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dimanche 17 mai 2026

Nouvel ami

Ses compagnons se trouvaient encore dans la salle commune quand Jon reparut, suivi de Fantôme. « Où es-tu allé ? demanda Pyp.
— Bavarder avec Sam.
— Vraiment le dernier des lâches ! déclara Grenn. Y avait des tas de places libres à notre banc, tout à l’heure, mais il avait une telle trouille qu’il est allé se planquer dans un coin.
— Sire Jambonneau nous trouve simplement indignes de sa compagnie, observa Jeren.
— L’auriez vu s’empiffrer de porc en croûte, le cochon..., minauda Crapaud. Le gênait pas, de bouffer son frère ! ajouta-t-il en se mettant à renifler, grogner.
— Ta gueule ! » aboya Jon.
Interloqué par sa virulence, tout se tut. « Ecoutez », reprit-il et, dans un silence attentif, il indiqua la démarche à suivre désormais. Comme prévu, Pyp abonda dans son sens puis, contre toute attente, Halder, ce qui le ravit. Grenn balançait encore, lui, mais il sut le toucher. Après quoi, il persuada ceux-ci, cajola ceux-là, flétrit tel et tel autres, menaça quand il le fallait, et tous, un à un, finirent par se rallier. Tous sauf Rast.
« Libre à vous, fillettes, conclut-il en ricanant au nez de Jon, mais moi, pas question. Si Thorne me jette sur dame Truie, je m’y taille mes tranches de lard. » Et, sur ce, il les planta là.
Tout dormait, à Châteaunoir, lorsque, bien plus tard, trois d’entre eux firent irruption dans sa cellule, et Grenn lui immobilisa les bras, Pyp les jambes en s’asseyant dessus. Mais le halètement du captif s’accéléra de façon fort nette quand, couché sur sa poitrine et l’œil rutilant, Fantôme lui mordilla juste assez le tendre du gosier pour y faire perler le sang. « N’oublie pas, dit Jon d’une voix suave, que nous connaissons ta niche. »
Au matin, Rast le divertit sous cape en expliquant à Albett et Crapaud que la lame de son rasoir avait dérapé.
A dater de ce jour, en tout cas, ni lui ni aucun des autres ne se soucia de tourmenter Tarly. Ser Alliser le leur opposait-il, chacun se cantonnait dans la défensive et parait à loisir ses bottes balourdes. Le maître d’armes hurlait-il d’attaquer, ils entraient dans la danse en se contentant d’assener des pichenettes aux plates de poitrine, au heaume ou aux jambières. Et ser Alliser avait beau tempêter, menacer, les traiter tous de pleutres, de femmelettes ou pis, Sam n’en demeurait pas moins intact. Un soir, enfin, cédant aux instances de Jon, il prit part, assis près de Halder, aux agapes communes. Et s’il lui fallut encore une quinzaine pour oser se joindre aux conversations, il ne tarda dès lors plus guère à déguster franchement les simagrées de Pyp ni à taquiner Grenn à qui mieux mieux.
Si gros, gauche et froussard qu’il fût, il n’avait rien d’un sot. Il vint, une nuit, rendre visite à Jon dans sa cellule. « J’ignore ce que tu as fait, dit-il, mais je sais que tu l’as fait. » Il se détourna, par timidité. « Je n’avais jamais eu d’ami.
– Nous ne sommes pas amis, répondit Jon en lui posant la main sur le gras de l’épaule. Nous sommes frères. » A Game of Thrones, Jon IV

mardi 19 août 2025

Inspirations littéraires, historiques et mythologiques [14/?] : Winterfell & les influences de Tolkien

Parmi les lieux 'symboliques' du ASOIAF Verse, on trouve bien entendu l'arbre coeur de Winterfell.
Ces arbres sont importants, et pas seulement pour la valeur sentimentale qu'ils représentent pour les Stark. Ils sont importants pour les Enfants de la Forêt, car ce sont littéralement leurs maisons. C'est là qu'on trouve les anciens Dieux. Il y a eu une guerre entre ces derniers et les Premiers Hommes qui abbataient ces arbres, jusqu'à ce que soit conclut un pacte sur l'Île des Faces de l'Œildieu dans le Conflans. La Corneille à Trois Yeux vit sous un de ces arbres, et l'arc de Bran est lié à devenir ce dernier, à accepter la magie des Anciens Dieux, et à devenir plus qu'un warg. Les premiers hommes tiraient leurs pouvoirs de la terre et des arbres. Les Autres ont été comparés à la menace du changement climatique provoqué par la déforestation. Bien que la série n'ait pas exploré ce thème, les livres le feront peut-être, en se penchant sur les pouvoirs de vervue et de change peau des Stark, ainsi que la mythologie du Nord et des Premiers Hommes. La série y a tout de même un peu touché avec l'association sentimentale faite de l'arbre coeur de Winterfell. Après avoir repris Winterfell, les Stark ont énormément de scènes dans le bois sacré, presque plus dans les 3 dernières saisons qu'au début de la série. Y-avait-il un thème plus profond que simplement montrer les changements de saisons et le besoin de Bran de ces arbres pour utiliser ses pouvoirs ? Après tout, cet arbre apparaît dans le générique, et c'est le seul lieu du générique où apparaît un arbre. Comme dans la série, il est fort probable que dans les livres Port-Réal soit détruit par Daenerys, rendant futile toute la guerre pour le Trône de Fer, mais en plus, il pourrait y avoir l'équivalent d'un sac de la Comté dans Westeros, et Port-Réal est loin d'être un endroit qui évoque la Comté. Le Nord, c'est là où se trouvent les gens plus simples, et en comparaison du reste du royaume, les Stark donnent plus l'impression d'être les gentils/victimes. Mais Winterfell et le Nord ont déjà été saccagés pas une, mais deux fois : d'abord par Theon et les Greyjoy, et ensuite par les Bolton.
Suite à la mise à sac de Winterfell, Bran songe que :
La pierre est forte, se dit Bran, les racines des arbres plongent fort avant dans le sol, et là-dessous trônent, impassibles, les rois de l'Hiver. Aussi longtemps qu'ils y demeureraient demeurerait de même Winterfell. Winterfell n'était pas mort, il n'était que rompu. Comme moi, songea Bran. Moi non plus, je ne suis pas mort. A Clash of Kings, Bran VII
Il y a un certain ancrage représenté par Winterfell - au sens propre et figuré - et l'arbre sacré en particulier. Les Starks ne réalisent vraiment la valeur de Winterfell qu'après l'avoir quitté et être forcés de s'enfuir pour leur survie. Mais dans un coin de leur esprit, tous pensent un jour y revenir, mais ignorent cette possibilité. Jusqu'à ce qu'ils soient poussés dans des situations où l ameute se retrouvera, d'abord avec Jon et Sansa, peu à peu rejoints par le reste de la fratrie. Winterfell représente la famille, l'enfance, l'innocence, la maison. Mais plus que la pierre, le baral sacré est le cœur de Winterfell, comme le dit Ned.
Sansa semble faire écho à ce sentiment face à l'absence d'arbre sacré dans les Eyriés.
Le jardin, jadis, elle le savait, voulait être un bois sacré, mais la couche d’humus trop mince et le socle rocheux qu’à peine dissimulait-elle n’avaient jamais permis à aucun barral de s’enraciner. Un bois sacré sans dieux, aussi désert que moi. A Storm of Swords, Sansa VII
Ainsi, si une sorte de sac de la Comté devrait se produire, ce ne serait pas la pierre ou le chateau qui serait affecté. Cela s'est déjà produit. Cette fois, ce seront les arbres. Et plus précisement l'arbre auquel on tient tant : l'arbre coeur sacré. Si cela arrive, il est probable que le resposable soit Daenerys, même accidentellement, et sans comprendre les répercussions de ses actions. Pourquoi ? Il y a une réplique qui revient beaucoup dans A Dance with Dragons dans les chapitres de Daenerys : “Un dragon ne plante pas d'arbres.”

Ca semble plutôt symbolique, et cela a du sens dans l'arc de Daenerys, de ne jamais vraiment s'ancrer nul part, de passer d'un endroit à un autre en les conquérant, mais sans jamais vraiment être une dirigeante compétente, et en voulant passer au prochain projet. Cela découle du fait que Daenerys a passé une grande partie de sa vie à courrir pour sa vie, sans jamais avoir de stabilité avec une vraie maison/famille/foyer. Le plus proche d'une maison qu'elle ait jamais eu, c'est la maison à la porte rouge avec le citronnier à la fenêtre. Mais plus Daenerys devient puissante, plus cette idée devient distante. Parce que ses dragons et son désir de restaurer son héritage Targaryen la transforme en ce qu'elle détestait chez Viserys.
Même ceux qui ont tué sa famille et l'ont envoyée loin de Westeros - Tywin, Robert, Gregor Clegane, Amory Lorch... - sont morts à présent. Contre qui se venger ? Qu'est-ce qu'elle pourra apporter à Westeros ? Remplacer la tyrannie de Cersei par un autre tyran impulsif ? Elle a de bonnes intentions, mais elle n'est pas une bonne dirigeante à cause de son instinct premier de recourir sans cesse à la violence et à ses dragons pour résoudre les problèmes. C'est une solution à court terme, qui a des conséquences négatives sur le long terme. En fin de compte, elle ne sera même pas comblée en prennant le trône. A cet égard, c'est un personnage tragique, condamnée à devenir ce qu'elle ne veut pas, parce qu'elle n'a aucun endroit où retourner. Daenerys n'a pas de racines, parce qu'elle a peur de regarder en arrière et de se sentir perdue ; et pourtant, en ne voulant pas regarder en arrière, elle détruit les racines des gens, en apportant le chaos dans leurs vies. Les Stark, quant à eux, sont des planteurs. Jon et Sansa touchent à l'administration et au micromanagement bien plus que Daenerys, et c'est pour ça que ses idées ne portent jamais leurs fruits. Elle n'est que actions et discours dramatiques, sans politiques pour suivre. Il y a aussi Bran, qui est le plus connecté à la terre et aux arbres. Mais c'est le cas de tous les Stark, d'une façon ou d'une autre. Dans ASOS, Jon pense même cela :
Rouges, réalisa Jon en sursaut, mais pas du tout comme celles de Melisandre. C'étaient celles d'un barral. Prunelles rouges et babines rouges et blanche fourrure. Sang et os, comme un arbre-cœur. Il est corps et âme aux anciens dieux, lui. Et blanc, de tous les loups l'unique. A Storm Of Swords, Jon XII
Jon fait la distinction entre le rouge de Mellisandre (associé au feu) et le rouge des yeux et des babines de Ghost. Il associe ce dernier à un bois sacré, et en déduit qu'il porte les couleurs d'un arbre coeur. Il ne l'associe pas à la mort ou au sacrifice, mais à la vie, à l'histoire et à la connaissance. “Un dragon ne plante pas d'arbres.” oppose directement Daenerys aux Stark, aux Enfants de la Forêt, et aux Dieux Anciens qui se trouvent dans les arbres, surtout dans le Nord. Cela la met en conflit avec les Stark et avec l'arbre qui nous est si cher.
Ce n'est pas une coincidence que Sansa parle de faire des réserves de nourriture pour l'hiver dans le 7x03, et que l'épisode suivant, Daenerys se lamente du manque de nourriture pour nourrir son armée... avant qu'on ne la voit détruire plusieurs chariots de nourriture avec son dragon sur un champ de bataille où son armée dépassait déjà en nombre les hommes des Lannister (ce champ de bataille avait déjà vu le terrible Champ de Feu plusieurs siècles plus tôt...). Peut-être que Daenerys ne s'est pas rendue compte de ce qu'elle brûlait, mais il n'empêche que ses actions décidées de manirèe impulsive auront des conséquences très négatives sur le long terme. Non seulement l'armée des Lannister n'est pas composée que de ces derniers (la plupart sont des paysans ou hommes qui ne font que suivre leur seigneur lige), mais en plus, elle a détruit des réserves de nourriture qui aurait pu nourrir ses propres armées, ce qui est incroyablement irresponsable. Quand on a autant de pouvoir entre ses mains, on doit faire preuve de plus de contrôle, on ne peut pas se permettre une telle négligence. Si elle est assez irresponsable pour brûler de la nourriture, elle peut aussi brûler par erreur un bois sacré, car non seulement les dragons ne plantent pas d'arbre, ils ne réalisent pas non plus leur valeur. C'est le genre de chose qui a provoqué la création des Autres ! L'argument des Enfants de la Forêt était de ne pas brûler ou couper ces arbres. Melisandre et Stannis brûlent le bois sacré d'Accalmie en sacrifice pour R’hllor. Elle a même une vision de la Corneille à Trois Yeux et de Bran et pense que c'est l'Autre, l'ennemi de R’hllor, et son servant. Melisandre n'est pas très fiable quand il s'agit de lire ses visions, mais le fait qu'elle n'ait eu aucun problème à brûler des arbres coeur montre qu'elle s'oppose à tout ce en quoi croient les Enfants de la Forêt. C'est dans le Nord qu'on trouve le plus ces arbres. Jusqu'à présent, Daenerys n'a parcouru que des terres arrides. Elle n'a pas été en contact avec beaucoup de verdure. Alors ce n'est peut-être pas trop tiré par les cheveux de supposer qu'elle pourrait faire la même chose que Melisandre. Peut-être que ce sera en essayant de détruire les Autres si ils atteignent Winterfell, mais ça n'en serait pas moins horrible pour autant. Ca devient un peu plus inquiétant quand on sait que GRRM s'est inspiré de Tolkien et du Seigneur des Anneaux. Dans cet univers, les arbres sont aussi très importants. Ceux de Valinor sont détruits par la convoitise des humains. Il y a aussi les Ents, des creatures que les Elfes ont créé notamment pour protéger les forêt des orques. Et enfin, la bannière du Gondor est l'arbre blanc de Minas Tirith.

Les elfes ont fait cet arbre à l'image de Telperion, l'un des deux arbres de Valinor. Leurs boutures ont été plantées à différents endroits, donnant lieu à différentes 'versions' de ces arbres. Islidur a volé l'un des fruits de ces arbres et l'a planté en face de sa demeure, après que Sauron lui ait conseillé de le faire. Mais Sauron a ensuite attaqué Islidur et brûlé l'arbre. Islidur a survécu en emportant une bouture de l'arbre, qu'il a planté à Minas Tirith. L'arbre est mort à nouveau à cause d'une épidémie. Une troisième bouture fut plantée et vécut jusqu'à la mort de Belecthor II, l'étendant de l'époque. L'arbre resta tel quel, mort de manque de soins (comme l'arbre mort de Corneilla dans ASOIAF). Saruman a aussi commencé à pratiquer la magie noire pour vaincre Sauron, et brûla des arbres. Malheureusement, en faisant cela il fut corrompu à son tour par le pouvoir de l'Anneau Unique. Pour finir, Aragorn remporta la guerre, unit Arnor et le Gondor, et planta une nouvelle bouture avec l'aide de Gandalf. L'arbre mort fut enlevé et placé dans les tombes royales, avec les honneurs accordés à un monarque. Voilà, les arbres sont importants dans l'univers de Tolkein, et GRRM a totalement été influencé par ce dernier : regardez la bannière du Gondor dans le Seigneur des Anneaux, et celle des Nerbocs de Corneilla dans ASOIAF :
 
Certes, la maison Nerboc n'est pas si importante, et se trouve dans le Conflans... mais ça a une grande importance, en fait. La précédente Corneille à Trois Yeux était Bryden Rivers aka Freuxsanglant. Les gens se souviennent de lui car il était un bâtard Targaryen, la main de deux rois, qu'il avait un réseau d'espions, et qu'il a servi comme Lord Commandant. Il était albino et il avait des yeux rouges et une cicatrice qui ressemblait à un corbeau. Mais les gens oublient souvent autre chose : sa mère était Melissa Nerboc. La maison Nerboc était autrefois une maison royale du Nord, avant que les Rois de l'Hiver les exhilent dans le Conflans. Ils ont un arbre coeur mort dans leur bois sacré. Mais la devise de leur famille honore les Dieux Ancieux (”Les Dieux Anciens vous entendent”), même s'ils ont oublié les histoires des Enfants de la Forêt et pensent qu'ils ne sont que des contes de fée, ce qui est tout aussi menaçant que le “l'hiver vient” des Stark. Freuxsanglant est devenu la Corneille à Trois Yeux à cause de sa connexion aux Premiers Hommes par sa mère, et il arbore l'emblème de cette dernière de façon littérale.
Le Nord se souvient n'est pas qu'un slogan sur l'injustice infligée à Ned Stark et sa famille. Ce slogan ne concerne pas que les Stark. Le Nord se souvient de ses racines, et sait qu'il fut un temps avant que les Andals n'apportent avec eux la Foi des Sept, et que les Targaryen n'apportent leurs dragons. C'est dans les histoires, dans les chansons, qui ont malheureusement disparu parce que personne n'en a gardé de trace écrite. Mais cela fait quand même parti de leur héritage, ils vénèrent toujours les Dieux Anciens. Le Nord se souvient de ce que le reste de Westeros a oublié. Mais le Nord a aussi oublié une partie de son histoire. Le loup géant est important, mais n'est pas grand chose sans les arbres sacrés.
Si le Trône de Fer de Port-Réal brûle, il en sera de même pour son opposé, l'arbre coeur de Winterfell. La destruction de Port-Réal sera plus probablement la conséquence de la colère de Daenerys contre Cersei : elle ne détruira pas juste le Donjon Rouge, puisque son père a placé du feu grégeois sous la ville. Encore une fois, son impulsivité et sa négligence provoquera tout ça. Brûler Winterfell (ou du moins une partie) ainsi que le bois sacré et son arbre coeur sera le “Sac de la Comté” après que les Stark soient rentrés chez eux. C'est bien plus grave que la dernière fois qu'ils ont dû reconstruire la forteresse. Le Trône de Fer et l'Arbre Coeur sont des opposés : fer contre coeur, trône contre arbre. L'un représente le pouvoir, la corruption, la mort, tandis que l'autre représente la vie et la chaleur, même dans le froid hivernal. Devoir reconstruire leur maison leur rappellera quelles sont les priorités. Ils ne comprendront ce qu'ont ressenti les Enfants de la Forêt pas avant d'avoir perdu la maison, et de rentrer dans une maison où l'un de ses emblèmes a été détruit. Alors après la guerre, les Stark pourront planter un nouvel arbre, là où se trouvait le précédent. “Un rêve de printemps” n'est pas seulement la fin de l'hiver, mais aussi la renaissance, de bien des façons. Les dragons ne plantent pas d'arbres, mais les loups le peuvent, puisqu'ils en ont besoin et comprennent ce que signifie leur perte.

Traduction : moi // Source

mardi 5 août 2025

Une petite brute

« Tu m’as cassé le poignet, bâtard. »
La voix, revêche, le fittressaillir. Debout devantlui se dressait Grenn, la nuque épaisse, la face rouge, suivi de trois de ses copains. Le premier d’entre eux, Todder, était si courtaud, si laid, doté d’un timbre si désagréable que toutes les recrues l’appelaient Crapaud. Le nom des deux autres, les violeurs amenés par Yoren, Jon ne s’en souvenait plus. Il ne leur adressait la parole qu’en cas de nécessité. Des brutes, des bravaches qui auraient été fort en peine d’emplir, à eux deux, un dé à coudre d’honneur.
Jon se leva. « Je me ferai un plaisir de te casser l’autre si tu le demandes gentiment. » Avec ses seize ans, Grenn le dominait d’une tête. Et il était, comme ses acolytes, plus large. Mais aucun des quatre ne l’inquiétait, il les avait tous terrassés, dans la cour.
« ARRETEZ ! SUR-LE-CHAMP ! »
Jon se releva. Donal Noye les dévisageait, menaçant. « Si vous voulez vous battre, dans la cour... Hors de mon armurerie, vos disputes, ou bien je les ferai miennes. Et vous n’aimerez pas. »
Crapaud s’assit par terre et, d’un air précautionneux, se palpa le cuir chevelu. « Il a essayé de me tuer, dit-il en montrant ses doigts rougis.
— C’est vrai, témoigna l’un des voyous, j’l’ai vu.
— Y m’a cassé l’ poignet », reprit Grenn en le brandissant à l’intention de l’armurier.
Mais celui-ci n’y accorda que l’ombre d’un coup d’œil. « Broutille. Tout au plus foulé. Mestre Aemon te donnera une pommade. Vas-y aussi, Todder, faire examiner ta tête. Quant à vous, chacun dans sa cellule. Sauf toi, Snow. Tu restes. »
Sans égard aux regards lourds de promesses vindicatives que lui décochaient ses ennemis en se retirant, Jon se laissa pesamment tomber sur le banc. Son bras le lancinait.
« La Garde a un besoin vital de toutes ses recrues, dit Donal Noye, une fois seul à seul. Même des types comme Crapaud. Le tuer ne te vaudrait aucun honneur. »
La colère de Jon flamboya. « Il a dit que ma mère était...
— Une pute. J’ai entendu. Qu’en est-il ? »
Une rage froide envahit Jon. « Je peux m’en aller ?
— Tu t’en iras quand je te dirai de t’en aller. »
D’un air maussade, Jon se mit à fixer la fumée qui montait du brasero. A la fin, Noye lui prit le menton entre ses gros doigts et le força à tourner la tête. « Regarde-moi quand je te parle, mon gars. » Jon obéit. L’armurier avait une poitrine aussi impressionnante qu’un foudre à bière, une panse à l’avenant, un nez large, épaté, et toujours l’air de ne s’être pas rasé. La manche gauche de sa tunique de laine noire était agrafée à l’épaule par une fibule d’argent en forme de flamberge. « Les mots ne feront pas de ta mère une pute. Elle était ce qu’elle était, tout ce que dira Crapaud n’y changera rien. Puis, tu sais, des hommes dont les mères étaient réellement des putes nous en avons, au Mur. » 
— Je m’en fiche, dit Jon. Je me fiche d’eux comme je me fiche de vous, de Thorne ou de Benjen Stark et de tous ces trucs. Je déteste ce bled. Il est trop..., il y fait froid.
— Oui. Froid, dur, misérable, tel est le Mur, ainsi que les hommes qui le hantent. Rien à voir avec les contes de ta nourrice ? Eh bien, pisse-leur dessus, aux contes, et ta nourrice, pisse-lui dessus. Ici, les choses sont ce qu’elles sont, et, comme nous tous, tu t’y trouves pour la vie.
— La vie », répéta Jon avec amertume. Il pouvait en parler, l’armurier, de la vie. Il en avait eu une, lui, n’ayant endossé la tenue noire qu’après la perte de son bras au siège d’Accalmie. N’importait le Mur, bien sûr, une fois infirme et la vie derrière !
« Oui, la vie, reprit le vétéran. Brève ou longue, c’est ton affaire, Snow. Mais, vu la manière dont tu t’y prends, l’un de tes frères t’égorgera, une nuit ou l’autre...
— Ils ne sont pas mes frères ! aboya Jon. Ils me détestent parce que je suis meilleur qu’eux.
— Non. Ils te détestent parce que tu te comportes comme si tu étais meilleur qu’eux. Sais-tu ce qu’ils voient quand ils te regardent ? Un bâtard de château qui se prend pour un petit duc. » Il se pencha d’un air confidentiel. « Et tu n’es pas un petit duc. Souviens-toi de ça. Tu es un Snow, pas un Stark. Tu es un bâtard et un fanfaron.
— Un fanfaron? » s’étrangla-t-il. L’iniquité du terme lui coupait le souffle. « Ceux qui m’ont attaqué, oui ! A quatre.
— Quatre que tu as humiliés dans la cour. Quatre qui ont peur de toi, probablement. Je t’ai regardé te battre. Contre toi, on ne s’entraîne pas. On serait réduit en chair à pâtée, si ton épée tranchait. Tu le sais, je le sais, ils le savent. Tu ne leur laisses aucune chance. Tu les couvres de honte. Ça te rend fier ? »
Jon hésita. Certes, il était fier de vaincre. Pourquoi ne le devrait-il pas ? Pourquoi lui dénier aussi cela ? Pourquoi le lui reprocher comme une vilenie ?
« Ils sont tous plus âgés que moi, plaida-t-il.
— Plus âgés, plus gros, plus forts, c’est exact. Je gagerais que ton maître d’armes de Winterfell t’a formé à combattre précisément ce genre d’adversaires. Aucun des autres n’a eu de maître d’armes avant ser Alliser. Leurs pères étaient fermiers, charretiers, braconniers, forgerons, mineurs, rameurs à bord de galères marchandes... En fait de combat, ce qu’ils savent, ils l’ont appris dans l’entrepont, dans les ruelles de Villevieille et de Port-Lannis, dans des bordels de bas étage et des tavernes de grand chemin. Peut-être ont-ils avant d’échouer ici fait sonner quelques coups de matraque, mais je te garantis qu’aucun des vingt n’a jamais eu les moyens de se payer de véritable épée. » Son regard se fit implacable. « Alors, toujours délectables, vos victoires sur eux, lord Snow ?
— Ne m’appelez pas comme ça ! » s’indigna Jon. Mais la colère ne le soutenait plus. Il se sentait mortifié, coupable. « Je n’avais jamais… Je ne pensais pas...
— Tu feras bien de te mettre à penser, conseilla Noye. Sinon, place un poignard à ton chevet. Et maintenant, file. » A Game of Thrones, Jon III

lundi 21 juillet 2025

Trois têtes a le dragon... [2/2]

Comme vu dans la partie précédente, il est dangereux de jouer avec les prophéties, surtout chez George R.R. Martin. Cersei provoque sa chute en essayant d'en déjouer une ;  Melisandre échoue à accomplir la sienne car elle l'interprète mal ; quant à Rhaegar, ses actions ont provoqué une sanglante guerre civile. Alors en suivant cette logique, pourquoi les choses se passeraient bien pour Daenerys, qui est tout autant obsédée par les prophéties qu'elle a reçu ?

Il y a de bonnes chances que l'interprétation que Daenerys ait faite de la prophétie du dragon à trois têtes soit erronée, mais ses actions pourraient en plus provoquer une version altérée de son interprétation, à cause d'une autre prophétie : celle des Trois Trahisons, qui pourrait avoir un lien avec celle du Dragon à Trois Têtes.

Le texte préfigurerait une version aux genres inversés du trio Targaryen original d'Aegon le Conquérant et de ses sœurs/épouses et de leurs dragons, avec Daenerys et ses neveux Griff/fAegon et Jon, mais le parallèle pourrait ne pas être aussi évident que cela.

Aegon le Conquérant ressuscité


Le texte présente de nombreux parallèles entre Daenerys et son illustre ancêtre, le fondateur de la dynastie Targaryen - et c'est cet héritage qu'elle utilise comme prétexte pour la (re)conquête de Westeros. Comme Aegon I, Daenerys est né à Peyredragon, le siège ancestral de la maison Targaryen depuis le Fléau de Valyria. Dans la série, Daenerys débute sa conquête depuis Peyredragon. 

Dans les livres, elle est toujours à Essos et il sera intéressant de voir si elle suit le même trajet que dans la série. Mais thématiquement et symboliquement, beaucoup d'indices des livres tendent dans cette direction également. D'abord, elle évoque le trio conquérant quand elle quitte Qarth pour trouver une armée :
Trois têtes a le dragon, songea Daenerys, perplexe. « Je vais dire à mon peuple de s’apprêter à partir sur-le-champ. Mais les navires qui me ramènent chez moi doivent changer de nom. — S’il vous agrée, soit, dit Arstan. Comment souhaitez-vous qu’ils s’appellent ? — Vhagar, répondit-elle. Meraxès. Et Balerion. Faites peindre ces noms sur les coques en lettres d’or de trois pieds de haut, Arstan. Je veux qu’en les voyant chacun sache que les dragons sont de retour. » A Clash of Kings, Daenerys V
Vhagar, Meraxes et Balerion étaient les noms des dragons que Visenya, Rhaenys et Aegon chevauchaient quand ils sont arrivés à Westeros. Même Drogon, la monture de Daenerys, partage des similarités avec le dragon d'Aegon, Baelerion la Terreur Noire. Comme Balerion, les écailles et les flammes de Drogon sont noires. Il est aussi le plus gros des trois dragons de Daenerys, comme Balerion l'était en comparaison de Vhagar et Meraxes.

Le texte créée un autre parallèle délibéré entre Drogon et Balerion.
« Les dragons d’Aegon portaient les noms des dieux de l’antique Valyria, confia-t-elle à ses sang-coureurs au terme d’une longue chevauchée nocturne. Visenya montait Vhagar, Rhaenys Meraxès, Aegon Balerion, la Terreur noire. On raconte que l’ardeur du souffle de Vhagar était susceptible de faire fondre une armure de chevalier et d’en cuire le porteur, que Meraxès gobait les chevaux comme un rien, que Balerion... vomissait des flammes aussi noires que ses écailles, et que telle était l’ampleur de ses ailes qu’il lui suffisait de survoler une ville pour que celle-ci se retrouvât tout entière plongée dans l’ombre. » L’aspect des poussins mettait les Dothrakis mal à l’aise. D’un noir étincelant, le plus gros des trois avait les écailles flammées de la vive écarlate qui lui peignait ailes et cornes. « Khaleesi, murmura Aggo, c’est Balerion ressuscité. » A Clash of Kings, Daenerys I
Le texte compare également explicitement Daenerys à Aegon. Tyrion l'appelle crûment “Aegon le Conquérant avec des nichons” (ADwD, Tyrion VI) et même Daenerys se compare à son ancêtre :
Personne encore, au demeurant, ne l’appelait la Conquérante, mais peut-être le ferait-on un jour. Aegon le Conquérant s’était arrogé Westeros avec trois dragons, mais elle-même avait, en moins d’une journée, pris Meereen avec un cloaque à rats et quelques coquilles de bois. A Storm of Swords, Daenerys VI
Il y a un autre parallèle, bien que moins connu. Aegon avait son attention tournée vers Westeros depuis très jeune, mais il était impliqué dans les conflits politiques de Volantis, Pentos et Lys à Essos, où il est intervenu contre Volantis. Suite à son rôle dans la victoire contre ces derniers, il a perdu tout intérêt pour l'est, avant de retourner à Peyredragon, et de s'intéresser à l'ouest (TWOIAF).

Cela fait écho à la structure narrative de l'arc de Daenerys. Son regard était tourné vers Westeros après la mort de Viserys, mais elle se retrouve écartée de sa quête principale quand elle intervient militairement et politiquement dans la Baie des Serfs. La série ayant dépassé les livres, on sait qu'ensuite, comme Aegon, elle redirigera son attention vers l'ouest. Toutes ces similitudes entre Daenerys Targaryen et Aegon le Conquérant préfigure l'idée que l'histoire va se répéter, un thème qui est évoqué dans le texte.
« Archimestre Rigney a écrit un jour que l’histoire tourne comme une roue, vu que la nature humaine est fondamentalement immuable. D’après lui, ce qui s’est déjà produit se reproduira forcément encore. » A Feast for Crows, La fille de la seiche
Cette citation mentionne la nature humaine comme la raison pour laquelle l'histoire se répète, et c'est vrai en partie. Néanmoins, en regardant la structure narrative dans son ensemble, la notion d'histoire qui se répète devient un autre problème. Les parallèles entre Daenerys et Aegon I pourraient prédire une restauration Targaryen, mais en termes de structure narrative, une répétition d'une invasion Targaryen de Westeros suivie d'une victoire et de la suprématie Targaryen serait peu satisfaisante, surtout puisque Daenerys répète les erreurs de ses ancêtres, répétant ainsi le cycle auquel le Fléau et la Rébellion de Robert avaient mis un terme temporairement. De plus, qu'une histoire se répète au détail près ne collerait pas vraiment avec le style d'un auteur comme GRRM qui aime l'ironie. Ainsi, si l'histoire se répète avec l'invasion de Westeros par Daenerys, elle est vouée à l'échec. Là où Aegon le Conquérant a fondé la maison Targaryen en tant que dynastie royale de Westerosi, Daenerys sera celle qui terminera cette dynastie Targaryen.

Trois candidats Targaryen ?


Si Daenerys représente l'inversion d'Aegon I (jusqu'au terrifiant dragon noir), alors il lui faut les figures inversées des sœurs/épouses de ce dernier. Ses frères sont morts, mais elle a un, voir même deux neveux cachés, Jon Snow et (f)Aegon. Mais si c'est une vraie inversion, alors les trois Targaryen ne peuvent être en accord comme l'étaient Aegon I et ses sœurs. Daenerys approche la prophétie des Trois Têtes du Dragon avec un sentiment de nostalgie, du souhait d'avoir une famille, mais aussi un rêve de pouvoir faire confiance à quelqu'un sans conditions. Cependant, ce problème de confiance ne se résume pas à qui elle peut faire confiance, mais si elle est capable de faire confiance à quelqu'un, à cause de sa peur des trahisons.
Ses sang-coureurs l’avaient devancée. Des clochettes d’argent tintinnabulaient dans leur tresse huilée, et ils arboraient l’or et les bijoux des morts. L’opulence de Meereen s’était révélée surpasser toute imagination. Les reîtres eux-mêmes avaient l’air repus, du moins pour l’instant... A l’autre bout de la salle, Ver Gris, son casque à pique de bronze coincé sous le bras, portait, lui, le simple uniforme des Immaculés. Ceux-là, au moins, elle pouvait se reposer sur eux, elle l’espérait en tout cas..., ainsi que sur Brun Ben Prünh, la solidité même et, avec ses cheveux gris-blanc, sa face ravinée, le grand chouchou de ses dragons. Et sur Daario, debout près de lui, tout rutilant d’ors. Ben Prünh et Daario, Ver Gris, Irri, Jhiqui, Missandei..., à les regarder tous, elle se surprit à se demander lequel d’entre eux allait maintenant la trahir. Le dragon a trois têtes. Il n’y a que deux hommes au monde en qui je puisse me fier, si j’arrive à les découvrir. Je cesserai d’être seule, alors. Nous serons trois contre l’univers, comme Aegon et ses sœurs. A Storm of Swords, Daenerys IV
Daenerys craint d'être trahie à cause des prophéties des non-mourants. Les trois trahisons lui restent à l'esprit et alimentent une paranoïa grandissante - pourtant, elle rêve aussi d'avoir ces autres membres de la famille auxquels elle pourrait se fier. Cette citation ci-dessus est la seconde fois que la notion de Trois Têtes du Dragon est mise en relation avec l'idée de trahison. 

Un autre partie des visions et prophéties des non-mourants est en rapport avec trois mensonges qu'elle devra occire, qu'on peut interpréter comme Daenerys étant celle qui découvrira la vérité derrière trois mensonges :
Aussi ardente que le crépuscule apparut, brandie par un roi aux prunelles bleues mais dépourvu d’ombre, une épée rouge. Un dragon de tissu fiché sur des mâts ondoya sur d’innombrables ovations. D’une tour fumante s’envola un colossal monstre de pierre qui exhalait des flammes d’ombre... mère des dragons, mortelle aux mensonges... A Clash of Kings, Daenerys IV
Dans ce contexte, la deuxième vision/mensonge est importante : le dragon de tissu.
« Et ce dragon d’histrion dont vous avez parlé ? C’est quoi, un dragon d’histrion, je vous prie ? — Un dragon de tissu monté sur des bâtons, expliqua-t-elle. Les histrions s’en servent au cours des représentations pour donner quelque chose à combattre aux héros. » A Clash of Kings, Daenerys V

Un dragon en tissu est un faux dragon, et cela correspondrait à (f)Aegon qui ne serait pas qui il pense être. Il y a aussi la signification supplémentaire que (f)Aegon soit le pion de Varys - et Varys faisait partie d'une troupe de comédiens, qui donnaient des performances avec des figurines en tissu. Varys est le comédien, tandis que (f)Aegon est sa marionnette/son faux dragon.

Enfin, la phrase “Un dragon de tissu monté sur des bâtons” évoque aussi l'étendard des Targaryen, porté par un autre prétendant au trône. C'est exactement ce que (f)Aegon fait, encouragé par Tyrion, dans A Dance with Dragons quand il débute la conquête de Westeros avec Jon Connington et la Compagnie Dorée.
« J’ai pu grossir le trait. Elle serait capable de vous prendre en pitié en vous voyant arriver pour quémander sa main. » Le nain haussa les épaules. « Voulez-vous parier votre trône sur un caprice de femme ? Si vous parier votre trône sur un caprice de femme ? Si vous allez à Westeros, en revanche… A h, là, vous voilà rebelle, et point mendiant. Hardi, intrépide, un véritable fils de la maison Targaryen, qui marche dans les pas d’Aegon le Conquérant. Un dragon. « Je vous l’ai dit, je connais notre petite reine. Qu’elle entende dire que le fils assassiné de son frère Rhaegar est toujours en vie, que ce vaillant garçon a levé une fois de plus l’étendard de ses aïeux en Westeros, qu’il livre une guerre désespérée pour venger son père et revendiquer le Trône de Fer au nom de la maison Targaryen, assailli de tous côtés… Et elle volera auprès de vous aussi vite que l’eau et le vent la pourront porter. Vous êtes le dernier représentant de sa lignée et, par-dessus tout, cette Mère des Dragons, cette Briseuse de Fers, devient une salvatrice. La jeune fille qui a noyé les cités des esclavagistes dans le sang plutôt que de laisser des étrangers dans leurs chaînes pourrait difficilement abandonner le fils de son propre frère en son heure de grand péril. Et quand elle parviendra à Westeros et qu’elle vous verra pour la première fois, vous vous rencontrerez sur un pied d’égalité, homme et femme, et non reine et pétitionnaire. Comment pourrait-elle alors ne pas s’éprendre de vous, je vous le demande ? » En souriant, il saisit son dragon, lui fit traverser le plateau de son vol. « Votre Grâce me pardonnera, J’espère. Votre roi est mon prisonnier. Mort en quatre coups. » A Dance with Dragons, Tyrion VI
Tyrion suggère cette stratégie pour impressionner Daenerys Targaryen, comme il suspecte qu'elle ne réagira pas très bien si (f)Aegon vient à elle lui demander sa main en mariage mais aussi en tant que challenger pour le trône qu'elle convoite :

« Et maintenant, comment croyez-vous que cette reine réagira quand vous apparaîtrez, sébile en main, et que vous lui direz : Bien le bonjour, ma tante. Je suis votre neveu, Aegon, revenu d’entre les morts. J’ai passé toute ma vie caché sur une barge, mais à présent, j’ai lavé la teinture bleue de mes cheveux et j’aimerais bien avoir un dragon, s’il vous plaît… Et, oh, en ai-je fait mention, j’ai sur le Trône de Fer des prétentions plus fondées que les vôtres ? » A Dance with Dragons, Tyrion VI
Ce que Tyrion ne prends pas en compte, ce que Daenerys ne réagira bien à PERSONNE ayant de meilleurs prétentions qu'elle. Ce n'est pas le genre de femme qui serait heureuse d'être la reine consort au lieu de la reine régnante, surtout depuis qu'elle a goûté au pouvoir en gouvernant seule. Peu importe à quel point Daenerys souhaiterait avoir un consort dragonnier en lequel elle aurait confiance, les circonstances politiques entourant sa (possible) future rencontre avec (f)Aegon ont plus de chances d'aboutir en conflit qu'en alliance. 

Il faut aussi se rappeler que (f)Aegon est le pion de Varys, sa tentative de créer le dirigeant parfait, que Varys a aussi comploté avec Illyrio sur Viserys, Daenerys et les Dothraki, que l'existence de (f)Aegon et la tentative d'en faire ce qu'il voulait prouve que Varys n'a jamais eu pour but que Viserys ne prenne le trône de fer. Alors quel était le but de Varys de donner une armée à Viserys ? Le plus gros obstacle à la campagne de (f)Aegon est que les gens pensent qu'il est mort lors de la prise de Port-Réal avec sa mère et sa sœur. Les gens vont donc se méfier de (f)Aegon et il lui faudra des alliés parmi les grandes maisons de Westeros. Dans ce contexte, Viserys aurait joué le rôle de la terrifiante alternative - le fils du Roi Fou, soutenu par une armée de Dothraki, pilleurs et violeurs. Face à une telle alternative, un prétendant aux origines plus douteuses comme (f)Aegon semble un choix plus raisonnable. Viserys est mort, mais Daenerys sera très certainement présentée dans le rôle de la redoutable envahisseuse étrangère dans le plan de Varys : la fille du Roi Fou, accompagnée de trois dragons et d'une armée de barbares...

La narration dans A Dance with Dragons et dans The Winds of Winter préfigure un futur conflit entre Daenerys et (f)Aegon.
« Prince Aegon, déclara Tristan Rivers, nous sommes vos hommes. Est-ce là votre souhait, que nous prenions la mer pour l’ouest et non pour l’est ? — En effet, répondit avec empressement Aegon. Si ma tante veut Meereen, qu’elle l’ait. Pour ma part, je revendiquerai le Trône de Fer, avec vos épées et votre allégeance. Faisons mouvement avec rapidité, frappons fort, et nous pourrons remporter quelques victoires faciles avant que les Lannister aient seulement compris que nous avons débarqué. Cela en ralliera d’autres à notre cause. » A Dance with Dragons, Le Lord perdu
Dans les premiers aperçus de The Winds of Winter, le texte introduit la préfiguration d'une seconde Dance of Dragons, c'est-à-dire d'une autre guerre civile brutale opposant des prétendants Targaryen souhaitant tous deux prendre le trône de fer.

« Des dragons ? rétorqua sa mère. Teora, ne soit pas stupide. 
— Mais c'est vrai. Ils viennent. 
— Et comment le saurais-tu ? demanda d'un air moqueur sa sœur. Tu as fait un petit rêve qui te l'a dit ? » Teora hocha la tête, son menton tremblotant. « Ils dansaient. Dans mon rêve. Et partout où dansaient les dragons, les gens mourraient. » The Winds of Winter, Arianne I
Ce passage vient d'un extrait où Arianne Martell quitte Dorne pour partir à la rencontre de Jon Connington et (f)Aegon afin de découvrir la vérité sur les prétendants Targaryen, et de décider si oui ou Dorne doit s'allier avec eux contre les Lannister et le très jeune roi Tommen. La jeune fille en question, Teora Toland semble avoir des rêves prémonitoires.

Comme vu précédemment, (f)Aegon est probablement un imposteur, mais les Martell pourraient se rallier à sa cause quand ils apprendront que Quentyn Martell n'a pas pu sceller d'alliance avec Daenerys Targaryen, et qu'en plus il est mort à cause de ses dragons. Arianne se méfie déjà de Daenerys suite au meurtre de Viserys par Khal Drogo, mais aussi parce qu'elle est la fille du Roi Fou :
Le pacte secret que le Prince Doran avait conclu il y a tant d'années prévoyait qu'Arianne épouse le Prince Viserys, pas que Quentyn épouse Daenerys. Ce projet avait été réduit en cendres dans la mer Dothrak, quand il avait été assassiné. Couronné par de l'or fondu. « Il a été tué par un khal Dothraki, dit Arianne. Le propre époux de la reine des dragons.
— J'ai entendu dire, oui. Qu'en est-il ?
— Seulement… pourquoi Daenerys n'a-t-elle pas empêché cela ? Viserys était son frère. Le seul de son sang qu'il lui restait.
— Les Dothraki sont des barbares. Qui sait pourquoi ils l'ont tué ? Peut-être Viserys s'est torché le cul avec la mauvaise main. » Peut-être, songea Arianne, ou peut-être que Daenerys avait réalisé qu'une fois son frère couronné et marié avec moi, elle serait condamné à passer le restant de ses jours à dormir dans une tente et à puer le cheval. « Elle est la fille du roi fou, insista la princesse. Comment peut-on savoir... 
— On ne le peut pas, rétorqua Ser Daemon. On ne peut qu'espèrer. » The Winds of Winter, Arianne I
Ainsi, les fondations sont posées pour une confrontation sanglante entre Daenerys et (f)Aegon lorsqu'elle arrivera à Westeros. Au lieu d'une alliance, ce sera la guerre entre les deux têtes du dragon. A cet égard, que (f)Aegon ne soit pas un vrai Targaryen n'a pas d'importance, puisque même GRRM a dit que  “la troisième [tête] ne SERA pas forcément un Targaryen…” (x).

Quel but (f)Aegon sert-il dans la narration ? Dans un sens, il sert d'étude à la trope de l'Héritier Caché, et en même temps il sert de contraire à Jon Snow, un véritable héritier caché. En termes de structure narrative, (f)Aegon doit être une fausse pièce - cependant, son existence et son souhait de revendiquer le trône pourraient bien influencer de manière négative la réaction de Daenerys lorsque l'héritage de Jon sera révélé. Après (f)Aegon, Daenerys sera sûrement très méfiante qu'un autre prince Targaryen secret surgisse de nul part ; et si cette méfiance est combinée à sa paranoïa des trahisons qui lui ont été prédites, c'est une recette pour un désastre.

Dans ce contexte, il est intéressant de regarder à nouveau une des visions associée avec la mortelle aux mensonges des non-mourants :
D’une tour fumante s’envola un colossal monstre de pierre qui exhalait des flammes d’ombre... A Clash of Kings, Daenerys IV
Le troisième mensonge découvert par Daenerys a un rapport avec une bête ailée, qui crache des flammes d'ombre, comme un dragon. Cela peut très bien représenter Jon et son double héritage de loup (Stark) et de dragon (Targaryen), comme de très nombreuses théories l'ont envisagé. Les origines de Jon sont sans doute le plus gros secret de l'histoire. Ned Stark a raconté un mensonge pour cacher une trahison, et la révélation que Jon Snow est le fils de Rhaegar Targaryen aura, contrairement à la série, un énorme effet sur le jeu politique du continent - dans le Nord, avec Daenerys, et peut-être même avec tout le royaume. Narrativement, cela aurait du sens que l'héritage de Jon soit le troisième et dernier secret que Daenerys découvrira, puisque Jon aura des prétentions au trône plus fortes qu'elle, étant le fils du frère aîné de Daenerys.

Est-ce que cette deuxième Danse des Dragons incluera également Jon ? Est-ce que Jon et Daenerys entreront en conflit quand la vérité sera dévoilée ? Jon ne veut pas du trône de fer, mais Dany sera sûrement méfiante après ses expériences avec (f)Aegon. Et enfin, dans la série Daenerys n'a pas réagi de manière positive à cela ; un conflit entre Targaryen a été préfiguré bien avant qu'ils ne se rencontrent dans cet univers. 

Dans la saison 5, Shireen Baratheon lit sur la Danse des Dragons, avant d'en discuter avec son père Stannis Baratheon. Dans la saison 2, Stannis a initié une version Baratheon à plus petite échelle d'un conflit similaire avec son frère cadet Renly, qui avait décidé de revendiquer le trône. Mais ce conflit a été résolu très rapidement avec le meurtre de Renly, tandis que plus tard, Jon tue Daenerys (pas pour prendre le trône à sa place mais plutôt pour l'empêcher de nuire à d'autres personnes, mais il n'empêche que c'est lui qui l'a tuée) : donc il n'est pas trop tiré par les cheveux de supposer que dans les bouquins aussi, Jon et Daenerys entreront en conflit, peut-être même plus violemment que dans la série.

Certains argumentent en disant que la série a simplement attribué l'arc de (f)Aegon à Jon. C'est sûrement vrai dans une certaine mesure, mais de précédents propos de GRRM soutiennent l'idée que Jon sera impliqué dans une nouvelle Danse des Dragons :
J'ai toujours été impressionné par Homère et son Iliade, surtout la scène du combat entre Achille et Hector. Qui ets le héro et qui est le méchant ? C'est le pouvoir des histoires, et je voulais quelque chose de similaire avec mes romans. Le héro est le méchant dans le camp d'en face. (GRRM)
C'est une citation intéressante dans un contexte de nouvelle Danse des Dragons. Il est presque certain qu'il y aura un conflit entre Daenerys et (f)Aegon. Cependant, (f)Aegon est très loin d'avoir l'impact narratif d'un Hector ou d'un Achille. Il est introduit dans l'histoire bien trop tard pour cela. Mais il faut se rappeller aussi que (f)Aegon sert de contraire à Jon dans la trope du Prince Caché. On pourrait dire que Jon possède les qualités du roi idéal que Varys essaye d'intégrer à (f)Aegon. (f)Aegon est le mirroir de Jon - la fausse face de Jon qui est un vrai prince. De plus, Jon est le seul personnage avec le poids narratif suffisant pour jouer le Hector (défenseur) du Achille de Daenerys (l'envahisseuse). Ce sont deux personnages centraux à l'intrigue, et ce sont deux personnages considérés comme des héro... mais si l'un des deux devient l'antagoniste de l'autre, que se passe-t-il ? Et bien, le héro devient le méchant pour le camp d'en face, comme l'a dit GRRM.

Une seconde Danse des Dragons impliquant les trois prétendants Targaryen ne représenterait pas seulement un retournement intéressant pour la prophétie des Trois Têtes du Dragon, cela jouerait aussi avec le thème de confiance et de trahison qu'on retrouve dans l'arc narratif de Daenerys. Elle désire ardemment une famille, des gens à qui elle pourrait faire confiance, et ainsi elle mets ces hommes imaginaires dans les rôles d'autres dragonniers. Cependant, la réalité politique de Westeros brisera probablement ce rêve de camaraderie, et la peur grandissante de Daenerys de se faire trahir ne fera qu'ajouter de l'huile sur le feu.

Daenerys et ses trois dragons ?

 

Y-aurait-il d'autres interprétations possibles à la prophétie des Trois Têtes du Dragon en dehors de futurs dragonniers et Targaryen secrets ? Curieusement, Daenerys et ses dragons sont référencés comme un tout dans le texte :
L’eunuque extirpa de sa manche un document. « On a aperçu une seiche au large des Doigts. » Il pouffa. « Pas une Greyjoy, je vous prie, une vraie. Elle s’est attaquée à un baleinier d’Ibben et l’a entraîné par le fond. On se bat aux Degrés de Pierre, et une nouvelle guerre paraît probable entre Lys et Tyrosh. Tous deux espèrent en l’alliance de Myr. A en croire des marins de retour de la mer de Jade, un dragon tricéphale est éclos à Qarth, et il émerveille la ville... — Seiches et dragons ne m’intéressent pas, quel que soit leur nombre de têtes, coupa lord Tywin. » A Storm of Swords, Tyrion III
Le kraken est l'emblème des Greyjoy : Varys fait cette connexion explicitement, et puis précise qu'il parle de l'animal plutôt que des Greyjoy. Il parle ensuite d'un dragon à trois têtes à Qarth : pour Tywin il s'agit d'une autre créature mythologique, mais nous savons que cela se réfère à Daenerys et à ses trois dragons. Le texte mentionne donc d'abord qu'ont été aperçues deux créatures mythiques utilisées comme emblème par des maisons nobles. Le kraken est peut-être réel ou non, ce n'est pas ce qui compte ici : c'est le dragon à trois têtes à Qarth. La deuxième mention de Daenerys comme étant le dragon à trois têtes se produit dans A Dance With Dragons lors d'une conversation entre Tyrion et Illyrio à Pentos :
« Quand les hommes crèvent de faim et de peur, ils se cherchent un sauveur. — Qu’ils cherchent, mais s’ils ne trouvent que Stannis… — Pas Stannis. Ni Myrcella. » Le sourire jauni s’élargit. « Un autre sauveur. Plus robuste que Tommen, plus doux que Stannis, avec des droits plus directs que votre Myrcella. Un sauveur venu d’au-delà de la mer, panser les blessures de Westeros ensanglantée.
— Belles paroles. » Elles n’impressionnaient pas Tyrion. « Les mots sont du vent. Qui est votre foutu sauveur ? — Un dragon. » Le marchand de fromages vit l’expression de son visage à ces mots, et il rit. « Un dragon à trois têtes. » A Dance with Dragons, Tyrion I
Illyrio fait bien sûr référence à Daenerys Targaryen et à ses trois dragons. Cela fait deux fois que Daenerys est décrite comme étant la version vivante de son emblème ! Se pourrait-il que la prophétie fasse simplement référence à Daenerys elle-même et à ses trois dragons ? Un dragon symbolique (Daenerys, la dragonnière Targaryen) qui a trois véritables dragons. Souvenez-vous que les Targaryen sont souvent mentionnés en tant que Dragons. Le conquérant, l'ancêtre avec lequel Daenerys partage tant de parallèles, est parfois mentionné comme Aegon le Dragon !
« Lorsque Aegon le Dragon débarqua sur le rivage de Westeros, les rois du Val et du Roc et du Bief n’accoururent pas lui tendre leurs couronnes. Si vous souhaitez monter sur le trône de Fer, à vous de le conquérir ainsi qu’il le fit lui-même, à force d’acier et de feudragon. Allant de soi qu’avant d’en avoir fini vous aurez du sang sur les mains. » Sang et feu, se dit-elle. La devise de la maison Targaryen. A Storm of Swords, Daenerys II
Tout au long des livres, Daenerys se décrit de plus en plus comme étant un dragon elle-même, surtout dans A Dance with Dragons, où sa connection spéciale avec Drogon est également mise en avant.

« Je suis le sang du dragon, se murmura-t-elle, tout en le suivant, dans l’espoir d’être à la hauteur. Je suis le sang du dragon. Le sang du dragon. » Du dragon qui n’avait peur de rien. A Game of Thrones, Daenerys II

Et elle les avait fait clouer sur des poteaux de bois tout autour de la plaza, chacun d’eux pointant le doigt vers le suivant. Une rage implacable bouillonnait en elle lorsqu’elle en avait donné l’ordre, une rage qui lui donnait l’impression d’être un dragon vengeur. A Storm of Swords, Daenerys IV
« Je suis le sang du Dragon, lui rappela Daenerys. Avez-vous jamais vu dragon atteint de dysenterie ? » Viserys affirmait fréquemment que les Targaryen étaient immunisés contre les pestilences qui s’attaquaient aux hommes ordinaires et, pour autant qu’elle pût en juger, c’était vrai. Elle se souvenait d’avoir eu froid, faim ou peur, mais jamais d’avoir été malade. A Dance with Dragons, Daenerys VI

« Ce sont… des créatures terrifiantes. — Des dragons, Quentyn. » Daenerys se dressa sur la pointe des pieds et l’embrassa avec légèreté, un baiser sur chaque joue. « J’en suis un, aussi. » A Dance with Dragons, Daenerys VIII

Drogon leva la tête, du sang lui ruisselant des crocs. Le héros lui bondit sur le dos et planta le fer de lance à la base du long cou écailleux du dragon. Daenerys et Drogon hurlèrent d’une seule voix. […] 
Le dragon poussa un ultime chuintement et s’étendit sur le ventre, de tout son long. Du sang noir coulait de la blessure à l’endroit où la pique l’avait transpercé, fumant aux endroits où il dégouttait sur les sables brûlants. Il est du feu fait chair, songea-t-elle, et moi aussi. A Dance with Dragons, Daenerys IX

Si elle n’avait pas été si malade et effrayée, cela aurait pu représenter un soulagement pour elle. Mais elle fut prise de frissons violents. Elle se frotta les doigts dans la terre et attrapa une poignée d’herbe pour s’essuyer entre les jambes. Le dragon ne pleure pas. A Dance with Dragons, Daenerys X
D'attribuer à Daenerys ce rôle de dragon dans la prophétie est intéressant. Des indices du texte sous-entendent que Rhaegar pensait devoir recréer la fratrie originale, Rhaenys - Aegon - Visenya ; les trois têtes du dragon de l'emblème des Targaryen. Daenerys (et peut-être aussi Aemon) pense que les trois têtes font références à des cavaliers/dragonniers, comme pour le trio original. Mais les prophéties sont fourbes dans l'univers de GRRM :

Les prophéties sont une des tropes de la fantasy avec lesquelles il est amusant de jouer, mais ça peut devenir une camisole de force si vous ne faites pas attention. L'un des thèmes de ma fiction, depuis le tout début, est que les personnages doivent faire leurs propres choix, pour le meilleur ou pour le pire. Et il est dur de faire des choix. Il y a des prophéties dans mes sept royames, mais leur signification est souvent ambigue ou trompeuse, et elles n'offrent guère de conseils utiles aux personnages. (GRRM)
Le texte lui même nous le rappelle :
« Une prophétie est comme une mule à moitié dressée, se plaignit-il à Jorah Mormont. On croit qu’elle va vous aider, mais au moment où on lui fait confiance, elle vous flanque une ruade dans le crâne. » A Dance with Dragons, Tyrion IX
Est-ce que on doit interpréter les Trois Têtes du Dragon comme un mélange de symbolique et de 'vérité' ? On surnommait les Targaryen les dragons car ils étaient des dragonniers. Néanmoins, Daenerys se démarque de ses ancêtres dragonniers, car elle est sûrement la seule Targaryen à avoir eu 3 dragons. Cependant, GRRM lui même a sous-entendu que les trois têtes du dragon pourraient être trois personnes, sans pour autant être forcément des Targaryen :
“Trois têtes du dragon… oui… mais la troisième ne SERA pas nécessairement un Targaryen…” (GRRM)
Ca pourrait contredire l'idée que la prophétie se réfère tout simplement à Daenerys et à ses trois dragons, mais GRRM a aussi dit que :
Les prophéties sont un peu comme une épée à double tranchant. Il faut les manier avec une extrême précaution ; bien sûr, elles peuvent ajouter de la profondeur et de l'intérêt à une histoire, mais vous ne voulez pas qu'elles soient trop littérales ou trop faciles… Pendant la Guerre des Deux Roses, il y avait un seigneur auquel on avait prédit qu'il mourrait sous les murs d'un certain château. Il est devenu superstitieux et faisait en sorte d'éviter de s'approcher de ce château. Cependant, il est mort lors de la première bataille de St. Paul de Vence, et son corps a été retrouvé à l'extérieur d'une auberge... qui avait pour panneau l'image de ce château ! Donc, vous voyez ? C'est la façon dont les prophéties se réalisent d'une façon innattendue. Plus vous essayez de les éviter, plus vous risquez qu'elles se réalisent, et je m'amuse avec ça. (GRRM)
Cette citation pourrait mettre sur la voie d'une interprétation beaucoup plus simple. Il n'existe aucun dragon tricéphale, alors le dragon à trois têtes est symbolique. Rhaegar et Aemon ont interprété le Dragon comme la maison Targaryen, qui peut aussi être une seule personne : le dernier dragonnier, Daenerys Targaryen et les trois têtes sont ses dragons, la source de son pouvoir et de ses prétentions royales, littéralement représentés par sa couronne.

Cette couronne a été omise dans la série, mais dans les livres elle a un certain poids, vu le nombre de fois où elle est mentionnée.
Et force lui fut d’accepter de la Fraternité tourmaline un diadème en forme de dragon tricéphale annelé d’or jaune, ailé d’argent et cheffé de jade, d’ivoire et d’onyx ciselés. Afin d’amasser les fortunes qui venaient de s’évaporer au seul profit des Impollus, tout avait été liquidé, tout, hormis le diadème car, malgré les serments de Xaro : « Les Treize vous en offriront un d’une incomparable magnificence », elle refusa de s’en dessaisir. « Pour avoir vendu la couronne de notre mère, Viserys s’est vu traiter de mendigot. Je conserverai celle-ci pour être traitée en reine. » Et ainsi fit-elle, en dépit des torticolis que lui infligeait le poids du joyau. A Clash of Kings, Daenerys III

« Votre jolie couronne pourrait payer un cent de plus, lâcha le gros lard en valyrien bâtard. Votre couronne aux trois dragons. » Elle attendit que l’offre lui soit traduite. « Ma couronne n’est pas à vendre. » Après avoir vendu celle de leur mère, Viserys avait perdu le peu de joie qui lui restait pour n’être plus que rage. A Storm of Swords, Daenerys III

Missandei et Jhiqui la baignèrent pendant qu’Irri sortait les effets du jour : une robe de brocart violet, une large ceinture d’argent et, pour ornement de tête, la couronne à dragon tricéphale que lui avait offerte à Qarth la Fraternité Tourmaline. A Storm of Swords, Daenerys VI

Irri alla chercher sa couronne, ouvragée à l’effigie du dragon à trois têtes de sa maison. Il présentait des anneaux d’or, des ailes d’argent, trois têtes d’ivoire, d’onyx et de jade. Avant la fin de la journée, le cou et les épaules de Daenerys se contracteraient douloureusement sous son poids. On ne doit pas porter la couronne sans peine. Un de ses royaux ancêtres avait déclaré cela, un jour.  A Dance with Dragons, Daenerys I
Il est donc possible que la prophétie du dragon à trois têtes se réfère tout simplement à Daenerys elle-même et à ses trois dragons ; mais ses actions pourraient tout à fait transformer la prophétie en un retournement ironique de sa propre interprétation de dragonniers dignes de confiance.

Le concept de prophétie qui s'auto réalise est intéressant, car quand un personnage croit en une prophétie, cela va impacter la façon dont il ou elle va agir et penser. On le voit avec Cersei, mais Daenerys aussi pense que ses prophéties vont se réaliser. Elle pense que la prophétie du dragon à trois têtes fait référence à trois dragonniers, elle-même et deux hommes qu'elle n'a pas encore rencontré, et ensuite le texte nous présente un supposé Targaryen (fAegon) qui vit en clandestinité, tandis que le texte a sous-entendu qu'un autre Targaryen est caché depuis le début de l'histoire (Jon). Ainsi, quand elle les rencontrera, la prophétie influencera ses actions, même si elle a mal interprété la prophétie, tout comme Rhaegar, dont la tentative de recréer le trio Rhaenys-Aegon-Visenya a échoué. Donc la prophétie peut signifier plusieurs choses à la fois et influencer le personnel, le politique et le magique.

Traduction : moi // Source