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samedi 7 mars 2026

Infirmes, bâtards et choses brisées

Vêtu de maille et de cuir bouilli, Robb occupait la cathèdre de Père et arborait sa physionomie sévère de lord-maître des lieux. Derrière lui se dressaient Mollen et Greyjoy, et sur la grisaille des murs que ponctuaient les fenêtres étroites se détachaient une douzaine de gardes. Debout au centre de la pièce avec ses serviteurs se tenait le nain, ainsi que quatre étrangers dont la tenue noire annonçait l’appartenance à la Garde de Nuit. Dès son entrée, Bran perçut l’ambiance coléreuse.
« Winterfell est heureux d’héberger aussi longtemps qu’il le désirera tout membre de la Garde de Nuit », articulait Robb au même instant, de sa voix seigneuriale. Son épée lui barrait les genoux, nue de manière que nul au monde n’en ignorât. Même Bran savait ce que signifiait d’accueillir un hôte avec de l’acier dégainé.
« Tout membre de la Garde de Nuit, répéta le nain, mais pas moi, si je t’entends bien, mon garçon ? » Robb se leva et pointa sur lui son épée. « Le seigneur de ces lieux, en l’absence de mes père et mère, c’est moi, Lannister. Je ne suis pas votre garçon. — Si tu es le seigneur, tu pourrais en apprendre la courtoisie, répliqua le petit homme, ignorant l’arme qui le menaçait. Ton frère bâtard a pris toutes les grâces de ton père, à ce qu’il semble.
— Jon ! » hoqueta Bran, toujours dans les bras de Hodor. Le nain se retourna pour le dévisager. « Ainsi, c’est vrai, le petit est vivant. Je pouvais à peine le croire. Vous avez la vie dure, vous autres, Stark.
— Vous feriez bien de vous en souvenir, vous autres, Lannister, grogna Robb en abaissant son épée. Hodor, amène ici mon frère.
— Hodor ! » s’épanouit Hodor en allant au trot déposer Bran dans la vaste cathèdre où, depuis l’époque où ils s’intitulaient rois du Nord, trônaient les sires de Winterfell. D’innombrables séants en avaient poli la pierre froide, et le petit infirme dut se cramponner aux gueules béantes de loups-garous qui en décoraient les bras pour compenser le ballant de ses jambes vaines. L’ampleur du siège lui donnait en outre l’impression d’être moins qu’un avorton. Robb lui posa la main sur l’épaule. « Vous prétendiez devoir rencontrer Bran, Lannister ? Hé bien, le voici. »
Les yeux du nain mettaient l’enfant très mal à l’aise. L’un était noir et l’autre vert, mais tous deux le fixaient, l’étudiaient, le soupesaient « A ce que l’on m’a conté, Bran, finit-il par dire, tu grimpais comme personne. Comment se fait-il que tu sois tombé, ce jour-là, dis-moi ?
— Je ne suis jamais tombé », répondit Bran, insistant sur jamais. Il ne l’était jamais, jamais, jamais !
« Il ne conserve aucun souvenir de sa chute ni de l’ascension qui l’a précédée, précisa Luwin, conciliant.
— Curieux, s’étonna Tyrion.
— Mon frère n’est pas là pour subir un interrogatoire, Lannister, dit Robb d’un ton sec. Allez droit au but puis filez.
— Je t’apporte un présent, mon petit, reprit le nain. Tu aimes monter à cheval ?
— Pardon, messire, intervint mestre Luwin, mais il a perdu l’usage de ses jambes, et...
— Bagatelle. Avec la selle adéquate et le cheval adéquat, même un estropié peut monter. »
Estropié... Le terme blessa Bran comme un coup de poignard et, malgré lui, ses yeux se remplirent de larmes.
« Je ne suis pas estropié !
— Dans ce cas, je ne suis pas nain. » Une grimace lui tordit la bouche. « Cette nouvelle ravira mon père. »
Theon crut opportun de s’esclaffer.
« Qu’entendez-vous au juste par selle et cheval adéquats ? repartit Luwin.
— D’abord un cheval docile, répondit Tyrion. Etant donné que le garçon ne peut utiliser ses jambes pour le diriger, vous devez adapter la bête au cavalier, lui apprendre à répondre aux rênes et à la voix. A votre place, je choisirais un poulain neuf, de manière qu’il n’ait pas de dressage à oublier. » Puis il tira de sa ceinture un rouleau de papier. « Pour ce qui est de la selle, votre sellier n’aura qu’à exécuter ce croquis. » Avec une vivacité d’écureuil gris, le mestre s’empara du document, le déploya, l’examina. « Je vois. Vous avez un joli coup de crayon, messire. Ma foi, cela devrait marcher... Comment n’y ai-je pas pensé moi-même ?
— Je n’y ai guère de mérite, allez. Elle ne diffère pas énormément de celles dont je me sers.
— Et elle me permettra vraiment de monter ? » questionna Bran. Il ne demandait qu’à le croire mais redoutait de se laisser duper par un nouveau mensonge. Les promesses de la corneille l’avaient tellement échaudé...
« Oui, dit le nain. Et je te garantis qu’une fois à cheval tu seras aussi grand que n’importe qui. »
Robb se montrait abasourdi. « Que nous mijotez-vous, Lannister ? En quoi Bran vous concerne-t-il ? Pourquoi diable voudriez-vous l’aider ?
— Parce que votre frère Jon m’en a prié. Et parce que j’ai, grommela Tyrion, la main sur son cœur, un faible pour les infirmes et les bâtards et les choses brisées. » A Game of Thrones, Bran IV

lundi 28 octobre 2024

Les hommes de pierre


→→Il était trop tard. Le courant les tenait dans ses crocs. Ils dérivaient inexorablement vers le pont. Yandry frappa avec sa perche pour leur éviter de se jeter contre une pile. La poussée les fit partir de guingois, à travers un rideau de pâle mousse grise. Puis il y eut un fracas derrière lui et le pont de la barge se cabra si soudain qu'il faillit perdre l'équilibre et basculer par-dessus bord.
→→Un homme de pierre s'écrasa dans le bateau. Un deuxième homme de pierre suivit, atterrissant à l'arrière près de la barre. Les planches détériorées éclatèrent sous l'impact, et Ysilla poussa un hurlement.
→→Canard était le plus proche de lui. Le colosse ne perdit pas de temps à chercher son épée. Il choisit de balancer sa perche, s'en servant pour frapper l'homme de pierre en pleine poitrine et le projeter hors du bateau, dans le fleuve où il coula immédiatement sans un bruit.
→→Griff s'en prit au deuxième homme à l'instant où celui-ci descendait maladroitement du toit du rouf. Yandry et Canard avaient accouru avec leurs perches. Ensemble, ils forcèrent la créature par-dessus bord dans les flots noirs de la Rhoyne.
→→“Nous les avons tous eu ? s'enquit Canard. Combien ont sauté ?
→→- Deux, déclara Tyrion avec un frisson.
→→- Trois corrigea Haldon. Derrière toi.”
→→Tyrion faucha les jambes de Griff sous lui et bondit au-dessus de lui quand il tomba, brandissant sa torche au visage de l'homme de pierre, pour le faire tituber en arrière sur sa jambe brisée, tout en giflant les flammes de ses mains grises et raides.
→→L'homme de pierre se débarrassa de la torche. On entendit un léger chuintement quand les flots noirs éteignirent les flammes. Il tituba vers l'avant, ses mains tendues pour saisir. Tyrion lui assena un coup d'épaule.
→→Il eut l'impression de heurter un rempart de château, mais ce château se dressait sur une jambe cassée. L'homme de pierre bascula en arrière, se raccrochant à Tyrion dans sa chute. Ils percutèrent le fleuve en soulevant une énorme gerbe, et la Mère Rhoyne les avala tous deux.
 A Dance With Dragons, Tyrion V

samedi 1 avril 2023

Souvenirs empoisonnés : le deuil et l'addiction dans ASOIAF

___Les traumatismes jouent un rôle important pour une grande partie des personnages ; Sansa Stark déforme ses souvenirs d'événements traumatisants, Daenerys Targaryen refuse quant à elle de regarder en arrière... Duncan Hubber, de Tower of The Hand, a réalisé un petit essai pour tenter de comprendre comment les traumatismes changent nos protagonistes, et comment les souvenirs de ces derniers ont un rôle là-dedans.

__Vers le milieu de A Dance with Dragons, Jon Snow se souvient des jours plus chauds et plus simples de son enfance à Winterfell. Mais très vite, ses pensées deviennent douloureuses, alors qu'il songe aux tristes sorts des membres de sa famille, et du château qui n'est plus qu'un tas de ruines. Il songe alors avec amertume que ses souvenirs sont empoisonnés, avant de retourner à ses devoirs de Lord Commandant. Comme le lecteur, Jon a été changé par les atrocités qui ont été infligées aux Stark - l'exécution de Ned, la mise à sac de Winterfell, les Noces Pourpres - à un tel point, que c'est trop éprouvant de seulement s'identifier à eux. Les Stark n'étaient pas juste une famille de plus se battant pour le contrôle du Trône de Fer, ils étaient nos héros, nos modèles de vertu... enfin, c'est ce qu'on se disait, quand nous n'étions que de doux enfants de l'été. Mais maintenant, ils font partie des souvenirs empoisonnés qui infestent cette série : les fantômes qu'on soutenait, qu'on aimait, et qu'on a perdu.

__L'un des thèmes central d'A Song of Ice and Fire, c'est comment ce processus de perte et de deuil peut transformer quelqu'un. Plusieurs des pensées et actions des personnages à point de vue sont conduites par ce chagrin, par le fait qu'on leur a enlevé ou tué quelqu'un qu'ils aimaient, et le parcours pour accepter cette perte. La réaction la plus commune pour les personnages dans cette situation est un désir de vengeance : traquer les responsables jusqu'au bout du monde, et les détruire. Mais comme Martin l'explique, ces croisades sont aussi empoisonnées que la douleur qui les nourrit.

__La vengeance n'apporte pas la paix aux personnages, pas plus qu'aux lecteurs. Quand AGOT se termine, Robb Stark, fraichement couronné, déclare la guerre aux fourbes Lannister, mais très vite, la réalité de cette décision, se fait péniblement évidente, avec le chaos infligé dans le Conflant. Plus tard, nous sommes témoins de la souffrance de Rickard Karstark suite à la mort de ses fils, et de comment cela a conduit à la mort de deux enfants innocents et à des pillages inutiles. Le chouchou des fans Oberyn Martell s'est jeté dans les bras de la mort pour sa sœur assassinée, une dette de sang que son frère aîné, le prince Doran, a l'air impatient de poursuivre, et dans laquelle il est prêt à impliquer le reste de la famille. Pendant ce temps, Cersei compromet sa cour, sa famille et sa santé mentale pour venger son fils assassiné et protéger celui qu'il lui reste. Et bien sûr, Lady Cœurdepierre, qui fait son apparition à la fin d'ASOS, est la personnification même du deuil conduisant à une rage meurtrière - une mère qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher la guerre, et qui pourtant finit par vouer son corps et son âme à la destruction d'autres êtres vivants, répandant son agonie à travers un paysage de désolation. Les grandes dynasties de Westeros ont été élevées et ruinées par ces actes perpétuels de rétribution, des actes qui découlent d'une incapacité universelle à accepter le deuil. Pour beaucoup d'entre nous, le deuil est une émotion douloureuse, mais pourtant également calme et nécessaire, tandis que pour GRRM et ses personnages, c'est une émotion qui a le potentiel de détruire la personne qui en souffre et même le monde qui l'entoure.


→→→Masculinité toxique et deuil

__Robert Baratheon en est un bon exemple, puisque sa réaction à la perte de sa promise, Lyanna Stark, a littéralement transformé le monde autour de lui. Il y avait bien sûr des facteurs politiques dans le lancement de la rébellion de Robert, mais l'enlèvement de Lyanna (et les meurtres de Rickard et Brandon Stark) en était le cœur émotionnel. Ca a donné aux rebelles une résolution, une urgence face à un ennemi supérieur, et un but pour rendre ce soulèvement légitime, une cause à laquelle se rallieraient les nobles comme les paysans. Ce qui est tout de même important, c'est que Robert a pu satisfaire son désir de vengeance en tuant Rhaegar au Trident... mais cela ne referma pas sa blessure. Cela ne lui a pas rendu Lyanna, et comme on l'apprend dans les pensées de Ned, il y a de fortes chances qu'elle n'ait même jamais aimé Robert. Mais Robert l'aimait, ou du moins, l'idée qu'il s'était faite d'elle. Il romançait leur union de la même façon que le royaume romançait sa rébellion ; de plus, son apparente perfection et ses soi-disant sentiments réciproques, donnait à Robert une version idéalisée de lui-même. Ainsi, quand Lyanna est morte, une part de Robert est morte avec elle, et sans ennemi à vaincre ni jouvencelle à sauver, le roi-rebelle s'est retrouvée sans but ni passion, seul dans son chagrin, avec seulement un trône en compensation. La couronne qu'il avait gagnée était aussi creuse et insatisfaisante que le râle d'agonie de Rhaegar, et donc, peu à peu, le roi Robert a cherché à noyer sa perte en sombrant dans l'addiction.

__Le côté sombre de ses indulgences s'est révélé le jour de ses noces avec Cersei Lannister, au cours desquelles Robert était tellement soûl qu'il s'est convaincu que c'était bien Lady Lyanna blottie sous ses royales couvertures, impatiente d'enfin consommer leur amour. Alors que ses années de règne se poursuivaient, Robert est devenu réputé pour les litres de vin et les montagnes de nourriture qu'il engloutissait, et qu'il devenait un obèse alcoolique et dépendant. A la cour, on plaisantait en disant que lorsque les problèmes du royaume étaient exposés devant le trône, sa grâce se retirait pour une expédition de chasse. Son goût pour les femmes était tout aussi notoire, Robert recherchant des compagnes de plus en plus jeunes. Peut-être était-ce une tentative désespérée de garder intact le souvenir d'une Lyanna adolescente et en vie, et de vivre en boucle le fantasme de leur nuit de noces. Ironiquement, la mort de Lyanna aura épargné à Robert d'avoir à affronter la réalité de sa relation avec Rhaegar. Elle peut rester à jamais un objet de pureté et de désir pour lui, et sa mort servait à justifier les atrocités commises contre les Targaryen. Des bébés assassinés n'étaient rien de plus que de la sale engeance aux yeux de Robert.

__Dans la conversation qu'il a avec Ned avant de partir pour sa dernière expédition de chasse, Robert semble admettre que Lyanna n'a jamais été sienne. Pourtant, il doit sans cesse se convaincre que le mensonge est réel, sinon, il verrait un monstre dans le miroir. C'est un mensonge qui a pourri à l'intérieur de Robert, une blessure qu'il a essayé de garder endormie avec des indulgences et des distractions sans fin. Comme avec toutes les addictions, celles dont souffrait Robert dans les dernières années de sa vie lui servaient à s'échapper de la réalité ; elles lui permettaient de simuler un sentiment de plaisir et de soulagement, sans lequel il n'éprouverait que de la honte. Elles lui permettaient d'échapper au souvenir de Lyanna et de Rhaegar, et aux milliers de problèmes qu'il devait résoudre chaque jour. Mais plus que tout, elles lui permettaient de vivre tel qu'il avait vécu auparavant, dans sa jeunesse, à son apogée, quand il n'y avait que des promesses et de l'espoir devant lui, quand tout le monde l'appréciait et quand il s'aimait lui-même, surtout. Même si ce sentiment ne durait que quelques heures, Robert le pourchassait, et plus sa vie empirait, plus il pourchassait ces illusions... jusqu'à s'empiler sur les défenses d'un sanglier. Comme toutes les blessures non traitées, celle-ci s'est infectée et l'a tué.


→→→Dépendance à l'égard d'autres personnes

__Le personnage de Tyrion Lannister sert d'antithèse au roi Robert. Dans sa jeunesse, le fils aîné de la maison Baratheon était un meneur d'hommes audacieux, autoritaire et séduisant, souvent grossier, mais aussi charmant, et apte à devenir ami avec n'importe qui, y compris ses ennemis. En comparaison, le gnome, comme il était surnommé, a grandi difforme et méprisé, y compris par sa famille, mais malgré ces handicaps (ou peut-être grâce à eux), il a également développé un esprit vif et cultivé, et une langue acérée. Cependant, comme Robert, Tyrion est hanté par le souvenir d'un amour perdu, et par un mélange de culpabilité, de trahison et de dégoût de soi. Mais tandis que Robert a passé sa vie à entretenir le mensonge que cet amour était réciproque, Tyrion s'est convaincu - ou laissé convaincre - que sa première épouse Tysha ne l'avait jamais aimé, n'aurait jamais pu l'aimer ; après tout, qui aurait pu aimer le monstre difforme qu'il est, qui a tué sa mère pour venir au monde ? Tel est ce qu'on lui a répété, encore et encore...

__Tyrion a subi des abus émotionnels toute sa vie, principalement de la part de son père et de sa sœur, et pour s'en sortir, il a développé son esprit pour repousser les insultes à son encontre. Pourtant, malgré ce tempérament acéré, le Tyrion que nous rencontrons au début de la série est une personne plus ou moins décente, surtout en comparaison avec les autres Lannister. Etant lui-même un paria, il ne manque pas de faire preuve d'empathie pour les "bâtards, infirmes et choses brisées" de ce monde. Et même quand il écope soudainement de pouvoir, il s'en sert pour gouverner avec justesse et améliorer la vie des nobles comme du peuple. Cependant, il reste très conscient de la façon dont le monde le voit, et en vient donc à jouer le rôle du monstre que les autres pensent qu'il est, car, comme il l'explique à Jon Snow, si on porte une faiblesse comme une armure, alors cette faiblesse ne peut jamais être utilisée pour nous blesser.


__Cela peut avoir l'air d'une stratégie efficace, et Tyrion est très impressionnant avec son aptitude à se servir des mots comme s'ils étaient des poignards, mais, petit à petit, cette armure qu'il s'est confectionné pour se protéger l'isole, et est réduite à son seul but de lancer des remarques acerbes. L'idéalisme avec lequel Tyrion débute son mandat de main du roi est peu à peu compromis par la peur d'être considéré comme vulnérable, inepte ou impotent aux yeux de la cour. Au début d'ACOK par exemple, il fait discrètement jeter à la mer un infanticide, mais à la fin du même roman, il menace de coups et de viol son propre neveu, Tommen. Bien sûr, ces mots n'étaient qu'un moyen de "jouer au monstre" et de prévenir d'autres attaques de la part de Cersei. Cependant, après avoir perdu tout pouvoir et qu'il ait été défiguré au début d'ASOS, Tyrion envisage la possibilité d'appliquer ces menaces plutôt que de paraître pour un faible ; Tommen ne subit heureusement pas ces sévices, mais le fait que Tyrion ait sérieusement envisagé de le faire montre le début de la désintégration de ses valeurs morales, qui atteignent un nouveau cap lors de ses dernières confrontations avec Jaime et Tywin, suivi du long et lent courant de misère qui rythme son histoire dans ADWD.

__La tragédie de Tyrion est que, comme Robert, il rêvait d'être aimé ; et bien qu'il continue à enfiler son armure de monstre de temps en temps, Tyrion continue d'imaginer un jour où les gens parviendront à le voir au-delà de ses traits grossiers, pour voir en lui le héro de l'histoire. En effet, l'une des raisons pour lesquelles il s'est tant dédié à la défense de Port-Réal était parce qu'il pensait enfin recevoir éloges et acceptation suite à ça ; au lieu de ça, son corps mutilé a été traîné hors du champ de bataille et caché dans une petite cellule sombre et humide, pour que son noble père et son joli neveu puissent être paradés dans la cité, et recevoir les applaudissements. Ils se rappellent qu'ils ne l'aimeront jamais, alors qu'ils aillent tous au diable. Et pourtant, au plus profond de lui-même, une petite voix naïve insiste, 'Et si ils y arrivaient ?' C'est cette même petite voix qui a flirté avec Tysha, il y a de nombreuses années en arrière - un gamin naïf qui a apprécié deux semaines de bonheur dans les bras d'une paysanne, et l'a payé avec toute une vie de honte. C'est là que Shae entre en scène.

__Son frère aîné Jaime pourrissant dans un donjon, Shae est la seule personne dans la vie de Tyrion qui lui offre un peu d'affection, la seule personne avec qui il a le sentiment de pouvoir être ouvert. Alors que les pressions qui vont avec le gouvernement augmentent, il trouve du réconfort dans ses bras. Mais le fait est que Tyrion ne voit jamais vraiment Shae en tant que personne... et le lecteur non plus. Martin la traite plutôt comme une toile vide, peu différente des centaines d'autres prostituées que Tyrion (et Robert) a connu : un vaisseau vide et joli dans lequel il peut déverser ses fantasmes et ses vulnérabilités, et ses sentiments non résolus pour son amour perdu.


__Pour quelqu'un qui se sent perpétuellement abusé et persécuté par le monde, Shae permet à Tyrion d'avoir l'impression qu'il a du pouvoir pour la première fois dans sa vie, en stipulant ce qu'elle peut faire, dire, porter, quand elle arrive, quand elle repart ; un contrôle qu'il n'avait pas il y a quinze ans, quand il a regardé sa jeune épouse se faire violer à de multiples reprises avant de participer au crime. Le traumatisme de cet événement n'a pas quitté l'esprit de Tyrion, et a toujours des effets néfastes sur ses capacités à nouer des relations avec d'autres femmes ; son obsession pour les prostituées en est un symptôme, pas seulement parce que ça lui donne le contrôle de sa sexualité, mais aussi ça renforce une certaine distance entre le sexe opposé et lui, en plus de garder ses émotions sous clé. Mais ce rituel est encore une fois contrarié par le désir de se lier avec quelqu'un, d'aimer et être aimé en retour, et surtout, de croire que ces deux semaines de bonheur avec Tysha n'étaient pas un mensonge.

__Ainsi, il tombe amoureux de Shae. Elle devient sa drogue, lui permet d'échapper à la réalité de sa vie, et à la haine et au mépris qu'il ressent de la part des personnes autour de lui. Elle l'accepte, lui offre confort et plaisir, et comme toutes les drogues, plus sa vie lui échappe, plus il devient dépendant. Plusieurs de ses décisions les plus douteuses viennent d'un désir désespéré de la garder cachée, dont les menaces envers Tommen et l'assassinat du barde Symon Langue d'Argent. Mais en fin de compte, Shae révèle qu'elle n'avait jamais aimé Tyrion, qu'elle ne faisait que jouer le rôle pour lequel il l'avait engagée lors de leur première rencontre. Craignant pour sa vie après le meurtre de Joffrey, elle vend Tyrion à sa sœur, et devient également la maîtresse de Tywin. Un coup dévastateur pour Tyrion.

__Jaime résume l'ironie tragique de l'affaire, lorsqu'il révèle finalement que Tysha n'a jamais été une prostituée. Son amour pour Tyrion était sincère, et elle n'en avait rien à faire de la richesse ou du prestige des Lannister. Mais à ce stade, cela n'a plus d'importance. Le mal est fait. Il n'y aura pas de réconciliation. Il est également important de noter que, comme Robert, Tyrion n'éprouve aucune satisfaction après s'être vengé. Lancer cette flèche dans le ventre de son père ne ramène pas Tysha ; elle n'existe plus que comme du venin dans la vanité de Tyrion. Ses pérégrinations dans le cinquième tome semblent en partie motivées par le désir de retrouver Tysha, peut-être pour lui demander pardon, mais le mantra "Où vont les putains ?" ressemble à une énigme à laquelle on n'est pas censé répondre. La question la plus importante est la suivante : Tyrion sera-t-il un jour capable de se pardonner ?


→→→Le fanatisme religieux

__Ce n'est pas un grand secret que le fanatisme excessif (à l'exception des cas d'affichage politique) est souvent le résultat de dysfonctionnements psychologiques chez une personne, et cela a l'air d'être le cas pour Aeron Greyjoy et Melisandre d'Asshai. On sait peu de choses sur la jeunesse de ces deux personnages, mais l'auteur glisse ici et là quelques indices semblant se référer à un événement traumatisant ayant eu lieu lors de leur enfance. Une phrase en particulier hante Mélisandre lorsqu'elle contemple ses feux : "Melony. Lot sept." Cette phrase rappelle les blocs d'enchères sur lesquels Tyrion se trouve lorsqu'il est capturé et vendu comme esclave à la Baie des Serfs, suggérant que Mélisandre a été vendue aux Prêtres Rouges, peut-être par ses parents, ou peut-être contre leur volonté. De son côté, Aeron a un cauchemar récurrent d'une charnière en fer rouillée qui grince dans la nuit, un son qu'il associe à son horrible frère Euron. Les lecteurs ont émis l'hypothèse qu'Euron aurait abusé sexuellement d'Aeron et son jeune frère Urrigon quand ils étaient petits, la charnière elle-même devenant le point central de leur traumatisme, car elle signalait l'entrée d'Euron dans leur chambre la nuit. À l'époque des romans, les deux personnages sont adultes et sont tous deux fanatiquement dévoués à une idole religieuse - Melisandre est une prêtresse de R'hllor et Aeron est un prêtre du Dieu Noyé.

__Plus que de vénérer leurs dieux respectifs, comme le font de nombreux citoyens parfaitement ordinaires des Sept Royaumes, ces deux-là semblent renoncer à toute notion d'indépendance personnelle, définissant leurs pensées et leurs actions comme les instruments d'une volonté divine. La raison derrière cela serait le désir de brûler (ou de noyer) ces souvenirs empoisonnés, pour renaître comme quelqu'un d'entièrement différent. Le fait de s'en remettre à une puissance supérieure leur permet de se dissocier de leur traumatisme passé et de se sentir en sécurité, en sachant que rien de ce qu'ils font, et rien de ce qui leur a été fait, n'a jamais été de leur faute. De plus, cela nourrit l'idée qu'il existe quelque chose de plus grand qu'eux, une puissance qui les protégera s'ils se soumettent à son plan. Ainsi, le sentiment de confusion qu'éprouvent les deux personnages lorsque leurs prières ne sont pas exaucées (Mélisandre recevant de fausses visions et Aeron ne pouvant empêcher son frère de monter sur le trône), est viscéral ; après avoir investi tout leur être dans une religion, ils ressentent presque un sentiment de trahison face à son impuissance, et pour Aeron en particulier, le fait que leur réalité s'effondre autour d'eux.


__Il est également intéressant de noter qu'avant sa conversion religieuse, Aeron souffrait d'un alcoolisme extrême. Cela peut être interprété comme un premier moyen de noyer la douleur de son enfance et le grincement de cette charnière en fer rouillée. Avec une coupe de vin dans une main et une hache dans l'autre, le jeune Aeron a essayé de faire disparaître ce souvenir en riant, de faire comme si rien ne s'était passé. Ce n'est peut-être que lorsque Stannis l'a envoyé, lui et son navire, dans les vagues agitées de Belle Île, et que les Lannister l'ont traîné sur le rivage et l'ont enfermé, que le passé a finalement rattrapé Aeron Greyjoy. Obligé de s'asseoir seul dans les cachots de Castral Roc, entouré par l'obscurité et le cliquetis lointain des barres de fer, la sobriété a pu se frayer un chemin jusqu'à lui. Il n'y avait plus de barrière entre Aeron et ses pensées, plus de bouteille dans laquelle s'échapper. Il s'est donc tourné vers la seule source de réconfort à laquelle il pouvait penser : le Dieu Noyé qui l'avait sauvé d'une mort certaine. "Je suis né à nouveau [ce jour-là]", se dira-t-il plus tard. Il n'était plus "la chose faible qu'il avait été", la chose faible qui s'était recroquevillée sous sa couverture lorsque la porte de sa chambre s'était ouverte. Comme pour Robert et Tyrion, ce sentiment suggère un profond dégoût de soi.

__Comme beaucoup de victimes d'abus, Aeron a développé une haine intense à l'égard son frère aîné, mais parce qu'Euron invalide ces sentiments de façon si constante et si habile (en les qualifiant de rancuniers ou d'enfantins, et en lui imposant le silence), Aeron les a intériorisés. Cela a créé une prison d'émotions négatives dont il est incapable de s'échapper, car il ne peut pas exprimer la rage ou le désespoir qu'il ressent. C'est la cause de son alcoolisme, de son fanatisme religieux et de sa compulsion à être noyé et réanimé. Ses addictions lui permettent de se libérer et d'endormir une partie de cette accumulation, en échangeant la douleur émotionnelle contre une douleur physique.

→→→Conclusion

__ Il y a certes des moments sombres dans ASOIAF, mais il y a aussi des moments d'espoir et d'humour, d'excitation et de beauté, de courage et d'amour. Il est important de se souvenir de ces moments, même si l'on a envie de jeter le livre dans la cheminée et de maudire GRRM avec toutes les horreurs qui s'y produisent. Le chagrin est le sentiment dominant de cette œuvre ; après tout, c'est l'histoire d'un pays ravagé par la guerre, déchiré par la mort et la décadence, et menacé par une armée de morts-vivants. Dans la fantasy traditionnelle, lorsque nous pensons à la guerre, nous imaginons de grandes charges de cavalerie, de brillants chevaliers échangeant des coups sous des bannières resplendissantes, et la musique de l'acier et des cornes de guerre balayant le royaume. Ce que nous n'imaginons pas, mais que Martin juge nécessaire de nous montrer, ce sont les terres brûlées, les montagnes de cadavres et les déserteurs qui errent sur les routes comme des prédateurs.

__Ce n'est pas la première guerre dont les sept royaumes ont été témoins, et ce ne sera pas la dernière. Et tôt ou tard, tous les personnages s'écrouleront sous le poids du chagrin, ils se sentiront brisés, vides et perdus. Certains de ces personnages ne se relèveront jamais. Mais d'autres se relèveront. Ils se relèveront au moment où ils arrêteront de courir, au moment où ils se retourneront et regarderont leurs fantômes dans les yeux, et reconnaîtront que leur passé fera toujours partie d'eux, mais qu'il n'a pas à les contrôler. Comme l'a dit un roi sage, les bons côtés d'une personne n'effacent pas les mauvais, et les mauvais côtés n'effacent pas les bons. Mais vous devez boire ce poison qu'est le deuil pour pouvoir aller de l'avant.

Traduction : moi // Source : towerofthehand.com

vendredi 18 novembre 2022

La montagne et la vipère


→→“EEEEELLLLLLIIIIIAAAAA !” Oberyn vociféra-t-il, tout en se jetant de tout son poids derrière la pique. Quatre pieds de pique brisée jaillissaient du ventre de Clegane quand le prince boula sur lui même, rebondit, s'épousseta puis, rejetant l'autre bout de hampe, s'adjugea l'estramaçon de son adversaire. “Si vous crevez avant d'avoir dit son nom, ser, j'irai vous traquer jusqu'au fin fond des sept enfers,” jura-t-il.
→→Ser Gregor essaya de se relever. Mais la pique l'avait percé de part en part, et elle le clouait au sol. Le prince Oberyn se rapprocha. “Dis-le !” Il posa un pied sur la poitrine de la Montagne et, à deux mains, leva la formidable épée.
→→La main de Clegane jaillit et agrippa le Dornien derrière le genou. La Vipère Rouge abattit sauvagement l'épée, mais il était en porte à faux, et la lame ne fit rien d'autre qu'infliger au brassard de Gregor une balafre supplémentaire. Dès lors, oubliée, l'épée, tandis que Gregor resserrait l'étau et, lui dévissant le genou, forçait le Dornien à s'affaler sur lui. Avec horreur, Tyrion s'aperçut que la Montagne avait enlacé le prince d'un bras colossal et, tel un amant, le plaquait contre sa poitrine.
→→“Elia de Dorne, entendirent-ils tous Gregor dire, quand l'affreux couple en fut arrivé presque au bouche à bouche. Je l'ai tuée piaulant pour sa portée.” Il jeta sa main libre au visage découvert du prince Oberyn et lui enfonça dans les yeux des griffes d'acier. “Puis je l'ai violée.” Il lui enfourna violemment son poing dans la bouche, ravageant les dents. “Puis j'ai écrabouillé sa putain de gueule. Comme ça.” Quand il brandit son énorme poing, le sang qui barbouillait son gantelet exhala comme une vapeur dans le matin froid. Le bruit d'écrasement fut abominable. Ellaria Sand poussa un gémissement de terreur, et le déjeuner de Tyrion revint à gros bouillons.
 A Storm of Swords, Tyrion X

lundi 20 décembre 2021

Tenir la ville

 

→→“Je ne suis qu'un demi-homme, à ce qu'il paraît, lâcha-t-il. Vous êtes quoi, dans ce cas, vous tous ?”
→→La réflexion ne manqua pas de les mortifier sévèrement. Un chevalier se mit en selle et, sans casque, alla se joindre aux précédents. Deux reîtres suivirent. Puis un plus grand nombre. La porte du Roi s'ébranla de nouveau. En un rien de temps, Tyrion commandait deux fois plus de gens. Il les avait piégés. Si je me bats, ils doivent agir de même ou passer pour des moins que nains.
→→“Vous ne m'entendrez pas crier le nom de Joffrey, prévint-il. Vous ne m'entendrez pas non plus crier celui de Castral Roc. C'est votre ville que Stannis entend saccager, c'est votre porte qu'il est en train de défoncer. Venez donc avec moi tuer ce fils de chienne !” Il dégaina sa hache et, faisant voler l'étalon, partit au trot vers la sortie.
 A Clash of Kings, Tyrion XIII

mercredi 24 novembre 2021

L'émeute

 

→→De part et d'autres de la rue, la foule refoulait les manteaux d'or qui, vaille que vaille, croisaient les hampes de leurs piques en s'arcboutant pour la contenir. Des pierres et des détritus mêlés d'immondices plus fétides encore se mirent à voler. “A manger !” hurla une femme. “Du pain !” tonna derrière elle un homme. “Du pain qu'on veut, bâtard !” En une seconde, mille voix reprirent l'antenne, et il n'exista plus dès lors de roi Joffrey, de roi Robb ni de roi Stannis, le trône échut au seul roi Pain. “Du pain ! clamait la populace comme un seul homme, du pain ! du pain !”
→→Des deux éperons, Tyrion se porta à la hauteur de sa sœur et aboya : “Au château ! Vite !” Elle acquiesça d'un signe bref, et ser Lancel dégaina. En tête de la colonne, ser Jacelyn rugissait des ordres. Ses cavaliers abaissèrent leurs lances et avancèrent, formés en coin. Et soudain, le cauchemar cessa, seul résonnait le crépitement des fers sur les abords pavés de la barbacane.
→→“Des traîtres ! babillait Joffrey, cramoisi de rage, et j'aurai leur tête à tous, je...”
→→Le nain le gifla avec tant de force que sa couronne s'envola au diable. Puis il l'empoigna à deux mains et le projeta à terre. “Espèce de dingue obtus !
→→ - C'est que des traîtres ! piailla Joffrey, affalé. Ils m'ont insulté et attaqué !
→→ - C'est toi qui leur as lâché ton chien dessus ! Que croyais-tu qu'ils allaient faire ? plier humblement le genou pendant que le Limier les taillerait comme des buis ? Bougre de mioche imbécile et gâté, tu as tué Clegane et les dieux savent combien d'autres, et tu t'en tires en plus, toi, sans une égratignure... Maudit sois-tu !”
 A Clash of Kings, Tyrion IX

mardi 20 octobre 2020

Le dompteur de dragon : l'intérêt de l'introduction de Quentyn Martell

 

→→'Mais il servait à quoi ce personnage ????' se plaignent différents lecteurs en parlant de Quentyn Martell. Il est introduit très tard dans la saga et meurt presque aussi rapidement, bien avant d'avoir pu accomplir quoique ce soit de vraiment 'significatif'. Alors, quel était le but de GRRM d'introduire ce personnage ?

___Quentyn Martell a eu la malchance de n'être rien de plus qu'un outil : Martin se sert de lui pour faire un exemple auprès des lecteurs. L'histoire de Quentyn sert d'abord à construire les personnages d'Oberyn et Arianne : Quentyn est le 'prix' que Doran doit payer pour l'empoisonnement d'Edgar Yronwood par Oberyn - il est envoyé auprès des Yronwood très jeune pour y être un page puis un écuyer pour régler cette dette de sang, ce qui met à rude épreuve le mariage de Doran et Mellario.

___Quant à Arianne, elle lit une lettre où Doran conseille Quentyn, et comprend qu'il veut la déshériter en la faveur de Quentyn - alors qu'en réalité, Doran prévoyait à ce moment-là qu'Arianne épouse Viserys et devienne donc reine de Westeros. Arianne devient amère et se rebelle contre son père, pensant qu'elle va être usurpée à cause de son sexe, prévoyant notamment de déclencher une guerre pour couronner Myrcella et assigner à résidence son père et son frère.

___Quand Doran envoie Quentyn traverser le détroit, Arianne l'apprend par le biais de ses amis et suppose qu'il prépare un coup contre elle. La Compagnie Dorée ayant mis fin à leur contrat, elle assume qu'ils ont été engagés par Quentyn. Ce qui ne fait qu'alimenter la ténacité d'Arianne à exécuter son plan. Et cela construit également la prochaine arrivée d'Aegon/Young Griff - depuis deux bouquins, on nous répète que la Compagnie Dorée a mis fin à leur contrat..

___Le voyage de Quentyn nous permet de voir dans quel état politique et économique se retrouve Essos après que Daenerys soit passée par la Baie des Serfs. Nous rencontrons Quentyn pour la première fois à Volantis, alors qu'il chercher à se rendre à Meereen. Nous découvrons les coutumes et la population de la plus grande des Cités Libres, Volantis, et les réactions des habitants face à la dépression économique provoquée par Daenerys - il est probable qu'elle finisse par se rendre à Volantis pour y exécuter les nobles et libérer les esclaves qui, avec des fidèles du Dieu Rouge, se rendront avec elle à Westeros.

___Quentyn permet aux lecteurs d'avoir un aperçu des conséquences catastrophiques que Daenerys a engendré dans la Baie des Serfs. Avant le point de vue de Quentyn, nous n'avions que de petites informations par-ci, par-là, de ce qui avait suivi les actions de Daenerys dans les chapitres de cette dernière. Avec Quentyn, nous avons une toute autre perspective :

___→ Ca se transmet par le sang. Oui, le roi Aerys II était fou, tout Westeros le savait. Il avait banni deux de ses Mains et condamné au bûcher une troisième. Si Daenerys est aussi meurtrière que son père, dois-je l'épouser quand même ? Le prince Doran n'avait jamais abordé cette éventualité.
___Guernouille serait content de laisser Astapor derrière lui. La Cité Rouge était le plus proche équivalent de l'enfer qu'il ait jamais imaginé fréquenter. Les Yunkaiis avaient consolidé les portes enfoncées afin de confiner les morts et les agonisants à l'intérieur de la ville mais les scènes qu'il avait vues en parcourant à cheval ces rues de brique rouge hanteraient à jamais Quentyn Martell. Un fleuve charriant des cadavres. La prêtresse dans ses robes en lambeaux, empalée sur un pied et environnée d'une cour de mouches vertes luisantes. Des mourants qui titubaient à travers les rues, couverts de sang et d'ordure. Des enfants qui se disputaient des chiots à moitié cuits. Le dernier roi libre d'Astapor, hurlant nu au fond de l'arène, tandis qu'une vingtaine de dogues affamés se jetaient sur lui. Et des feux, partout des incendies. Il pouvait clore les yeux et les voir encore : des flammes se déployant contre des pyramides de brique plus hautes que tous les châteaux qu'il avait jamais contemplés, des panaches de fumée grasse qui montaient en se lovant comme d'immenses serpents noirs.
___Quand le vent soufflait du sud, l'air sentait la fumée, même ici, à trois milles de la cité. Derrière ses remparts de brique rouge décatis, Astapor brûlait toujours, bien que la plupart des grands brasiers se fussent épuisés, désormais. Des cendres dérivaient paresseusement sur la brise comme les gros flocons d'une neige grise. Quitter ces lieux serait une bonne chose.
 A Dance with Dragons, L'erre-au-vent

___Jusqu'à présent, Daenerys et ses conseillers étaient persuadés de la gloire et de la réussite de cette dernière. Quentyn dit aux lecteurs qu'en fait, c'est pas vraiment ça... Daenerys n'a laissé derrière elle que morts et destructions, chaos politique et économique, en dépit de ses bonnes intentions. Les lecteurs - du moins ceux qui prêtent attention - réalisent alors que Daenerys n'est pas une dirigeante, mais une conquérante. Elle ne peut pas réparer la destruction, ou développer un système durable et viable après avoir conquis.

___Le point de vue de Quentyn est le premier d'autres personnages - Barristan, Tyrion, Victarion - stationnés dans les environs de la Baie des Serfs, et racontant la même chose : instabilité, guerre, terreur, esclavage, famine, épidémie. Le voyage de Quentyn sert à développer d'autres personnages, principalement Daenerys. Les lecteurs doivent comprendre que le futur qui attend Daenerys est loin d'être radieux. Elle apportera exactement les mêmes horreurs à Westeros, déjà ravagé et affaibli par la guerre. C'est très astucieux de la part de Martin : pendant quatre tomes, Daenerys est présentée comme une reine juste et vertueuse qui se lève de ses cendres pour libérer tout un continent de ses chaînes. Elle a l'air d'être la princesse qui a été promise, c'est une bonne dirigeante... et Quentyn Martell met un terme à tout ça. Daenerys semble également volatile avec ces chapitres. Elle est plus intéressée par l'ami de Quentyn, Gerris Boisleau, parce qu'il est plus attirant.

___→ “Dites-moi, prince Quentyn, êtes-vous enchanté ?
___- Non, Votre Grâce.
___- C'est bien ce que je craignais.” Ni enchanté ni enchanteur, hélas. Dommage que ce soit lui, le prince, et non celui aux larges épaules et aux cheveux blonds. “Cependant, vous êtes venus chercher un baiser. Vous avez l'intention de m'épouser. Est-ce bien là le principe ? Le cadeau que vous m'apportez est votre douce personne. Au lieu de Viserys et de votre sœur, vous et moi devons sceller ce pacte, si je veux Dorne.”
 A Dance with Dragons, Daenerys VII

___Barristan s'en rend lui aussi compte, et songe que Daenerys aurait pu choisir de ne pas épouser Hizdhar si Gerris avait été le prince.

___→ Si celui-là avait été le prince, les choses auraient pu tourner autrement, ne put-il s'empêcher de penser... mais Boisleau avait un peu trop de charme à son goût. Monnaie contrefaite, jugeait le vieux chevalier. Il avait connu de tels hommes dans le passé. A Dance with Dragons, Le chevalier écarté

___Ce que cela implique est assez intéressant. Daenerys, est, en dépit de tout ce qu'elle a accompli, toujours une jeune fille qui privilégie les beaux garçons plutôt que les garçons intelligents. Et cela lui causera des problèmes dans le futur. En ce moment, elle a une relation avec Daario, qui est loin d'être un modèle de vertu ou une figure de confiance. Elle pourrait s'éprendre d'un homme similaire dans le futur, du genre d'Euron Greyjoy...

___→ Campé à la proue d'un navire parut un cadavre aux yeux étincelants qui juraient dans sa face morte et dont les lèvres grises esquissaient un sourire navré. A Clash of Kings, Daenerys IV

___→ “Non. Ecoute-moi, Daenerys Targaryen. Les chandelles de verre se consument. Bientôt viendra la jument pâle et, après elle, les autres. Le kraken et la flamme noire, le lion et le griffon, le fils du soleil et le dragon du comédien. Ne te fie à aucun d'eux. Souviens-toi des Nonmourants. Défie-toi du sénéchal parfumé.” A Dance with Dragons, Daenerys II

___→ Ensuite, les tours en bord de mer, croulant sous la marée de ténèbres qui les engloutissait, montée des profondeurs. Des ombres dessinant des crânes, des crânes qui se changeaient en brume, des corps entremêlés par le désir qui tordaient, roulaient, se déchiraient. A travers des rideaux de flammes, de grandes ombres ailées tournoyaient sur un ciel dur et bleu. A Dance with Dragons, Melisandre I

___→ Sous ses couvertures, elle se tourna et se retourna, rêvant qu'Hizdahr l'embrassait... mais il avait les lèvres bleues et tuméfiées et, quand il s'enfonça en elle, sa virilité avait la froideur de la glace. A Dance with Dragons, Daenerys VII

___→ Ils avaient entendu vanter la beauté de Daenerys Targaryen de la bouche de pirates des Degrés et de gras marchands de l'antique Volantis. Ca pourrait être vrai. [...] ; l'Œil de Choucas avait l'intention de la garder pour lui. A Dance with Dragons, Le prétendant de Fer

___Le voyage de Quentyn aurait été celui d'un héro, d'un prince, d'un crapaud dans une autre histoire. Mais dans ASOIAF, il n'est pas enchanté, et il ne vit pas pour remporter gloire et triomphe. Aucune princesse ne l'embrasse pour le transformer en prince charmant, et il ne vit pas pour accomplir quoique ce soit de grandiose. ASOIAF est bien sûr une œuvre de fantaisie, mais une oeuvre empreinte de réalisme. Avant sa mort, Quentyn sert une dernière fois d'exemple :

___• Le sang d'un Targaryen n'a aucune importance pour les dragons. Ce dicton est basé sur une fausse idée reçue. Quentyn parvient en quelques sortes à dompter Viserion avant d'être brûlé vif. Cela veut donc dire qu'avec du temps et sous de bonnes conditions, un dragon peut être dompté par n'importe qui - cela s'est déjà vu pendant la Danse des Dragons.
___• La couleur verte a des connotations très négatives pour Daenerys et annonce toujours un mauvais présage pour elle. Rhaegal le vert brûle Quentyn, et annihile toute chance d'une alliance entre Dorne et Daenerys. Dorne est à Aegon... et que peut-être que Rhaegal est à Aegon.
___• Quentyn est parvenu à libérer les deux dragons. Il en a aussi presque dompté un. C'est un fait qui va servir de précédent. La prochaine fois que quelqu'un aura l'idée de s'approprier un dragon, ce quelqu'un sera mieux préparé et réussira - Tyrion ? Aegon ?
___• Les chapitres de Quentyn sont une mine d'information sur les dragons, leur nature et la magie qui les entoure.
___• L'arc de Daenerys se terminera très mal. Elle peut conquérir, mais ses conquêtes sont toujours accompagnées de tragédies - elle ne peut pas à la fois conquérir et sauver, comme elle l'avait déjà vu avec Astapor, mais comme l'avaient aussi démontré Mirri Maaz Durr, Eroeh, Hazzéa...

Source : Quora

lundi 14 septembre 2020

Quels sont les pires criminels de guerre de Game of Thrones ?

 

 Souvent, on entends dire que les personnages des livres et de la série sont 'gris'. En gros, un gentil peut faire des trucs pas très bien, et un méchant peut faire des trucs qui redorent un peu son blason. Bref, des êtres humains quoi, puisque dans la vraie vie, tout n'est pas soit tout blanc, soit tout noir. Mais dans les deux camps, selon nos critères modernes...

___Le site de la Croix Rouge australienne s'est donc intéressé à certains des actes les plus choquants de la série, et aux responsables : en se basant sur les violations des lois établies par la Convention de Genève, ces derniers ont donc dressé le classement des pires criminels de guerre de la série.

___NB : ce classement a été réalisé AVANT la saison 8. Les événements des épisodes 4, 5 et 6 - prise d'otage, attaquer des soldats qui s'étaient rendus, jeter l'équivalent d'une bombe sur des civils, tuer un ennemi en dehors du champ de bataille - sont définis comme des crimes de guerre par les critères de cette même convention. Daenerys finirait donc sûrement à la première place, et de par leur complicité dans les crimes de cette dernière, Jon et Tyrion grimperaient eux aussi dans le classement...

____1. Ramsay Bolton avec 17 violations
Torture, traitement cruel ou inhumain
Perfidie
Prise d'otage
N'hésite pas à tuer des personnes qui sont hors d'état de se battre, comme des soldats blessés ou des prisonniers
Utilise des moyens et des méthodes infligeant des dommages humains et matériels qui auraient pu être évités
Violences sexuelles, dont viol, esclavage sexuel, prostitution forcée et grossesse forcée
Fait de civils qui n'avaient aucune part aux hostilités les cibles d'attaques


____2. Daenerys Targaryen avec 15 violations
Utilise des moyens et des méthodes infligeant des dommages humains et matériels qui auraient pu être évités
Application de sentences judiciaires et d'exécutions sans avoir établi un jugement rendu par un tribunal
Torture, traitement cruel ou inhumain
Fait de civils qui n'avaient aucune part aux hostilités les cibles d'attaques
Déclarer pas de quartier


___Daenerys a cependant agi en concordance avec le droit international humanitaire, en protégeant des civils et en ne ciblant que des militaires dans certains cas.

____3. Roose Bolton avec 8 violations
Torture, traitement cruel ou inhumain
Violence sexuelle
Tuer ceux qui ne prennent pas part aux hostilités
Perfidie
N'hésite pas à tuer des personnes qui sont hors d'état de se battre
Utilise des moyens et des méthodes infligeant des dommages humains et matériels qui auraient pu être évités


___Roose a cependant agi en concordance avec le droit international humanitaire, en accordant à des otages et prisonniers de guerre des soins appropriés.

____4. Le Roi de la Nuit avec 6 violations
Esclavage
Utilisation d'enfants soldats
Fait de civils qui n'avaient aucune part aux hostilités les cibles d'attaques
Fait de groupes religieux ou culturels les cibles d'attaques
Utilisation d'armes incendiaires sur des civils



____5. Les Fils de la Harpie avec 6 violations
Tuer ceux hors d'état de se battre
Tuer ceux qui ne participent pas aux hostilités
Esclavage
Attaques aléatoires causant des dégâts sur les biens des civils
Attaques aléatoires causant la mort et les blessures de civils
Fait de civils qui n'avaient aucune part aux hostilités les cibles d'attaques



____6. Jon Snow avec 6 violations
Utilisation d'enfants soldats
Torture, traitement cruel ou inhumain


___Jon a cependant agi en concordance avec le droit international humanitaire, en protégeant des civils et en accordant à des otages/prisonniers de guerre des soins appropriés.




____7. Euron Greyjoy avec 5 violations
Torture, traitement cruel ou inhumain
Causer sciemment des blessures ou souffrances sérieuses à des personnes sous protection ou hors d'état de se battre
Pillage
Prise d'otages


___Un autre exemple : Euron a assassiné son frère en dehors d'un champ de bataille.
____8. Walder Frey avec 5 violations
Tuer sciemment des personnes qui ne participent pas aux hostilités
Perfidie
Tuer ceux hors d'état de se battre
Utilise des moyens et des méthodes infligeant des dommages humains et matériels qui auraient pu être évités
Prise d'otages


___L'exemple le plus notoire d'un crime de guerre commis par Walder Frey est bien sûr les Noces Pourpres.
____9. Tywin Lannister avec 4 violations
Esclavage
Faire de civils qui ne participent pas aux hostilités les cibles d'attaques
Tuer ceux hors d'état de se battre
Tuer ceux qui ne participent pas aux hostilités


___Tywin a autorisé plusieurs attaques sur des civils. Il a cependant agi en concordance avec le droit international humanitaire, en accordant à des otages/prisonniers de guerre des soins appropriés.

____10. Tyrion Lannister avec 4 violations
Utilise des moyens et des méthodes infligeant des dommages humains et matériels qui auraient pu être évités
Utilise des armes incendiaires contre des civils et propriétés civiles
Violences sexuelles
Perfidie


___Tyrion (dans la série du moins) essaye cependant de limiter les pertes humaines. Il a tenté à plusieurs reprises avec plus ou moins de succès d'empêcher Daenerys de se servir de ses dragons sur des civils et/ou des soldats désarmés.
____11. Robb Stark avec 1 violation
Prise d'otages

___Robb est certainement celui de cette liste à se plier le mieux au respect du droit international humanitaire : bien qu'il fasse des prisonniers et des otages, il ne maltraite pas ces derniers, et il n'a ciblé que des militaires lors de ses attaques. Il a aussi fourni à plusieurs occasions une assistance médicale aux soldats blessés des deux camps - oui, peu importe de quel côté vous vous battez, si vous êtes un soldat blessé, vous devez recevoir des soins.