, gardez-les. Jory ? Desmond ? prenez les trois autres. Nous devrions déjà être à Winterfell. »
Vers le milieu du pont, Jon s’arrêta soudain.
« Qu’y a-t-il ? s’étonna Père.
— N’entendez-vous pas ? »
En prêtant l’oreille, Bran perçut bien la rumeur du vent dans les frondaisons, le brouhaha des sabots sur les madriers, le menu geignement du chiot affamé, mais Jon écoutait autre chose.
« Là-bas », dit-il et, faisant volte-face, il retraversa le pont au galop, bondit à terre sur les lieux mêmes où gisait la louve, s’agenouilla... Et lorsqu’il rallia la troupe, un instant plus tard, il avait l’air épanoui.
« Il avait dû s’écarter des autres en rampant, dit-il.
— A moins qu’on ne l’eût repoussé », commenta Père en examinant le sixième chiot qui, blanc, lui, avait des yeux aussi rouges que le sang, tout à l’heure, du supplicié. Bizarre, songea Bran, les autres sont encore aveugles, et pas celui-ci ?
« Un albinos, dit Greyjoy avec une grimace comique, il crèvera plus vite encore que les autres.
— Je n’en crois rien, riposta Jon en lui décochant un regard de mépris glacial. Et il est à moi. » Bran I, A Game of Thrones

lundi 10 février 2025

Alicent Hightower est-elle l'ancêtre de la génération actuelle des Stark ?

 
On sait que Jon Snow et Daenerys Targaryen sont les descendants directs de Rhaenyra et Daemon Targaryen. Mais les descendants directs d'Alicent Hightower, qu'en est-il ?

Accrochez vous !

Alors, à première vue, les enfants et petits enfants d'Alicent sont tous morts à l'issue de la Danse des Dragons. Tous ? Non ! Car son fils Aemond, lors de la prise de Harrenhal, a semble-t-il rapidement pris pour maîtresse la sorcière Alys Rivers, qui était enceinte lors du dernier affrontement de ce dernier et de son oncle Daemon, au dessus de l'Oeildieu.


Ce fils bâtard aurait ensuite fondé la maison Whent de Harrenhal... quelques décennies plus tard, une certaine Minisa Whent a pris pour époux un certain Hoster Tully. Ils ont eu trois enfants...


L'aînée de ces trois enfants, une certaine Catelyn Tully, a pris pour époux un certain Eddard (surnommé Ned) Stark, avec qui elle a eu 5 enfants...


Donc voilà, avec tous les mariages entre grandes maisons, au bout d'un moment, tout le monde est le cousin éloigné de tout le monde (même Robert Baratheon avait un peu de sang Targaryen)... je trouve ça plutôt intéressant. Et vous, qu'en pensez vous ?

mercredi 27 mars 2024

Un sacré p'tit grimpeur


 →→Mère vivait dans la terreur qu'il ne glissât quelque jour, ne fit une chute mortelle. Toutes les dénégations du monde ne parvenaient pas à la rassurer. Alors, elle lui avait arraché la promesse de ne plus quitter la terre ferme. Il était parvenu à tenir près de quinze jours, quinze affreux jours, puis une nuit s'échappa par la fenêtre, une fois assoupis ses frères...
→→Un accès de remords lui fit confesser son crime dès le lendemain. Lord Eddard le condamna à expier sa désobéissance par une nuit entière de méditation dans la solitude du bois sacré. Des gardes apostés garantiraient l'accomplissement de la peine. Or, au matin, Bran demeura longtemps introuvable. Il dormait à poings fermés tout en haut du plus haut vigier.
→→Tout furieux qu'il était, Père ne put s'empêcher de rire. “Tu n'es pas mon fils, lui dit-il quand on l'eut descendu de son perchoir, mais un écureuil. Tant pis. Grimpe donc, s'il te faut grimper, mais tâche au moins que ta mère ne le voie pas.”
→→Il s'y efforça désormais de son mieux, Mère ne s'y leurra guère. Et comme Père n'interdisait pas, elle chercha d'autres alliés. Vieille Nan entreprit pour Bran l'histoire d'un vilain marmot qui, à force de grimper trop haut, rencontra si bien la foudre que les corneilles n'eurent plus qu'à lui caver les yeux. L'histoire le laissa froid. Au sommet de la tour en ruine où nul autre ne montait que lui nichaient des corneilles. Parfois, il bourrait sa poches de blé à leur intention, et elles picoraient dans sa main. Aucune d'entre elles n'avait jamais manifesté l'ombre de la moindre envie de lui caver les yeux.
→→Là-dessus, mestre Luwin modela une figurine de glaise, la vêtit en Bran et depuis le rempart la précipita dans la cour en guise de démonstration. Fort amusé par les débris, l'autre Bran ne tarda pas à dire d'un air malin : “D'abord, je ne suis pas en terre. Puis, de toute façon, je ne tomberai pas.”
→→Alors survint la période bénie entre toutes où les gardes se mirent à lui donner la chasse, dans l'espoir de le haler bas, dès qu'ils le voyaient sur les toits. Comme en jouant avec ses frères, il y prenait un plaisir extrême. Restait l'ennui de gagner toujours. Aucun de ses poursuivants, pas même Jory, n'était à la hauteur. Puis, la plupart du temps, personne ne le repérait, là-haut. Les gens ne regardent jamais en l'air. Moyennant quoi, d'ailleurs, grimper lui procurait aussi les franches délices d'une quasi-invisibilité. A Game of Thrones, Bran II

dimanche 8 octobre 2023

Brisé, mais pas perdu


→→Au moment de pénétrer dans le Bois-aux-Loups, Bran se retourna pour avoir, du haut de sa hotte, un dernier aperçu du château qui avait jusqu'alors incarné sa vie. Des bouchons de fumée s'élevaient encore vers le gris du ciel, mais pas plus que n'en auraient, par un banal après-midi frisquet d'automne, exhalé les cheminées de Winterfell. Des traces de suie maculaient telle ou telle archère, et de loin en loin se distinguaient dans le mur extérieur une crevasse, une vague lacune, mais la distance les réduisait à des dommages insignifiants. Au-delà, le faîte des donjons, des tours conservait son aspect séculaire, et bien fin qui se fût douté là-devant que le saccage et l'incendie avaient ravagé la forteresse de fond en comble. La pierre est forte, se dit Bran, les racines des arbres plongent fort avant dans le sol, et là-dessous trônent, impassibles, les rois de l'Hiver. Aussi longtemps qu'ils y demeureraient demeurerait de même Winterfell. Winterfell n'était pas mort, il n'était que rompu. Comme moi, songea Bran. Moi non plus, je ne suis pas mort. A Clash of Kings, Bran VII

jeudi 9 février 2023

Une tradition plus ancienne


→→Il était si bien perdu dans ses pensées qu'il n'entendit pas la troupe s'approcher, ne reprit conscience qu'en voyant son père se porter à sa hauteur pour lui demander : "Ça va ?” d'un ton dépourvu d'aménité.
→→“Oui, Père.” Vu d'en bas, drapé dans ses fourrures et sanglé de cuir sur son immense destrier, celui-ci semblait se perdre dans les nues. “Robb prétend que l'homme est mort en brave, et Jon qu'il était terrifié.
→→- Et toi, qu'en penses-tu ?
→→- Est-ce qu'un homme peut être brave, demanda-t-il après réflexion, s'il a peur ?
→→- L'heure de la mort est la seule où l'on puisse se montrer brave. Tu comprends pourquoi je l'ai exécuté ?
→→- C'était un sauvageon. Et les sauvageons enlèvent les femmes pour les vendre aux Autres.
→→- Ah, sourit lord Stark. Vieille Nan t'a encore conté de ses histoires ! A la vérité, cet homme était un parjure. Un déserteur de la Garde de Nuit. Rien de si dangereux qu'un déserteur. Se sachant perdu, en cas de capture, il ne recule devant aucun crime, aucune vilenie. Mais ne t'y méprends pas, la question est non de savoir pourquoi il fallait qu'il meure mais pourquoi je devais le tuer.”
→→Faute de réponse à cet égard, Bran finit par bredouiller : “Le roi Robert a pourtant un bourreau...
→→- Certes. Au même titre que ses prédécesseurs, les rois Targaryen. Mais nous suivons, nous, une tradition plus ancienne. Dans nos veines coule toujours le sang des Premiers Hommes, et nous croyons fermement que celui qui prononce une sentence doit en personne l'exécuter. Si tu t'arroges la vie d'un homme, tu lui dois de le regarder dans les yeux et d'écouter ses derniers mots. Si cela t'est insupportable, alors peut-être ne mérite-t-il pas de mourir...
→→“Un jour, Bran, tu seras le porte-bannière de Robb, tu tiendras ta propre place forte au nom de ton frère et au nom du roi, et la justice t'incombera. Ce jour-là, garde-toi de prendre le moindre plaisir à l'accomplissement de ton devoir, garde-toi tout autant d'en détourner les yeux. Il ne tarde guère à oublier ce qu'est la mort, le chef qui se cache derrière des exécuteurs mercenaires.”
 A Game of Thrones, Bran I

mardi 21 juin 2022

Un secret qui n'aurait pas dû être découvert

 

→→Repoussant brutalement l'homme, la femme, hors d'elle, désignait Bran. Il tenta de se redresser, se cambra désespérément pour empoigner la gargouille, mais sa précipitation le desservit, sa main dérapa sur la pierre, la panique lui fit desserrer les jambes, et il se sentit brusquement tomber. Dans un vertige nauséeux, il s'entrevit dépasser la fenêtre, lança sa main vers le ressaut, le saisit, le lâcha, le rattrapa de l'autre main, se meurtrit en se balançant contre la façade. Le souffle coupé par le choc, il pendait là, pantelant, retenu par une seule main.
→→Au-dessus, deux têtes se penchèrent.
→→C'était bien la reine. Et maintenant, Bran reconnaissait l'homme. Aussi semblable à elle que le reflet dans le miroir.
→→“Il nous a vus ! piaula-t-elle.
→→- Oui,” dit l'homme.
→→Ses doigts commençant à glisser, Bran cramponna son autre main au ressaut. Ses ongles se plantèrent dans la pierre ferme. L'homme se pencha vers lui. “Ta main, dit-il, avant que tu ne tombes.”
Bran lui empoigna le bras, s'y agrippa de toute son énergie. L'homme le hissa jusque sur le ressaut. “Que fais-tu là ?” grinça la femme.
→→L'homme ignora la question. Il était d'une force inouïe. “Quel âge as-tu, mon garçon ?
→→- Sept ans,” dit Bran, que le soulagement faisait trembler. Ses doigts avaient labouré l'avant-bras de l'homme. Il en était tout penaud.
→→Par-dessus l'épaule, l'homme jeta un regard à la femme.
→→“Ce que me fait faire l'amour, quand même !” lâcha-t-il d'un air écœuré. Puis il poussa Bran.
→→Avec un hurlement, Bran se vit projeté en arrière dans le vide. Rien à quoi se raccrocher. La cour se précipitait à sa rencontre.
 A Game of Thrones, Bran II

samedi 28 mai 2022

Une fenêtre sur le passé

 

→→Soudain, sans comprendre comment, il fut de retour à Winterfell, dans le bois sacré, à contempler de haut son père. Lord Eddard paraissait bien plus jeune cette fois-ci. Il avait les cheveux bruns, sans aucun soupçon de gris, la tête inclinée.
→→“... qu'ils grandissent aussi proches que des frères, avec l'amour pour tout partage, priait-il, et que la dame mon épouse trouve en son cœur de pardonner...
→→ - Père.” La voix de Bran était un chuchotement dans le vent, un froissement parmi les feuilles. “Père, c'est moi. C'est Bran. Brandon.”
→→Eddard Stark leva la tête et considéra le barral longuement, sourcils froncés, mais il ne dit mot. Il ne me voit pas, comprit Bran, saisi par le désespoir. Il voulait tendre la main, le toucher, mais il ne pouvait que contempler et écouter. Eddard reprit sa prière. Bran sentit ses yeux s'emplir de larmes. Mais étaient-ce les siennes, ou celles du barral ?
→→Le reste des paroles de son père se noya dans l'entrechoc soudain du bois contre le bois. A présent, deux enfants dansaient à travers le bois sacré, échangeant des hurlements tout en se battant en duel avec des branches cassées. La fille était l'aînée, et la plus grande des deux. Arya ! pensa Bran avec un sursaut empressé, en la regardant bondir sur un rocher et frapper de taille le garçon. Mais ce n'était pas cohérent. Si cette fille était Arya, le garçon aurait dû être Bran lui-même, et jamais il n'avait porté les cheveux si longs.
 A Dance with Dragons, Bran III

vendredi 13 novembre 2020

Arya, Bran et les Enfants de la Forêt

 

→→Pour rester dans le thème du 'lore' du Nord et des Stark, plus particulièrement, des liens qu'il existe entre deux d'entre eux et les Enfants de la Forêt...

___D'après une théorie, Arya serait la réincarnation du premier Sans-Visage : elle posséderait donc certaines qualités et caractéristiques similaires à ce dernier, ce qui expliquerait pourquoi la Maison du Noir et du Blanc l'a gardée même après qu'elle n'ait fait que des actions qui leur aient déplu.

___Comme vu dans une autre théorie, les Sans-Visages ont une connexion avec les Enfants de la Forêt, et le premier Sans-Visage était un Enfant qui a trouvé les esclaves de Valyria alors qu'il parcourrait les profondeurs des confins de la terre. Ces Enfants vénéraient le Dieu de la Mort (barrals sacrés), ont enseigné les arts de la vervoyance, de changer de peau, de la magie du sang, les croyances de leurs dieux à ces esclaves, en échange de quoi ils devaient s'offrir en sacrifice/se convertir pour éviter une autre guerre contre l'humanité et sauver les derniers barrals. (Cette fois, la guerre aurait eu lieu contre des seigneurs dragons qui se considéraient comme des divinités). 

___Maintenant, revenons-en aux connections entre Arya Stark, Bran, et les Enfants de la Forêt. Avant de poursuivre, gardez bien en tête ceci : quand nous les avons laissé, Arya et Bran étaient tous les deux devenus des sortes de serviteurs d'un monde souterrain, des morts. La salle des visages et les cadavres reposent aux second et troisième niveaux sous le sol. Bran, quant à lui, sert et apprend auprès de vervoyants dans une cave souterraine sous un barral, entouré de corps d'Enfants, de géants, de loups, de corbeaux, d'ours...

___Tout ceux qui ont rencontré Arya la décrivent comme une petite chose maigrichonne aux cheveux emmêlés et aux genoux sales et écorchés. Or, lorsque Bran rencontre Feuille avec ses compagnons de route après qu'ils aient été attaqués par des spectres...

___→ “Une nuée de corbeaux dégorgeait de la caverne, et il vit une petite fille, une torche à la main. Un instant, Bran la prit pour sa sœur Arya... Une idée insensée, car il savait sa petite sœur à mille lieues de là, ou morte. Et pourtant, elle était là, à tourbillonner, une pauvrette toute maigre, en haillons, une sauvage à la tignasse hirsute. Des larmes remplirent les yeux d'Hodor et y gelèrent.” A Dance with Dragons, Bran II

___Donc, Bran prend Feuille pour Arya la première fois qu'il la voit - pas seulement parce qu'elle est toute petite, puisqu'on sait que dans ADWD Arya a pris plusieurs centimètres puisqu'elle approche de la puberté. Ce qui est étrange, c'est que Bran parle d'Arya comme de sa petite sœur, alors qu'elle a deux ans de plus que Bran. Donc, l'auteur ne veut pas seulement nous faire croire qu'un Enfant est Arya, mais qu'Arya ressemble à un Enfant. A la fin de ce passage, Bran pleure alors qu'il partage l'esprit d'Hodor, parce qu'elles se ressemblent à ce point.

___→ “Et la créature qui ressemblait à Arya se dressait au-dessus d'eux, serrant sa torche.” A Dance with Dragons, Bran II

___Prenons un moment pour imaginer les ressemblances entre Arya et Feuille pour que Bran (qui partage le même sang qu'Arya), nomme cette étrangère “Arya thing.

___Ensuite nous avons une assez bonne référence de ce à quoi ressemble Feuille :

___→ “Ce n'était pas la voix d'Arya, ni celle d'une enfant. C'était une voix de femme, haut perchée et douce, pleine d'une musique inconnue sans rien de commun avec tout ce qu'il avait pu entendre, et d'une tristesse qu'il crut près de lui briser le cœur. Bran plissa les yeux, pour mieux la voir. C'était bien une petite fille, mais plus menue qu'Arya, sa peau tachetée comme celle d'un faon sous un couvert de feuilles. Ses yeux étranges - grands et liquides, d'or et de vert, fendus comme les pupilles d'un chat. Personne n'a de tels yeux. Ses cheveux étaient une tignasse brun, rouge et or, des couleurs d'automne, tissés de vrilles, de brindilles et de fleurs fanées.” A Dance with Dragons, Bran II

___D'abord, Bran décrit Feuille comme ayant l'air triste, et l'homme plein de gentillesse note qu'Arya a “[de] tristes prunelles grises qui ont vu tant de choses.” (A Feast for Crows, Arya II). Nous avons aussi un parallèle de ce genre avec Jon qui a lui aussi le cœur brisé alors qu'il côtoie quelqu'un qui ressemble énormément à Arya (Alys).

___Bran parle des yeux de Feuille comme étant dorés/verts, et nous savons que Nymeria a les yeux dorés, comme les Enfants (tandis que seul un Enfant capable de vervoyance aura les yeux rouges comme Ghost ou verts comme Shaggy). Il note aussi que les pupilles de Feuille sont fendues, comme celles d'un chat, et songe que personne n'a d'yeux comme ça. Cette partie est assez importante quant aux connections entre Arya et les Enfants, puisqu'à l'origine, AFFC et ADWD n'étaient qu'un seul et même bouquin. GRRM l'avait coupé en deux quand il s'est rendu compte que ça devenait beaucoup trop long, mais les deux bouquins s'écoulent au même moment.

___Alors que Bran tentait de rejoindre la caverne de Bloodraven, Arya jouait le rôle de Cat des Canaux, travaillant avec Brusco et ses filles. Arya se faisait passer pour “Cat” et se faisait des amis parmi les chats, partageant leurs corps la nuit venue, tout au long d'AFFC.

___Bran note également que les cheveux de Feuille “étaient une tignasse brun, rouge et or, des couleurs d'automne, tissés de vrilles, de brindilles et de fleurs fanées.

___Et ensuite, nous avons la chanson “Mon lit de plumes” dans ASOS, où la “vierge au frêne,” dit à son amant qu'elle “me vêtirai de feuilles d'or, et d'herbes nouerai mes cheveux.

___→ “L'enfant ouvrait la voie avec sa torche en main, son manteau de feuilles chuchotant derrière elle [...]” A Dance with Dragons, Bran II

___Les cheveux de Feuille ne sont pas seulement entremêlés de feuilles et de brindilles, elle porte aussi une cape faite de feuilles, ce qui fait penser à la jouvencelle de la chanson. Donc, Arya et Feuille sont toutes les deux des “jouvencelles” des arbres. Elles vénèrent toutes les deux les Anciens Dieux et se cachent dans des souterrains, entourées de mort. On sait déjà que les barrals représentent la mort (Arya a déjà parlé avec les morts au moins deux fois), et nous la voyons “tuer avec un murmure” quand elle est à Harrenhal, ce qui nourrit son désir d'apprendre les pratiques des Sans-Visages. En prêtant attention à la chanson d'amour, on dirait que c'est un conte tout droit sorti des légendes des Enfants.

___→ “Les Premiers Hommes nous ont appelés enfants, dit la petite femme. Les géants nous ont nommés woh dak nag gran, le peuple écureuil, parce que nous étions vifs et menus et que nous aimions les arbres, mais nous ne sommes ni des écureuils ni des enfants.” A Dance with Dragons, Bran II

___A un certain point dans l'histoire, Bran se souvient qu'il avait été puni quand il avait été pris à escalader les murs, et Ned l'avait emmené dans le bois sacré pour que les Anciens Dieux soient témoins de sa promesse de ne plus jamais grimper. Bran avait été trouvé en train de dormir dans un arbre le lendemain matin, et Ned avait plaisanté en disant “tu n'es pas mon fils, tu es un écureuil !

___Cependant, Bran n'était pas le seul à être entouré de cette imagerie d'écureuil tout au long de la saga. Greenbeard appelle Arya un “écureuil maigrichon” dans ASOS et cela lui déplaît. Elle est aussi petite que ce “peuple écureuil” et aussi rapide qu'eux. Ces parallèles sont peut-être là pour une raison.

___Arya et Bran ont également tous les deux des mentors improbables, qui leur enseignent d'accepter leur part de ténèbres plutôt que de les craindre. La gamine dit à Arya qu'elle restera aveugle jusqu'à ce que l'obscurité soit pour elle aussi douce que la lumière. Bloodraven dit également ceci :

___→ “Ne crains jamais les ténèbres, Bran. Les arbres les plus solides s'enracinent dans les lieux obscurs de la terre. Les ténèbres seront ton manteau, ton bouclier, ton lait maternel. Les ténèbres te rendront fort.” A Dance with Dragons, Bran III

___Il est intéressant de noter tous ces parallèles entre les Premiers Hommes, les Enfants et les Sans-Visages. C'est donc assez intriguant si effectivement, les membres de la Maison du noir et blanc voient en Arya une ressemblance avec le/la premièr/e Sans-Visage qui était, en réalité, un Enfant de la Forêt. Cette théorie parlait de comment elle serait l'accomplissement d'une prophétie, ce qui pourrait être correct, puisque l'arc d'Arya est centré autour de la mort et de la renaissance... si elle est bien la réincarnation de cette figure prophétique, alors peut-être que les Sans-Visages veulent l'éduquer pour qu'elle accomplisse le rôle qu'ils pensent qu'elle doit jouer. Ils lui enseignent notamment des rituels de magie.

___Cela la ramène à ses liens avec les Stark et les Enfants de la Forêt (Souvenez-vous que les dons de vervoyances et de change-peau sont transmis par le sang - comme un Stark a eu des rapports charnels avec un Marcheur Blanc, d'autres ont pris pour épouses les filles d'un Warg King).

___Dans l'arc d'Arya, il est question qu'elle apprenne à faire preuve de miséricorde et à accorder le don de la mort comme une délivrance plutôt que comme un acte de vengeance. Elle est capable de clémence, et a d'autres qualités qui évoquent le premier Sans-Visage, et son but initial d'accomplir une fonction d'ange noir. Certes, les Sans-Visages utilisent certainement Arya dans leurs intérêts, mais ils lui apprennent également d'anciens savoirs du monde.

Source : agentrouka-blog sur Tumblr