Les Manigances de ser Otto Hightower avaient porté leurs fruits ; réuni à Tyrosh, le Haut Conseil de la Triarchie avait accepté son offre d'alliance. Quatre ving-dix vaisseaux de guerre jaillirent des Degrés de Pierre sous les bannières du royaume des Trois Filles, faisant force d'avirons en direction du Gosier... et, comme le hasard et les dieux en avaient décidé, la cogue pentoshie le Fol Abandon, transportant deux princes Targaryen, vogua droit entre leurs mâchoires.
La nouvelle ne parvint à Peyredragon qu'à l'arrivée du prince Aegon, agrippé avec l'énergie du désespoir à l'encolure de son dragon, Nuée d'Orage. Le frère cadet d'Aegon, le prince Viserys, n'avait aucun moyen de fuir la cogue. Un des mousses du bord le trahit et on le fit prisonnier. Ce fut un capitaine tyroshi qui comprit le premier sur qui il avait mis la main, écrit Munkun, mais l'amiral de la flotte, Sharako Lohar de Lys, le délesta bientôt de sa prise.

Aux petites heures du cinquième jour de la cent trentième année depuis la Conquête d'Aegon, la bataille s'engagea. Les vaisseaux de Sharako s'élancèrent, le soleil levant dans leur dos. Masqué par l'éclat, ils surprirent nombre de galères de lord Velaryon, en éperonnant certaines et en abordant d'autres au moyen de cordes et de grappins. Laissant Peyredragon en paix, l'escadre du sud s'abattit sur les côtes de Lamarck, débarquant des hommes à Port-d'Epices et envoyant des navires incendiaires dans le port bouter le feu aux vaisseaux qui venaient à leur rencontre. Au milieu de la matinée, Port-d'Epices flambait, tandis que des forces myriennes et tyroshies pilonnaient les portes mêmes de Marée Haute.
Quand le prince Jacaerys sur Vermax fondit sur une colonne de galère lysiennes, un flot de piques et de flèches jaillit à sa rencontre. Un navire s'embrasa, puis un autre. Et les hommes des cités libres continuaient à se battre... jusqu'à ce que monte un cri, et ils levèrent les yeux pour voir de nouvelles silhouettes ailées en trin de contourner Montdragon pour s'orienter dans leur direction.

C'est une chose d'affronter un dragon, une autre d'en affronter cinq. Alors qu'Aile-d'Argent, Voleur-d-Moutons, Fumée-des-Mers et Vermithor descendaient sur eux, les hommes de la Triarchie sentirent leur courage les abandonner. Les dragons s'abattaient comme des éclairs, crachant des boules de feu, bleu et orange, rouge et or, chacun plus éblouissante que la précédente. Un navire après l'autre éclata ou fut agloutti dans les flammes. Tout semblait perdu... tout était perdu...
On donna par la suite plusieurs versions de la raison pour laquelle le dragon s'abattit. Un récit conte qu'un marin dans le nid de corbeau d'une galère myrienne avait jeté un grappin alors que Vermax survolait la flotte. Une des pointes trouva une prise entre deux écailles et s'enfonca dans sa peau à cause de la vitess considérable de la bête elle-même. Son vol se figea dans un violent choc, Vermax tomba en fumant et en rugissant, griffant la surface des flots.


On prétend que Jacaerys Velaryon sauta pour se dégager et se raccrocha à un morceau d'épave fumant le temps de quelques battements de coeur, jusqu'à ce que des arbalétriers sur le plus proche vaisseau myrien commencent à lui décocher des carreaux. Le prince fut frappé une fois, puis une autre. Enfin, un vireton lui traversa le cou et Jace fut avalé par les flots.
La bataille du Gosier fit rage au nord et au sud de Peyredragon jusque dans la nuit, et demeure une des plus sanglantes batailles navales de toute notre histoire. Si les assaillants avaient ignoré Peyredragon, ils causèrent de considérables dommags à Lamarck. Port-d'Epices fut mise à sac avec sauvagerie, les corps des hommes, des femmes et des enfants massacrés jonchant les rues, laissés en pâture aux goélands, aux rats et aux corbeaux charognards, ses bâtiments incendiés. Marée Haute fut également incendié par les torches. La flotte Velaryon perdit presque un tiers de sa force. Des milliers périrent. Cependant, aucune de ces pertes ne fut aussi durement ressentie que celle de Jacaerys Velaryon, prince de Peyredragon et héritier du Trône de Fer.


Le benjamin de Rhaenyra semblait perdu lui aussi. Dans la confusion des combats, aucun des survivants ne savait vraiment sur quel vaisseau s'était trouvé le prince Viserys. Et bien que son frère Aegon le Jeune se soit enfui et ait survécu, toute joie avait quitté l'enfant ; jamais il ne se pardonnerait d'avoir bondi sur Nuée d'Orage et abandonné son petit frère à l'ennemi. Il est écrit que lorsqu'on félicita le Serpent de Mer de sa victoire, le vieil homme répondit : "Si c'est une victoire, je prie pour n'en jamais plus remporter d'autre." Fire & Blood, La Mort des Dragons : le Dragon Rouge & le Dragon d'Or