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vendredi 16 octobre 2026

Les bois sacrés : l'importance de Bran (et des Stark) dans ASOIAF

« Le bois sacré. » Ecu et trident au poing, Meera s’élança aux trousses du loup-garou. Les autres la suivirent en se frayant cahin-caha passage à travers les monceaux de pierre et les nuages de fumée. On respirait un air moins âcre sous les arbres. Quelques pins étaient bien roussis, le long de la lisière, mais le sol humide et la luxuriance de la verdure avaient, au-delà, triomphé des flammes. « Le bois vivant possède des pouvoirs, dit Jojen, comme s’il devinait la pensée de Bran, des pouvoirs aussi puissants que ceux du feu. » A Clash of Kings, Bran VII
Beaucoup de fans ont tendance à ignorer l'importance de Bran dans la bataille de l'aube, pour se focaliser sur les Targaryen ou les candidats au titre d'Azor Ahai resuscité et “le dragon à trois têtes”. Etant donné que l'histoire débute par lui, et que Bran est celui des Stark qui est le zooman et vervoyant le plus puissant de la fratrie, on penserait pourtant qu'il y jouera un rôle important. 

Dans les livres, son premier chapitre le voit accompagner Ned qui exécute un déserteur de la Garde de Nuit, avant de trouver les six louveteaux. Dans la série, le pilote se termine par sa chute qui déclenche ses pouvoirs. Cet épisode est intitulé “L'hiver vient”. Oui, c'est une préfiguration de la guerre contre les Autres, mais ce n'est pas pour rien que ce sont les mots des Stark. 
Ce n'est pas pour rien que les livres ne démarrent pas par le point de vue d'un Targaryen, ou que le titre n'est pas en rapport direct avec eux. Dans les livres, nous débutons avec les points de vue de 6 Stark, et suite aux morts de Ned et Catelyn, nous avons encore 4 Stark qui nous accompagnent pour les bouquins suivants. Quatre Stark font partie des 6 personnages avec le plus grand nombre de chapitres. L'histoire débute à Winterfell avant que les personnages ne soient séparés et ne souhaitent rentrer chez eux. Tyrion a un point de vue depuis le premier livre, mais les autres Lannister n'en ont un que bien plus tard - Jaime à partir du 3e tome, Cersei à partir du 4e tome. 

Il y a un important accent porté sur les Stark et la mythologie nordienne dans les livres : dans ce cas, il est dur d'imaginer que ce seraient les Targaryen les héros prophétisés pour sauver le monde. Et pourquoi les mots “il doit toujours y avoir un Stark à Winterfell” sont si importants ?

La première bataille de l'aube a été remportée grâce à l'aide des Enfants de la Forêt, des géants, du Dernier Héro et de Bran le Bâtisseur. Aucun dragons.
Mestre Luwin fut d’un autre avis. « Les loups hurlent volontiers à la lune. Ceux-ci hurlent à la comète. Tu vois comme elle brille, Bran ? Peut-être la prennent-ils pour la lune... »
Cette explication-là fit ensuite s’esclaffer Osha. « Tes loups ont plus de jugeote que ton mestre, dit la sauvageonne. Ils savent des vérités dont l’homme gris ne se souvient plus. » Bran frissonna du ton qu’elle y mettait, et ce fut bien pis lorsque, interrogée sur ce que signifiait la comète, elle répondit : « Sang et feu, mon gars, tout sauf des douceurs. »
[…]
Or Vieille Nan s’inscrivit en faux, qui avait vécu beaucoup plus d’années que quiconque. « Dragons », dit-elle en humant, nez en l’air. Quoique sa quasi-cécité l’empêchât de voir la comète, elle affirmait qu’elle la sentait, répéta : « Dragons, mon petit. » A Clash of Kings, Bran I
Comme le disent Nan et Osha suite à l'apparition de la comète rouge, les dragons n'apporteront que sang et feu, tout sauf des douceurs.

Il semble donc réducteur que Bran, dont les pouvoirs semblent de plus en plus puissants, soit donc relégué au second plan. Une prophétie est comme une épée sans poignée. Alors pourquoi penser que les adeptes de R’hllor ont raison de croire qu'Azor Ahai resuscité sera un sauveur, en sachant les origines derrière sa légende ? Pourquoi les gens sont persuadés que le Prince qui a été promis sera forcément un héro ? 

Contrairement à la plupart des personnages, Bran est l'un des rares personnages dont les pouvoirs doivent encore atteindre leur apogée, et c'est un fusil de Tchekov qui attends d'être utilisé depuis sa chute. Il a été préparé à tout ça depuis ce moment, mais c'est aussi un outsider quand on le compare à d'autres personnages qui ont plus d'action ou de politiques dans leurs arcs, parce que son évolution et ses visions sont perturbantes. Tout ça doit conduire à quelque chose de plus grand que Jon et Daenerys. Quelque chose de plus grand que les Targaryen, qui remonte loin dans l'histoire du Nord et des Stark, bien avant la conquête d'Aegon et bien avant l'invasion des Andals. 

C'est pour cela que la théorie selon laquelle le prince qui a été promis serait en fait un destructeur est plus attrayante. La comète rouge soutient cela. Ceux qui doutent que GRRM fasse cela car “c'est trop compliqué”, Tolkien a fait un retournement de ce genre dans le Hobbit et Tad Williams aussi dans l'Arcane des Epées, et ces deux auteurs ont influencé GRRM. A propos du second, il dit que : 
“La littérature fantastique a une mauvaise réputation parce que il y a des rituels et tout. Et puis j'ai lu Le Trône du Dragon et j'ai pensé, ‘Bon sang, ils peuvent faire quelque chose avec ce format, et Tad le fait.’ C'est une de mes séries fantastiques préférées.” GRRM
Cette prédiction que Jon, Dany et Tyrion seraient les “trois têtes du dragon” sauvant le monde, ne serait-elle pas atrocement prévisible et ritualistique ? On sait que Jon et Daenerys seront impliqués dans cette bataille depuis le premier tome, où Jon affronte un spectre et où Daenerys donne naissance à ses dragons. Qu'est-ce qui est surprenant là-dedans ? Et pourquoi les autres Stark sont complétement laisés de côté dans cette dynamique ? Pourquoi n'y a-t-il rien sur Bran et Arya chez les non-mourants, alors que tous deux sont de puissants zooman et vervoyants ? 

Il huma les bouffées de fumée. Des hommes, beaucoup d’hommes, beaucoup de chevaux, et du feu, du feu, du feu. Nulle odeur n’était plus dangereuse, pas même l’odeur dure et froide du fer, remugle ambigu de griffe humaine et de cuir coriace. Au travers des cendres et de la fumée qui l’obnubilaient lui apparut dans le ciel une hydre aux ailes gigantesques et qui rugissait un torrent de flammes. Il découvrit ses crocs, elle avait déjà disparu. Derrière les falaises édifiées de main d’homme, un brasier monstrueux dévorait les étoiles. A Clash of Kings, Bran VII
Tous les Stark, Jon compris, surtout dans les livres, ont une caractéristique qui les mets en opposition avec quelqu'un d'autre. Par exemple, séparer la magie du pouvoir politique (Bran, Arya) ; apprendre le danger des hommes charmants et de l'amour, la maternité et la courtoisie comme moyen de diplomatie (Sansa) ; apprendre le jeu de la politique à la court (Sansa, Jon et jusqu'à un certain point Arya) ou comment marche la politique (Jon) et diriger en se faisant aimer (tous). Pour chacun d'eux, leurs arcs les voient évoluer auprès d'une figure de mentor au plus bas de l'échelle. Contrairement à Arya, qui a une figure de Lady Coeurdepierre et son attachement à sa famille pour l'empêcher de confondre vengeance et justice, Daenerys n'a personne qui lui serve de miroir et d'opposé. Contrairement à elle, Jon avait une famille et un foyer stable à Winterfell en tant que bâtard d'un noble, alors que Daenerys a passé sa vie à fuir avec Viserys. Elle n'a jamais eu d'autres modèles que Viserys et Drogo, contrairement aux Stark. Elle est passée d'avec aucun pouvoirs, à avoir des pouvoirs, puis à avoir trop de pouvoirs, et elle s'est élevée bien plus haut que tout autre personnage. Elle est focalisée sur la maison à la porte rouge, perdue depuis longtemps et essaye de reporter cette idée de foyer sur Peyredragon et Port-Réal, et elle pense devoir poursuivre l'héritage de Viserys. C'est sa tragédie. 
C'est l'une des raisons pour lesquelles Daenerys, le pur feu de la devise des Targaryen “feu et sang” et des “dragons ne plantent pas d'arbres”, pourrait ne pas être le messie que tout le monde pense qu'elle est - mais des gens le pensent au point de construire un culte autour d'elle. Mais c'est aussi pourquoi elle est plus probable d'être Azor Ahai par rapport à Jon, dont les préfigurations à ce sujet n'apparaissent qu'à partir du 5e tome. C'est aussi pourquoi Jon n'est sûrement pas destiné à devenir une figure messianique après sa résurrection : si on considère qu'il n'y a pas de surprises à venir dans le dernier acte de l'histoire, alors Daenerys en tant que Moïse et Jon en tant que Jésus serait un peu trop biblique...  Tolkien a beaucoup critiqué cela dans le Monde de Narnia de C.S. Lewis. Alors pourquoi l'auteur qui écrit son historie en réponse à Tokien, reviendrait en arrière ?

Alors quel serait le rôle de Jon ? Peut-être que R+L=J ne fait pas de lui un être magique. Peut-être que ça affectera les politiques de Westeros, car ça donne une autre lumière sur la Rébellion de Robert et la crise de succession qui a vu le jour suite à la mort de Robert. Et pourquoi l'auteur ferait de R+L=J cette épée de Damocles, seulement pour lui donner du sang magique et qu'il meurt et revienne comme Jésus ? Ce n'est pas une histoire de prophétie, mais d'identité, de politiques et d'Histoire.

Puisque GRRM a évoqué ses soucis avec Aragorn, Jon en est l'équivalent le plus proche vu ses origines. Aragorn n'avait pas pour but de devenir le héro prophétique qui vaincrait Sauron ; c'était Frodo. Alors pourquoi GRRM donnerait à Jon tous les clichés de la fantasy par rapport à Aragorn ? Quant à Daenerys, si elle connaît une tragique chute parce que son pouvoir absolu réside en ses dragons et son obsession pour le trône comme moyen de rentrer chez elle, alors cela serait plus similaire à Sauruman ou à l'effet que l'Anneau a sur Galadriel. Peut-être que ni Jon ni Daenerys ne sont des héros de fantasy, mais des déconstructions du héro de littérature fantastique.
Ni Jon ni Daenerys n'est similaire à Frodo, un héro improbable chargé de la responsabilité de sauver le monde. Un hobbit ordinaire au milieu d'elfes et d'hommes. Bran vit lui aussi une “résurrection” en survivant à sa chute, mais contrairement à Jon et à Daenerys, il devient un infirme, ce qui le limite encore plus. Quant à ses pouvoirs magiques, il est plus similaire à Daenerys, mais contrairement à elle son arc est séparé des politiques. Une séparation des pouvoirs. Mais dans le cas de Daenerys, son pouvoir politique reste en place grâce à ses dragons. Est-ce que cela ne devrait pas compter ? Est-ce que ça ne compte pas que GRRM a comparé les dragons à l'arme atomique ? Pourquoi un personnage associé aux arbres et à la nature (qui n'est associé ni à 'extrême feu, ni à l'extrême glace) et aux Enfants de la Forêt n'aurait pas plus d'importance ? Il partage même des points commun avec le Dernier Héro, parti à la recherche des Enfants.

Alors pourquoi les deux Targaryen ne deviendraient pas en fait des anti héros à cause de leurs origines, tandis que Bran, Arya/la meute de Nymeria auraient un plus grand impact en sauvant des gens grâce à leurs pouvoirs ? GRRM a dit et redit que les Stark sont le cœur de l'histoire. Peut-être que la mythologie nordienne est plus vague et difficile à interpréter que les prophéties. Mais ça ne veut pas dire que ces personnages n'ont pas un plus grand rôle à jouer. 

La série a fait de Bran un genre de robot après qu'il ait complétement accepté la Corneille à Trois Yeux dans sa conscience, et l'histoire de Freuxsanglant a été complétement coupée : mais dans les livres Bran n'est sûrement pas destiné à rester perpétuellement sous son influence, parce que ses frère et sœurs finissent aussi par quitter leur mentor. Quelque chose, de la peur, de l'amour, devrait le sortir de cette transe. D&D ont mis Bran de côté, mais il était trop important pour qu'ils le coupent complétement. L'historie a commencé avec lui, il a été le premier à toucher à ses pouvoirs. Le coup de fusil de Tchekov doit être tiré, il doit y avoir une résolution narrative à l'arc de Bran. Il n'est pas devenu un infirme pour rien, il n'a pas survécu pour rien. Il n'est pas destiné à finir au second plan en raison de tout le pouvoir qu'il a. 

Traduction : moi // Source

mardi 6 octobre 2026

Fait comme un rat

Le nain n’avait pas été sans porter les yeux vers le fond de la salle, et Catelyn bénissait les dieux d’avoir interposé tant de monde entre elle et lui quand, soudain, Marillion se dressa, criant : « Monseigneur Lannister ! » à plein gosier. « Je serais heureux d’agrémenter votre repas. Daignez me permettre de vous chanter le lai consacré à la grande victoire que remporta le seigneur votre père à Port-Réal !
— Rien ne serait plus susceptible de me couper l’appétit », répliqua sèchement Tyrion. Sans s’attarder sur le chanteur, son regard vairon s’écartait déjà lorsque..., tombant sur Catelyn, il se fixa sur elle, médusé. Elle se détourna vivement. Trop tard, le nain s’épanouissait « Lady Stark ! quelle heureuse surprise..., dit-il. J’étais navré de vous manquer, à Winterfell. »
Marillion s’écarquilla, et la honte fit place au chagrin lorsqu’il vit Catelyn se lever lentement. Elle entendit ser Rodrik jurer, pensa : Si seulement il s’était attardé au Mur, si seulement...
« Lady... Stark ? bafouilla Masha.
— La dernière fois que j’ai couché chez vous, j’étais encore Catelyn Tully », dit-elle, défaillante au sein des chuchotements, des regards de la salle entière. Elle jeta un coup d’œil circulaire, entrevit la physionomie floue de chevaliers, de lames-liges, prit une profonde inspiration pour essayer de ralentir sa folle chamade. Oserait-elle risquer cela ? Elle n’eut pas le temps d’y réfléchir que le son de sa propre voix retentissait à ses oreilles. « Vous, dans le coin, dit-elle à un homme d’âge qu’elle n’avait pas remarqué jusque-là. Est-ce bien la chauve-souris noire que je vois brodée sur votre surcot, messer ? »
L’homme se dressa. « Oui, madame.
— Et lady Whent, est-elle une amie sincère et loyale de mon père, lord Hoster Tully de Vivesaigues ?
— Elle l’est », répondit-il sans hésiter.
Sans se départir de son calme, ser Rodrik se mit à son tour debout, dégaina. Le nain les regardait tour à tour, blême, en papillotant, ses prunelles dépareillées pleines d’effarement.
« L’étalon de gueules a toujours été le bienvenu à Vivesaigues, dit-elle au trio près du feu. Mon père compte Jonos Bracken parmi ses plus fidèles et anciens bannerets, n’est-ce pas ? »
Les trois hommes d’armes échangèrent un regard perplexe. « Notre maître est respecté pour son sens du devoir, bredouilla finalement l’un d’eux.
— J’envie à votre père tant de bons amis, grinça Lannister, mais j’avoue ne pas voir à quoi rime ceci, lady Stark. »
Dédaignant son intervention, elle se tourna vers le groupe vêtu de bleu et de gris. Elle les avait réservés pour la bonne bouche, vu qu’ils étaient plus d’une vingtaine. « Je connais votre emblème aussi : les tours jumelles Frey. Comment se porte votre bon seigneur, messers ? » Le capitaine se leva. « Lord Walder va bien, madame. Il compte se remarier le jour de son quatre-vingt-dixième anniversaire et a prié messire votre père d’honorer les noces de sa présence. »
Au ricanement qu’exhala Tyrion Lannister, Catelyn sut qu’il était à elle. « Cet homme est venu en hôte dans ma demeure et y a tramé le meurtre de mon fils, âgé de sept ans », proclama-t-elle à la cantonade en le désignant. Ser Rodrik vint se placer près d’elle, l’épée au poing « Au nom du roi Robert et des nobles seigneurs que vous servez, je vous ordonne de vous saisir de sa personne et de m’aider à le ramener à Winterfell, où il attendra que s’exerce la justice du roi. »
Alors elle ne sut ce qu’elle savourait le plus, du bruit que faisaient une douzaine d’épées dégainées d’un même élan, ou de la mine déconfite de Tyrion Lannister. A Game of Thrones, Catelyn V

mercredi 16 septembre 2026

Le problème de la résurrection : pourquoi infliger tout ça à Jon si GRRM a pas aimé quand c'est arrivé à Gandalf ?

La décision de GRRM de résusciter Jon Snow après que ce dernier ait été trahi et assassinné est assez étrange, étant donné qu'il a critiqué le choix de Tolkien de ramener Gandalf dans le Seigneur des Anneaux, oralement mais aussi par le biais de personnages comme Beric Dondarion et Catelyn Stark...

Ces deux derniers trompent la mort, mais à un prix dévastateur. GRRM explore cela à travers différents personnages, et à leurs façons diverses et variées de montrer la futilité d'un tel acte. Alors pourquoi l'auteur fera cela à Jon, si il est supposé se retrouver au centre du champ de bataille, et devenir un héro prophétique ?

Tromper la mort, contourner des voeux ?


Des fans pensent que GRRM a infligé cela à Jon pour le libérer de ses voeux de la Garde de Nuit. Mais ce n'est peut-être pas aussi simple que ça. Il avait sûrement prévu la mort et résurrection de Jon, quand il lui a fait nommer son loup FANTÔME et qu'il a écrit le prologue du premeir bouquin, où la mort brutale de Waymar Royce préfigure celle de Jon (article datant de 10 millions d'années à ce sujet). De plus, avant que Jon ne meurt, dans ASOS et ADWD il reçoit déjà une porte de sortie de ses voeux grâce à Stannis, qui lui offre de le libérer de son engagement si il plie de le genou et l'aide à gagner le soutien du Nord. 
Qu’aimerais-je mieux, me laisser pendre comme tourne-casaque par lord Janos, ou, au prix d’un parjure, épouser Val et devenir le sire de Winterfell ? Posée en ces termes, la question semblait aisément résolue... A Storm of Swords, Jon XII
Bien sûr, Jon ne prendrait jamais le titre de sire de Winterfell au détriment de ses frères et soeurs légitimes, et jamais il n'accepterait de laisser l'arbre coeur être brûlé. Mais GRRM aurait pu altéré l'offre de Stannis à un tel point que Jon n'aurait eu d'autre choix que de l'accepter. Donc non, sa mort n'est pas une astuce pour le libérer de ses voeux de façon honorable. Jon a proclamé publiquement qu'il ne briserait pas ses voeux, ce qui a conduit à une mutinerie contre lui. Encore une fois, c'est facile de dire qu'il a été tué pour avoir été trop honorable pour avoir voulu sauver sa famille. On en revient au dilemne d'amour contre devoir, et Jon a choisi l'amour. Mais d'après la perspctive de Bowen Marsh, c'était parce qu'il pensait pouvoir faire tout ce qu'il voulait en tant que Lord Commandant. A ses yeux et à ceux des autres mutins, Jon agissait comme s'il était le Roi du Mur, et ils l'ont poignardé d'une manière qui n'est pas sans rappeler Jules César. C'est bien plus complexe que de laisser Jon mourir de façon honorable pour qu'il soit libéré de ses voeux. 

Pourquoi alors ?

Le problème Gandalf : spectre de feu ou pas ?


Il faut qu'on reprenne les propos de GRRM sur la résurrection de Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, et sur son écriture de Beric Dondarion et de Lady Coeurdepierre. D'autres fans ont déjà écrit que la mort de Jon est destinée à faire de lui un personnage bien plus sombre qu'il ne l'était. Mais sombre à quel point ? En comparaison de Beric et Catelyn, Jon ne peut pas trop basculer du côté sombre, et même si c'est le cas, en termes de popularité il ne terminera pas en conflit avec un autre personnage principal que les lecteurs attendent de le voir rencontrer lol. Pour beaucoup de fans, la résurrection de Jon est une expérience transformative, vouée à créer un parallèle avec la naissance des dragons de Daenerys, et indiquer ses origines de Targaryen et qu'il serait Azor Ahai resuscité. Cette théorie a l'air complétement à côté de la plaque quand on voit comment GRRM parle de Gandalf. 
“Je crois que si vous ramenez un personnage, un personnage qui a traversé la mort, c'est une expérience transformative. A l'époque de Wonder Man, j'adorais qu'il soit mort, et même si je continuais à l'apprécier des années plus tard, ça ne me plaisait pas qu'il soit ramené, parce que ça diminuait l'impact de sa mort. J'admire énormément Tolkien, mais je pense que Gandalf aurait dû rester mort. C'est une séquence tellement impressionnante dans la Communauté de l'Anneau, quand il affronte le Balrog et qu'il tombe dans le vide, et ses derniers mots sont“fuyez pauvres fous.”
Quelle puissance, ça m'avait impressionné. Et ensuite il revient, c'est devenu Gandalf le Blanc, et il est encore meilleur qu'avant. Je n'ai jamais aimé Gandalf le Blanc autant que Gandalf le Gris, et je n'ai jamais aimé qu'il soit ressucité. Je crois que ça aurait eu un plus gros impact sur l'histoire si Tolkien ne l'avait pas ramené.
Ceux de mes personnages qui reviennent d'entre les morts n'en reviennent pas indemnes. D'une certaine façon, ils ne sont plus les mêmes personnages qu'avant. Leur corp fonctionne, mais certains aspects de leur esprit ont changé, et ils ont perdu quelque chose. Un personnage qui est revenu à plusieurs reprises, Beric Dondarrion, à chaque fois il perd un peu plus de lui même. Il avait été envoyé en mission avant sa première mort, et c'est tout ce à quoi il se raccroche, cette mission et ce qu'il devait faire. Il oublie le reste, qui il est, où il vivait, la femme qu'il devait épouser... de bouts de son humanité disparaissent à chaque fois qu'il revient, mais pas cette mission. Des bouts de sa chair tombent en lambeaux, mais cette mission, ce but qu'il avait continue de l'animer et de le ramener d'entre les morts. Je pense que vous pouvez voir ça avec les autres personnages qui ont été résuscités.” GRRM pour Bullseye (2011)

“Tout ce temps, je pensais que Gandalf était mort, mais maintenant il est de retour, il est devenu Gandalf le Blanc. Et il est plus ou moins le même qu'avant, sauf qu'il est plus puissant. Ca m'a toujours semblé être de la triche. En vieillissant et en y repensant, il me semble que la mort ne vous rend pas plus puissant. D'une certaine façon, c'est moi dans les dialogues qui dit à Tolkien ’Ouais, si quelqu'un revient d'entre les morts, surtout si ils ont souffert d'une mort violente et traumatisante, ils ne vont pas revenir plus gentils que jamais.’ C'est ce que j'essayais et essaye de faire avec Lady Coeurdepierre/Catelyn Stark.
Pauvre Beric Dondarrion, qui servait de préfiguration pour tout ça : à chaque fois qu'il revient, il est un peu moins Beric. Il perd la mémoire, il a toutes ces cicatrices, il est de plus en plus hideux, parce que ce n'est plus un être humain en vie. Son coeur ne bat plus, son sang ne circule plus dans ses veines, c'est un spectre animé par le feu plutôt que par la glace - et nous revoilà à ce truc de feu et de glace.” GRRM pour le Time (2017)
Pour ce qui est de cette comparaison de Beric, des spectres de feu et de Jon, d'autres fans ont théorisé que Jon ne reviendra pas dans le même état que Beric ou Catelyn, car une combinaison de magie des Enfants de la Forêt (en s'étant wargé dans Ghost avant de mourir), de sacrifice, de magie du feu et des ténèbres, n'auront pas le même effet. 

Comme il n'y a pas de pureté dans une forme de magie, cela créée une sitation où le corps de Jon 'est pas gouverné par une seule force, et son âme préservée quand il s'est wargé dans Ghost. Cependant, il pourrait devenir plus sombre, plus impulsif, plus loup qu'homme, en plus d'être très traumatisé. Mais cela n'explique toujours pas pourquoi il avait besoin de vivre une telle chose d'un point de vue narratif.  

Les messies : critique des allégories bibliques dans la littérature fantastique


Si Jon avait été résuscité pour créer un spectacle magique rivalisant avec la naissance des dragons de Daenerys, afin de préfigurer la promesse d'eux deux en tant qu'héros de guerre, est-ce que GRRM aurait vraiment fait de Jon un Jésus sacrifié, sans déconstruire cette trope ? En voyant comment il fait cela avec Daenerys, puisque son moment le plus magique se produit à la du premier roman, on peut en avoir un aperçu, n'ayant pas d'autres contenu de Jon post-résurection dans les bouquins.

En tant que personne souhaitant libérer les esclaves et les conduire en terre promise, Daenerys est un Moïse déconstruit. Elle traverse le désert rouge, comme lui l'a fait avec la Mer Rouge, ses gens la suivant alors qu'elle suit une comète, pour au final en conduire plusieurs à leur mort ou à l'abandonner. Qu'en suivant cette comète, elle ait provoqué plus de souffrances que de salvations, détruit les attentes qu'on aurait d'un messie. De plus, contrairement à Moïse, elle ne les emmène avec elle pas pour les sauver, mais pour le conquête d'un continent qu'elle juge être à elle, et elle échoue en cela. Son désir de les sauver entre en conflit avec ses actions de subjugations, elle se sert d'eux et cela est de plus en plus évident au fil de son arc. Peut-être que cette expérience est révélatrice de Daenerys dans le rôle d'héroïne prophétique, même dans le sens fantastique. Dans l'analyse 'la colère de Mirri Maz Duur' précédement postée sur le blog, je traduisai ceci :
“Elle veut essayer de sauver ces femmes d'abus sexuels... mais sa solution n'est guère mieux, elle propose que ces femmes épousent leurs violeurs ! Ce n'est donc pas la salvation qu'elle offre à ces victimes, parce que Daenerys ne comprends pas ce qu'est le consentement. On peut en partie pardonner la naïveté de Daenerys : elle pense que les femmes lhazaréennes devraient épouser leurs violeurs Dothraki, et que tout ira bien si les rapports sexuels suivants sont doux, car c'est ce qu'il s'est passé pour elle. Cependant, cette solution proposée par Daenerys devient un schéma récurrent dans la suite de son histoire : elle essaye de sauver des gens (de l'esclavage, de viols...) pour seulement les laisser dans des situations identiques, voir pires, que celles où ils se trouvaient au départ : cet épisode ouvre la voie à Daenerys la sauveuse ratée, et cet aspect devient très clair quand on découvre les conséquences de ses actions avec Mirri Maz Duur. ”
Si vraiment Daenerys est l'Etalon qui Monte le Monde, pourquoi les gens pensent que c'est quelque chose de positif, puisque chez les non-mourants, il y a une vision de Rhaego sur un étalon, faisant face à une cité en flammes ? Mirri a même tué Rhaego par vengeance et en pensant empêcher la prophétie de s'accomplir : 
« Il ne brûlera pas de villes, désormais, l’étalon que l’on prétendait devoir un jour monter le monde. Son khalasar ne foulera pas de nations. » A Game of Thrones, Daenerys IX

Mais en faisant ce choix, elle pousse Daenerys dans ce rôle ; et bien que cette dernière veuille être une sauveuse et qu'elle ait de bonnes intentions, alors qu'elle franchit la ligne du pouvoir absolu, il vaudrait mieux être sceptique de si c'est une bonne chose. Elément opposé des Autres, elle pourrait être tout aussi dangeureuse que ces derniers, car “la route de l'enfer est pavée de bonnes intentions”. Elle pourrait bien ne pas être le messie que tout le monde pense qu'elle est. Peut-être bien qu'Azor Ahai n'est pas un sauveur, mais un destructeur, car les prophéties sans une épée sans poignée, et la plupart des fans essayent de deviner à qui correspond la prophétie plutôt que de se demander ce qu'elle veut dire. En latin, Lucifer, le nom originel de Satan, veut dire “celui qui apporte la lumière”. Alors on ne peut pas être certain d'avoir à faire à un sauveur. 

En plus de Tolkien, GRRM a aussi dit avoir été inspiré par Tad Williams et sa série L'Arcane des Epées. 
“La Ligue du parchemin et la suite de sa fameuse trilogie de quatre livres est l'une des choses qui m'a inspiré pour écrire ma propre trilogie de sept livres. La littérature fantastique a mauvaise réputation pour ne parler que de rituel et formules magiques. Mais quand j'ai lu La Ligue du parchemin, je me suis dit ‘Bon sang, ils peuvent faire quelque chose ave ce format, et Tad le fait.’ C'est une de mes séries fantastiques préférées.” GRRM en 2011
La note d'introduction du premier livre est intéressante, car elle a un message d'éviter de faire des suppositions ! Et malheureusement, on dirait bien que la majorité des lecteurs d'ASOIAF ne questionnent pas la nature des prophéties autant qu'ils ne le devraient. Dans les moments les plus importants des romans, les lecteurs ne se demandent pas si “le méchant est le héro dans le camp d'en face” et si l'auteur s'inspire de conflits historiques et littéraires comme Hector et Achille pendant la Guerre de Troie, terminerait-il avec des méchants qui sont évidents et qui ne servent qu'à montrer à quel point d'autres personnages sont héroïques ? De plus, GRRM semble lui même indiquer que les Autres ET Daenerys sont des menaces pour Westeros. 
Les deux [arcs] les plus éloignés sont ce qu'il se passe au nord du Mur, et ensuite la Targaryen sur l'autre continent avec ses dragons, et ce sont bien sûr le feu et la glace du titre. Ce qu'il y a au centre, au milieu à Port-Réal, est plutôt basé sur des événements historiques, sur de la fiction historique. C'est librement inspiré de la Guerre des Deux Roses et d'autres conflits qui ont eu lieu pendant la Guerre de 100 ans, avec un retournement fantastique. Une des dynamiques avec laquelle j'ai commencé, c'était l'idée de ces gens si obsédés par leurs conflits pour le pouvoir - qui va être roi ? qui va s'assoir au conseil restreint ? qui va écrire les lois ? - qu'ils sont aveugles aux autres et bien plus grandes menaces qui approchent en périphérie de leurs royaumes. GRRM pour Al Jazeera America
Feu et glace, deux éléments destructeurs, évoquant le poème apocalyptique Fire & Ice de Robert Frost. GRRM ayant comparé les Autres au changement climatique et les dragons de Daenerys à l'arme atomique, ce n'est pas trop tiré par les cheveux de l'associer à deux forces qui ont le potentiel de détruire toute vie humaine. On défend Daenerys en disant que non, ce n'est pas une méchante. Ce n'est pas entièrement faux ; mais imaginons que Galadriel ait eu l'Anneau Unique, serait-elle restée incorrompue par le pouvoir ? 
“Stan Lee a un jour écrt qu'avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Le credo de Spider-Man intégre la base de chaque univers superhéroïque, dont le notre. Mais Lord Acton a aussi écrit que le pouvoir corrompt, et que le pouvoir absolu corrompt absolument. La tension entre ces deux vérités, c'est là qu'on trouve le drame.” GRRM, 2008

“Les dragons sont la force de disuasion nucléaire, est seule Daenerys les a : d'une certaine façon, cela fait d'elle la personne la plus puissante au monde. Mais est-ce suffisant ? […] Le pouvoir est plus subtil que ça. Vous pouvez avoir le pouvoir de détruire, mais ça ne vous donne pas le pouvoir de réformer, ou d'améliorer, ou de construire.” GRRM, The Bulletin
Pour en revenir à Jon, le cas pourrait être identique malgré ses différences, surtout à cause de sa résurrection qui semble le prédestiner à devenir une figure messianique. Pas autant que Daenerys, mais juste assez pour que les gens se demandent pourquoi Jon ferait de Jon Jésus, quand même Tolkien a critiqué la façon dont C.S.Lewis a fait de son Aslan (Le Monde de Narnia) une allégorie pour Jésus avec d'autres influences bibliques. Dans la Bible, la bannière de Jésus était le Lion de Judas, alors c'est vraiment très littéral. Donc quand Aslan est enchaînée par les serviteurs de la Sorcière Blanche et qu'elle le tue, mais qu'après il revient à la vie à l'aube, l'allusion est inévitable. En tant qu'amis, Tolkien et Lewis ont beaucoup débatu sur leurs visions théologiques dans la littérature fantastique, ce dont serait au courant tout lecteur du genre, qui saurait également que beaucoup ont critiqué les choix d'écriture de Lewis en disant que c'était de la propagande chrétienne. Si GRRM a un problème avec le fait que Gandalf le Gris devienne Gandalf le Blanc pour aider les autres héros, ne détesterait-il pas l'idée de Jon revennant pour devenir une figure messianique comme Aslan ? 

Bien sûr, Jon pourrait toujours être ambigu moralement avec les antagonistes et finir par sacrifier sa vie, mais encore une fois, est-ce que cela déconstruirait l'archétype de Jésus ? Dans le texte en lui-même, GRRM a abordé le thème de la religion, mais il en est aussi très critique : on trouve des parallèles entre sa Foi des Sept et le Catholocisme, entre sa Foie Militante et les croisades, entre son Grand Moineau et les événements de l'inquisition espagnole. Laisser ses personnages devenir des messis serait tout autre chose. GRRM veut certainement humaniser ses personnages idéalistes en limitant leur impact en ajoutant un élément réaliste, comme sa question “quelle serait la politique des taxes d'Aragorn ?” Avoir de bonnes intentions ou du pouvoir ne suffit pas. 

Peut-être que, l'obsession des Targaryen pour la grandeur, d'être extraordinaires par rapport au commun des mortels et d'émerveiller le monde, est une autre raison pour laquelle l'auteur ne veut pas récompenser ces personnages par le pouvoir de sauver le monde d'une façon aussi monumentale. Peut-être à plus petit échelle, mais probablement pas d'empêcher l'apocalypse de se produire grâce à leur lignée parce que ça fait des générations qu'ils disent qu'ils sont destinés à faire ça à cause d'une prophétie. 

Le dilemne de Tolkien chez GRRM


“Ce n'est pas facile de régner. Ce serait ma réponse à Tolkien, qui, bien que je l'admire, a des avis avec lesquels je ne suis pas d'accord. Le Seigneur des Anneaux a une philosophie très médievale : si le roi est un homme bon, la terre prospère. Quad on regarde l'Histoire, ce n'est pas aussi simple que ça.” GRRM, The Rolling Stone

Vu le style de Martin, ne préférerait-il pas plutôt déconstruire l'idée de personnages envisagés comme des messies à cause d'un événement spectaculaire qui montre leur abileté à déjouer la mort ? Peut-être que l'intérêt de R+L=J n'est pas que Jon soit le Prince qui a été Promis car il est le fruit de l'union du feu et de la glace, mais un autre faussement prédit messie, dont le rôle est de sauver aillers. Même Tolkien avait Aragorn, le prince secret, qui a laissé Frodo porter l'Anneau en Mordor et livrer la bataille la plus important. Aragorn a fait cela, car il craignait d'être corrompu par le pouvoir de l'Anneau comme ses ancêtres avant lui. Il fallait que ce soit quelqu'un qui n'avait aucun désir ni de pouvoir ni de gloire. Frodo est l'un des meilleurs perosnnages de Tolkien, pour sa déconstruction de la trope du héro fantastique, même si ce n'est pas celui qu'on aime le plis. Lui aussi était un héro prophétique qui a échoué à sa tache, et qui n'a réussi sa mission que grâce à la convoitise de Gollum et à l'amitié de Sam. Il est probable que GRRM apprécie celui lui aussi, car il mentionne ses problèmes avec Aragorn - qu'on ne sait jamais quelles politiques il a mis en place pour faire de lui un bon roi - mais il ne fait jamais cela avec Frodo, car ce que Tolkien a fait avec ce personnage sortait du moule et c'était brillant dans sa façon de faire. 


Jon est le personnage qui est le plus l'équivalent d'Aragorn, vu sa parentèle secrète et la promesse d'unir un royaume brisé ; et en un sens, Bran, so jeune, pur et naïf, est le personnage qui correspondrait le plus à Frodo. GRRM ne prévoit sans doute pas de faire exactement les mêmes rôles, et il est probable que plusieurs de ses personnages deviennent des héros qui ont échoué. Cependant, pour ce qui est de la bataille ultime et de la source de pouvoir principale, il est possible qu'il ait choisi quelqu'un détaché du pouvoir et des institutions de la société, comme Bran va passer un certain temps caché sous la terre avec la Corneille à Trois Yeux. Il est sûr qu'il a moins de chapitres par rapport à d'autres personnages en comparaison au premier bouquin, mais cela ne pourrait que masquer son importance à venir. A guise d'exemple, le réalisateur Alan Taylor de GOT a un jour dit qu'il pensait que l'histoire se résumait à  Jon et Daenerys, alors que GRRM a quant à lui dit ceci :
“J'ai rencontré certains qui pensaient qu'il fallait trouver la ligne de l'histoire. Qui est le personnage principal ? Quelqu'un pensait que c'était Daenerys, qu'il fallait couper tous les autres. Ou Jon Snow. C'étaient les deux personnages les plus populaires autour desquels on voulait construire la série, mais en faisant ça vous perdez 90% de l'histoire”. GRRM, Rollingstone 2014

“J'ai eu beaucoup d'entretiens avant David et Dan, et les gens disaient que c'était le prochain Seigneur des Anneaux. Mais ils ne pouvaient pas gérer la taille de l'histoire. Toutes ces rencontres, ils disaient, “il y a trop de personnages, c'est trop gros, Jon Snow est le personnage principal, on supprimera tout le reste” ou “Daenerys est le personnage principal, on supprimera tout le reste.” J'ai rejetté toutes ces offres”. GRRM, Time Magazine 2017
Si l'impression superficielle que ces personnages sont les plus importants de l'histoire alors que GRRM dit qu'ils ne représentent que 10% de l'histoire, il est inenvisageable de supposer qu'ils deviendront ce que les lecteurs veut qu'ils soient, surtout avec le style de GRRM. Il ets plus probable qu'on les prenne à tort pour des héros et qu'ils deviennent autre chose. Avant sa mort, la main d'épée brûlée de Jon s'engourdit et le déçoit au moment où il en a le plus besoin : c'est poignant parce que ça le détourne du destin d'Aragorn, pour lequel l'épée Anduril a été forgée quand il en a été jugé digne. Par cette action que GRRM a préparé tout au long des romans précédents, il écarte Jon du rôle et de l'épée du héro d'action. Pas totalement, mais il le rend plus vulnérable et explore les idées de ses limites, tant en déconstruisant l'idée d'un véritable chevalier maniant Excalibur. Si Jon ne peut pas revenir aussi puissant que Gandalf ne l'a fait, il ne peut revenir que plus faible. Il ne peut revenir que plus faible. Son rôle pourrait en fin de comtpe de n'être qu'un politicien, car comme le montre le règne de Robert, ce n'est pas avec une épée qu'on dirige un pays sur le long terme. Ce n'est pas la fin, surtout comme après la guerre d'autres cicatrices ou handicaps pourraient suivre. 

Quand on y pense, aucun autre personnage dans le texte ne répond à la question de GRRM sur la politique des taxes d'Aragorn autant que ne le fait Jon lors de ses tâches d'intendance. On peut aussi dresser un parallèle avec le rôle d'Henry VII pendant la Guerre des Deux Roses comme raison pour la survie de Jon qui serait nécessaire après la guerre à Westeros. Peut-être que sa résurrection aura des effets indésirables sur le long terme, provoquant à terme une mort prématurée. Peut-être qu'il vivra plus logntemps pour sa famille, jusqu'à choisir qu'il est temps de partir. De plus, la mort de Jon a un rôle significatif, parce qu'elle illustre qu'aucun dirigeant n'est une île, et que ces derniers doivent s'entourer de conseillers en qui ils ont confiance, qui les dissuaderont de prendre les mauvaises décisions - Jon n'avait pas ça quand il est mort. Au vu des critiques de GRRM sur la structure du conseil restreint et du gouvernement basé sur les dragons à Westeros, il faudra sûrement envisager un sérieux restructurement, où un dirigeant pourra être questionné et tenu pour responsables de ses actions de façon légale, sans basculer dans les guerres civiles ou les mutineries. 

Si “les dragons ne plantent pas d'arbres”, alors il y a deux personnages qui représentent cette ligne et qui sont en conflit l'un avec l'autre. On dit que Daenerys a “épousé le feu”, et que Bran a “épousé les arbres”. Cet aspect les rends plus comparables, en tant qu'individus entourés de magie et de prophéties. En termes de magie, ces deux-là sont plsu comparables que Jon et Daenerys, qui sont plutôt comparables dans leurs actions de dirigeants. Dans les deux cas, Jon et Bran sont les opposés de Daenerys. L'histoire de Bran partage aussi des similitudes avec le Dernier Héro, qui comme lui est parti à la recherche des Enfants de la Forêt, et qui était peut être aussi Bran le Batisseur. 

Le jeune garçon handicapé souvent ignoré, qui a survécu à une chute qui aurait dû lui être fatale, et s'est approché très proche de la mort. Mais cela a un prix, un traumatisme durable, comme pour Frodo. Peut-être que même les actes de bravoure de Bran sont accidentels, ou à cause des liens amicaux et familiaux, comme pour Sam et Frodo. Peut-être qu'en dehors de ça, tout le reste n'est qu'un combat collectif poru la survie, pas avec des épées magiques, mais avec du verredragon et de l'acier valyrien, représentant ainsi les valeurs de la Garde de Nuit. Peut-être que les prophéties ne sont pas littérales, mais plutôt métaphoriques.
« Oyez mes paroles et soyez témoins de mon serment, récitèrent-ils, emplissant d’une même voix l’obscurité croissante du bois sacré. La nuit se regroupe, et voici que débute ma garde. Jusqu’à ma mort, je la monterai. Je ne prendrai femme, ne tiendrai terres, n’engendrerai. Je ne porterai de couronne, n’acquerrai de gloire. Je vivrai et mourrai à mon poste. Je suis l’épée dans les ténèbres. Je suis le veilleur au rempart. Je suis le feu qui flambe contre le froid, la lumière qui rallume l’aube, le cor qui secoue les dormeurs, le bouclier protecteur des royaumes humains. Je voue mon existence et mon honneur à la Garde de Nuit, je les lui voue pour cette nuit-ci comme pour toutes les nuits à venir. » A Game of Thrones, Jon VI
Cela retournerait donc l'idée que sauver le modne ne repose que sur les épaules d'une (poignée de) personnes, plutôt que de toute l'humanité, comme dans le monde réel. La bataille de l'aube pendant la Longue Nuit a été gagnée sans dragons mais grâce à l'aide des Enfants de la Forêt, donc qu'ils soient la clé n'est pas très convaincaint, surtout quand l'histoire est si ambigue. 

En dépit des nombreux personnages puissants de LOTR - avec lesquels GRRM a ses problèmes - Tolkien leur a permis d'aider les personnages qui n'avaient pas ce genre d'aptitudes. Ils n'ont fait qu'aider, et aucun perosnnages n'était le messie. La batailel finale était répartie sur plusieurs locations, avec Saruman, Denethor et Gollum dans les rôles d'antagonistes plus humanisés que les orques, le Roi Sorcier et Sauron, même après que la guerre ait été gagnée. La guerre a épuisé certains comme Faramir et Eowyn, les Elfes ont quitté la Terre du Milieu et Arwen a choisi de vivre uen vie de mortelle tout en sachant qu'Aragorn mourrait plusieurs années avant elle, Frodo a été brisé et la Comté des Hobbits été détruite. La politique, bien que de façon assez libre dans cet univers, a été mêlée au fantastique. 

Il semble donc aberant que les lecteurs s'attendent à moins que cela de la part de GRRM, qui semble vouloir poursuivre la lignée de Tolkien. Une paire de morts tragiques de quelques personnages principaux ne suffirait pas. Bien qu'ASOIAF explore déjà les conquences de la guerre et le traumatisme que cette dernière laisse derrière elle, la batailel finale qui aura lieu avant sera cruciale pour démontrer quels aspects du genre l'auteur veut détourner. L'héroïsme est une partie innée de la littérature fantastique, et bien qu'elle ait son poids chez GRRM, il n'a rien de surprenant dans le genre fantastique. Et au lieu, c'est réducteur de ne pas envisager la question : quel est le retournement de situation ? A quoi n'avons nous pas encore pensé ? Cela veut dire revoir les sources d'inspirations de l'auteur. Pour cette raison, il est dur d'envisager Jon ou Daenerys comme figures divines sauvant l'humanité. 

C'est peut-être pour cela que Jon passera par cet arc de résurrection : cela l'empêchera de devenir un héro. 

Traduction : moi // Source

dimanche 6 septembre 2026

Un enfant caché

« La Main vint effectivement me rendre visite, en compagnie de lord Stannis, le frère du roi. Mais je suis au regret de confesser qu’ils ne m’honorèrent pas de leur clientèle. »
Ned posa sur lui un regard paisible et, sans mot dire, attendit. L’expérience le lui avait appris, le silence est parfois plus efficace que les questions. Et tel fut le cas.
« Comme ils voulaient voir le garçon, dit l’armurier, je les emmenai à la forge.
— Le garçon », fit Ned en écho. De qui pouvait-il bien s’agir ? « Moi aussi, j’aimerais le voir. »
Le maître aborda un grand diable, aux bras et à la poitrine musculeux, qui devait avoir à peu près l’âge de Robb. « Lord Stark, nouvelle Main du Roi », lui dit-il, tandis que le garçon, tout en repoussant en arrière ses mèches empoissées de sueur, examinait Ned sans aménité. Il avait les yeux bleus, les cheveux drus, broussailleux, crasseux et d’un noir d’encre. Une ombre de barbe lui charbonnait le menton. « Gendry, monseigneur. Très costaud, pour son âge, et il travaille dur. Montre à Son Excellence le heaume que tu as réalisé, mon garçon. » Comme à contrecœur, Gendry les conduisit à son banc et en retira un heaume en forme de chef de taureau aux cornes incurvées. Ned tourna, retourna l’œuvre. L’acier, brut encore, en attendait le polissage mais, telle quelle, elle révélait un remarquable savoir-faire. « Du beau travail. Je serais heureux que tu consentes à me le céder. »
Gendry le lui arracha des mains. « Il n’est pas à vendre. »
Scandalisé, Tobho Mott le rabroua : « Enfin, mon garçon ! oublies-tu que tu parles à la Main du Roi ? Si Son Excellence désire ce heaume, fais-lui en présent. Elle t’honore en le demandant.
— Je l’ai forgé pour moi, s’entêta Gendry.
— Veuillez l’excuser, monseigneur, reprit précipitamment son maître. Il est aussi brut que de l’acier neuf et, comme l’acier neuf, il suffira de le battre un peu pour l’améliorer. Quant à ce heaume, il est tout au plus l’œuvre d’un manouvrier. Pardonnez-lui, et je vous promets de vous ciseler un heaume tel que vous n’en aurez jamais vu.
— Mais je n’ai rien à lui pardonner, dit Ned. Dis-moi, Gendry, lorsque lord Arryn est venu te voir, de quoi avez-vous parlé ?
— Il m’a seulement posé des questions, m’seigneur.
— Quel genre de questions ? »
Le garçon haussa les épaules. « Ben..., comment j’allais, est-ce que j’étais bien traité, si j’aimais mon travail, et des tas de trucs sur ma mère. Qui elle était, à quoi elle ressemblait, et tout et tout.
— Que lui as-tu répondu ? »
Il rejeta de son front la mèche noire qui venait de le lui barrer. « Elle est morte quand j’étais petit. Elle avait des cheveux jaunes et, quelquefois, elle chantait pour moi, je me souviens. Elle travaillait comme serveuse dans une brasserie.
— Et lord Stannis ? il t’a interrogé aussi ?
— Le chauve ? Non, pas lui. Il a pas dit un mot. Juste y me regardait d’un air furieux, comme si j’y avais violé sa fille.
— Veux-tu bien surveiller ta langue, s’indigna son maître, quand tu t’adresses à la Main du Roi en personne ! » Le garçon baissa le nez, penaud. « Brave garçon, mais d’un têtu ! Ce heaume, tenez..., c’est parce que les autres l’appellent tête de taureau. Il le leur a lancé dans les gencives. »
Ned toucha la tête incriminée, plongea les doigts dans sa toison noire. « Regarde-moi, Gendry. » L’apprenti releva les yeux. Ned, alors, étudia la forme de la mâchoire, le regard bleu de glace. Oui, pensa-t-il, vu. « Retourne à ton travail, mon garçon. Désolé de t’avoir dérangé. »
Ned hocha la tête. Décidément, ce Tobho Mott, maître armurier, lui plaisait. « S’il advenait jamais que Gendry préfère manier l’épée plutôt que d’en forger, veuillez me l’envoyer. Il a l’allure d’un guerrier. D’ici là, soyez assuré, maître Mott, de ma gratitude et de ma parole. S’il me prend fantaisie d’un heaume à effarer les enfants, ma première visite sera pour vous. »
Comme il sautait en selle, Jacks lui demanda : « Vous avez trouvé quelque chose, monseigneur ?
— Oui », répondit-il, perplexe. Que diable lord Arryn comptait-il faire d’un bâtard de roi, et pourquoi cela lui avait-il coûté la vie ? A Game of Thrones, Eddard VI

mercredi 29 juillet 2026

Calendrier officiel A Song of Ice & Fire 2027

Comme tous les ans, c'est au coeur de l'été que sort le nouveau calendrier officiel A Song of Ice & Fire. Pour l'édition 2027, c'est Tyler Jacobson qui met la main à la pâte ; bien que je trouve son style très beau, je ne peux m'empêcher d'être à nouveau déçue, car ce sont encore une fois des scènes et des personnages qui ont déjà été représentés d'innombrables fois, et surtout, sur 13 arts, seulement 5 représentent des personnages féminins - dont 2 étant Melisandre presque cachée dans l'ombre de Stannis, et l'autre Arya de très loin, dans le fond, alors que le Limier est au premier plan... - alors que pour quand ce furent Arantza Sestayo et Sam Hogg, on avait eu en plus des 'habituels' Sansa, Arianne, Gilly...
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dimanche 24 mai 2026

Les dragons : une arme de défense/attaque payée au prix fort par Jon et Dorne... [2/2]

Après l'introduction aux raisons de Jon Snow et de Doran Martell de vouloir des dragons, poursuivons sur le bien fondé de l'utilisation du feu de dragon comme d'une arme, et de ce que cela veut dire d'être un héro chez GRRM...

Les dragons ne plantent pas d'arbres


En étudiant l'idée selon laquelle “glace = mort” et “feu = vie”, la plupart des arguments de Melisandre et Davos sur les ténèbres et la lumière démontre à quel point les frontières entre les deux sont brouillées, et comment l'un peut devenir l'autre. Les ténèbres abrite et protège Bran quand il se cache dans les cryptes de Winterfell quand les fer-nés attaquent la forteresse, et plus tard il trouve refuge dans les cités des Enfants de la Forêt sous la surface, bien qu'il est fort probable que Freuxsanglant profite de l'innocence de Bran. Et il y a aussi les paroles de Saladhor Saan : 
« Réjouissez-vous que Sa Majesté n’ait retiré du feu qu’une épée brûlée. L’excès de lumière blesse les yeux, et le feu brûle. » A Clash of Kings, Davos I
En quantités réduites, le feu peut être utile, mais l'idée que les dragons, des armes de destruction massives, sauveraient l'humanité, semble assez improbable, car ils sont le “feu fait chair” de la “glace faite chair” des Autres. Si la glace gèle, trop de feu brûle. On voit aussi des personnages comme Beric et Catelyn ramenés à la vie par la magie du feu de R’hllor, et l'impact n'a pas l'air très positif. Beric est vidé et perd un peu plus de ses souvenirs à chaque fois qu'il est ramené, tandis que Catelyn n'est plus qu'un monstre cruel assoiffé de vengeance. Ils sont tous les deux conduits par le dernier objectif qu'ils avaient au moment de mourrir, et pas grand chose d'autre. Est-ce une vie ? GRRM les décrit même comme des “spectres animés par le feu”. 

Déconstruction du héro de fantasy


Et bien sûr, si les spectres de feu ne sont pas une bonne chose, qu'en est-il de Jon, dont GRRM  a dit que Beric servait de préfiguration pour l'état dans lequel il serait après sa mort ?
[Et il y a aussi Jon Snow, vidé par son expérience d'être revenu d'entre les morts dans la série.]
GRRM: Exactement. Et le pauvre Beric Dondarrion, qui servait de préfiguration pour tout ça : à chaque fois, il est un peu moins Beric. Ses souvenirs s'effacent, il a toutes ces cicatrices, il est de plus en plus repoussant physiquement, parce qu'il n'est plus un être humain vivant. Son coeur ne bat plus, son sang ne circule plus dans ses veines, c'est un spectre, mais animé par le feu plutôt que la glace... et nous voilà de retour à ce truc de feu et de glace.
Mais Jon pourrait ne pas subir totalement le même sort que Beric, car il s'est wargé dans le corps de Ghost au moment de sa mort : en un sens, son âme pourra être préservée par la magie des Enfants de la Forêt. On peut supposer qu'un mélange de différentes magies utilisées pour le ramener à la vie, même si certaines seront perpétrées par Melisandre, lui épargneront de ne devenir qu'un spectre de feu en étant réssucité. Cela sauverait Jon de devenir l'esclave d'un seul élément et de n'avoir plus qu'un seul but. Il sera tout de même épuisé, plus ambigu, plus sombre (comme l'a suggéré GRRM quand il a parlé de ses problèmes avec la résurrection de Gandalf) et même féral après avoir vécu dans la peau de Ghost et après avoir essayé de rejeter son côté 'loup' ; peut-être qu'il aura aussi des pertes de mémoire.
“Je pense que si vous ramenez un personnage, un personnage qui a vécu la mort, c'est une expérience transformative. […] Mes personnages qui sont morts et qui ont été ramenés n'en reviennent pas indemnes. D'une certaine façon, ils ne sont plus les mêmes personnages. Leur corp fonctionne, mais certains aspects de leur personnalité/esprit ont changé, ils ont perdu quelque chose. GRRM, Bullseye Interview

“Tout ce temps, je croyais que Gandalf était mort, mais ensuite il est de retour, et maintenant c'est Gandalf le Blanc. Et, beh, il est plus ou moins le même qu'avant, sauf qu'il est plus puissant. Ca m'a toujours semblé être de la triche. Et en vieillissant et en y repensant, il me semble que la mort ne vous rendrait pas plus puissant. C'est, d'une certaine façon, moi qui dit à Tolkien dans le dialogue, ’Ouais, si quelqu'un est ressucité, surtout si il a souffert d'une mort très violente et traumatisante, ils ne vont pas revenir plus gentils que jamais.’ C'est ce que j'ai essayé et essaye de faire avec le personnage de Lady Coeurdepierre.” GRRM, TIME interview
On peut se demander pourquoi il mettrait Jon dans une telle situation si il déteste les histoires de résurrection (il a aussi évoqué avoir ce même problème avec Wonderman quand il était plus jeune, même s'il aimait sa complexité). C'est le “problème de la résurrection” et en y pensant, Jon n'est pas supposé revenir “amélioré” pour devenir un héro prophétique, mais affaibli.
“La mort est un sujet assez sérieux. Je me souviens dans les années 80, j'écrivais pour la série ‘Beauty and the Beast” et Linda Hamilton en était la star, après deux saisons elle a quitté la série. Ca a été plus dramatique d'écrire sa fin et d'introduire une nouvelle Beauty [que d'écrire la fin de la série]. La chaîne soutenait notre choix d'écrire sa mort, mais voulait qu'on pase à autre chose très vite. On a eu un gros conflit à ce sujet. L'épisode suivant était sa mort, les 12 épisodes d'après se centraient sur la recherche de son assasin et la vengeance de Beast, mais la chaîne était genre ‘les gens ne veulent pas être triste, tuez là et ne parlez plus jamais d'elle.” La mort devrait faire mal, tout comme quand cela arrive dans la vraie vie. C'est un événement dévastateur, qu'on ne peut pas juste ignorer.
Je veux que mes lecteurs ressentent des émotions. C'est le but de la fiction. Je veux que vous lisiez mes bouquins, que vous riez, que vous pleuriez, que vous ayez peur, que si le personnage ets en danger vous ayez peur de tourner la page. Toutes les émotions ne sont pas positives.” GRRM, UPROXX

Le problème de GOT, c'est que D&D et les scénaristes n'ont pas l'air d'avoir compris la complexité que GRRM visait en tuant Jon. Il voulait que sa mort le traumatise et le change, au lieu qu'il soit inconscient, se réveille et qu'il revienne un peu secoué et passe à autre chose au bout de quelques épisodes. Ce que GRRM voulait émotionnellement, c'était sûrement ce qu'il arrive à Buffy Summers dans Buffy Contre les Vampires : elle meurt à la fin de la saison 5 en se sacrifiant pour sauver sa sœur et le monde, et ses amis la ramènent à la vie par le biais d'un rituel magique au début de la saison 6... et cette expérience la laisse traumatisée, dépressive, catatonique, malheureuse d'avoir été ramenée sur Terre, alors qu'elle était heureuse au Paradis, et même en colère contre ses amis pour lui avoir imposé cela. C'était une héroïne qui devient une anti héro, une évolution qui était déjà en place pour Jon depuis ASOS. La résurrection de Buffy était bien faite, parce que le sérieux de la mort n'a pas été ignoré. Mais comme pour le conflit que GRRM a raconté de “Beauty and the Beast”, il est fort probable que D&D n'avaient pas vraiment envie d'aborder dans les épisodes/saisons suivantes la transformation de Jon, puisqu'ils ne l'ont pas fait avec Beric et qu'ils ont coupé Lady Cœurdepierre. La seule chose qu'ils semblent avoir gardé, c'est que Jon a été si affecté, qu'il ne voulait pas être ramené à nouveau si il mourrait à nouveau, contrairement à Beric, et ce pourrait être possible à cause du mélange de magies qui le ramèneront dans les livres après sa période à avoir vécu dans la peau de Ghost, et qu'il ne soit pas hyperfixé sur un seul but. 

Mais alors, pourquoi ramener Jon si il ne doit pas devenir un héro prophétique ou un messie ? Et bien, puisque dans la fantasy beaucoup de personnages qui sont ressucité le sont “pour une raison” messianique, que Jon n'ait pas ce rôle et que plutôt il affecte la politique de l'histoire, ça, ce serait subversif. Jon serait le seul personnage apte à répondre à la question “quelle est la politique de taxes d'Aragorn ?” car c'est sans doute celui qui est le plus entraîné en intendance, et qui essaye d'implanter des changements via une politique de tous les jours. Il ne peut bien sûr pas faire tout ça seul, et il aura besoin des compétences, avis et relations d'autres personnes - et c'est en parti pourquoi il est mort, après s'être isolé de ses amis quand il est devenu Lord Commandant : nous en revoilà au “le loup solitaire meurt, mais la meute survit”. Ca rejoitn l'idée qu'un gouvernement ne devrait pas être bati autoru d'un dirigeant idéal, mais d'un gouvernement collaboratif qui sert un royaume. 

On peut aussi se demander, qui sauvera le monde si ce n'est ni Jon, ni Daenerys, et si Azor Ahai/le prince qui a été promis est bien un destructeur au lieu d'un sauveur ? Tout le monde oublie que Bran est juste là, et qu'il est l'équivalent de Daenerys dans le domaine de la magie et des visions, en plus d'être associé à la magie de la terre et des arbres.
« Le bois sacré. » Ecu et trident au poing, Meera s’élança aux trousses du loup-garou. Les autres la suivirent en se frayant cahin-caha passage à travers les monceaux de pierre et les nuages de fumée. On respirait un air moins âcre sous les arbres. Quelques pins étaient bien roussis, le long de la lisière, mais le sol humide et la luxuriance de la verdure avaient, au-delà, triomphé des flammes. « Le bois vivant possède des pouvoirs, dit Jojen, comme s’il devinait la pensée de Bran, des pouvoirs aussi puissants que ceux du feu. » A Clash of Kings, Bran VII
Le Dernier Héro est parti chercher l'aide des Enfants de la Forêt, et Bran le Batisseur a construit le Mur grâce à leur aide, alors la réponse se trouve peut-être dans un élément “vivant” de la nature, comme ils sont mis en opposition au feu et à la glace. Si les Autres sont associés à la mort, c'est aussi le cas de Daenerys, surnommé “fille de la mort” chez les non-mourants, ce qui devient une tendance alors qu'elle laisse dans son sillage une traînée de cadavres et d'instabilité partout où elle va. Dans ce sens, la magie de la terre, qui n'est pas 'purement' magique comme les Autres et les dragons, parce que la terre est un mélange d'éléments. 
« Pourquoi ne pourrais-je éprouver ces deux sentiments ? » Elle lui pinça le nez.
« Parce qu’ils sont opposés, s’obstina-t-il. Comme le jour et la nuit ou la glace et le feu.
— Si la glace brûle, édicta Jojen de son ton pontifiant, alors l’amour et la haine sont compatibles. Montagne ou marais, c’est égal. La terre est une. » A Storm of Swords, Bran II
Cette idée 'd'impureté' serait positive dans l'univers de GRRM, qui approche de façon négative l'idée de pureté, en montrant les Targaryen qui se marient entre frère et soeurs pour “garder le sang pur”. Si les livres révélent que comme dans la série, les Enfants de la Forêt ont créé les Autres pour se défendre contre les Premiers Hommes, le simple fait qu'ils soient capable de se détacher des Autres, contrairement aux Valyriens et à leurs dragons, donne de l'espoir.  

Un dragon n'est pas un esclave


Si Jon aurait un rôle plus politique, il en serait de même s'il part demander à Daenerys l'aide de ses dragons. Ironniquement, dans un chapitre de Jon, Tycho Nestoris de la banque de fer met Jon en garde quand il mentionne les dragons.
« Sladhor Saan ?
— Le pirate lysien ? On raconte qu’il serait de retour dans ses parages habituels, c’est exact. Et la flotte de guerre de lord Redwyne se faufile également par le Bras Cassé. Pour rentrer chez elle, certainement. Mais ces hommes et leurs navires sont connus de nous. Non, ces autres voiles… venues de plus loin à l’est, peut-être… On entend de curieuses histoires de dragons.
— Si seulement nous en avions un ici. Un dragon pourrait un peu réchauffer la situation.
— Vous plaisantez, messire. Vous me pardonnerez de ne pas rire. À Braavos, nous descendons de ceux qui ont fui Valyria et le courroux de ses seigneurs dragons. Nous ne plaisantons pas sur le chapitre des dragons. » A Dance with Dragons, Jon IX
Jon ne prends pas cet avertissement très au sérieux, peut-être parce qu'il ne s'attend pas à croiser la rotue d'un dragon de si tôt, ou peut-être parce que pour lui les Targaryen appartiennent au passé à Westeros et ne font à présent plus que l'objet de chansons. Mais quand Daenerys débarquera à Westeros, il pourrait avoir une autre approche et essayer d'obtenir ses dragons, son armée et le verredragon de Peyredragon (que Stannis a déjà perdu suite à l'intervention des Tyrell, et il semble voué à échouer dans le Nord), il irait donc à elle pour des raisons utilitaires. Peut-être devra-t-il agir en tant qu'opposé de Quentyn, et faire ce que ce dernier n'a pas pu faire, même ce que f!Aegon ne peut pas faire, en pensant qu'il n'a pas d'autres options car il ne connait pas sa parentèle - rendant son objectif futile en fin de compte. Comme Doran, ou peut-être plus que lui étant donné qu'il rencontrerait Daenerys pendant sa campagne de conquête, il saurait qu'il y a un risque. Mais il serait prêt à prendre ce risque en essayant de minimiser les dommages collatéraux. Mais la question est, peut-on contrôler les dragons ? Peut-on contrôler l'arme atomique si on s'en sert pour des raisons altruistes ?
Les dragons sont la force de disuasion nucléaire, et seule Daenerys les a : d'une certaine façon, cela fait d'elle la personne la plus puissante au monde. Mais est-ce suffisant ? Ce sont le genre de problème que j'essaye d'explorer. Les Etats-Unis ont la capacité de détruire le monde grâce à leur arsenal nucléaire, mais ça ne veut pas dire qu'ils peuvent accomplir des exploits géopolitiques. Le pouvoir est plus subtil que cela. Vous pouvez avoir le pouvoir de détruire, mais ça ne vous donne pas le pouvoir de réformer, ou d'améliorer, ou de construire. GRRM, 2011
Dans ce contexte, on repense à Jon tuant son premier spectre. Il utilise le feu pour combattre la glace, et il se brûle, ce qui pourrait préfigurer ce qu'il se passera quand il voudra se servir des dragons de Daenerys. Cette premirèe expérience ne le laisse pas indemne, car il brûle sa main d'épée, et c'était à cause d'une torche de tissu qu'il a attrapé instinctivement. Daenerys et ses dragons en essayant de contrôler les pires instincts de cette dernière ne fonctionnera que jusqu'à un certain point, jsuqu'à ce que, comme Doran, il brûle ce qu'il essaye de protéger. En gros, il essayerait de combattre les Autres, qui représentent le changement climatique, avec des dragons, qui sont l'équivalent d'une bombe atomique. C'est jouer avec le feu, car non seulement les dragons sotn imprévisibles, mais Daenerys l'est aussi. 

Le thème de la maison et de la famille a une importance énorme pour plusieurs personnages, qui cherchent un endroit où ils auraient leur place. Pour ce qui est de Daenerys, qui a passé sa vie à fuir et à croire ce que Viserys lui rabachait en lui disant que seuls Port-Réal et Peyredragon sont chez eux, c'est une tragédie : elle échoue à s'ancrer nulle part ailleurs alors qu'elle regarde vers l'ouest. Daenerys n'a aucune racine et ainsi, intentionnellement ou pas, où qu'elle aille, elle détruit les racines des autres. Theon semble partager ce thème au départ, alors qu'il est déchiré entre vouloir détester les Stark pour l'avoir déraciné de chez lui à Pyke et de sa famille les Greyjoy, alors qu'il les aime et voudrait être officiellement un Stark, ce qu'il ne peut pas en tant que pupille. En ce sens, Jon est l'opposé de Theon, car il n'agit pas sur ses sentiments négatifs, bien que lui aussi veuille désespérement appartenir à cette famille. Sansa, Arya et Bran, qui, en dépit de leurs raisons propres à chacun de sentir qu'ils n'ont pas leur place à Winterfell, se retrouvent à désirer y rentrer quand ils comprennent qu'ils avaint déjà tout ce qu'ils voulaient là-bas. De plus, la connection des Stark à Winterfell est principalement dûes à leurs liens familiaux, et cela leur permets de se raccrocher à leur humanité et à leur identité. Daenerys, qui a perdu toute famille, se raccroche à ses oeufs de dragons et marche dans le bûcher funéraire pour les faire éclore, et quand ils naissent, elle les voit comme ses enfants. Cet attachement malsain à des créatures aussi néfastes pour la vie humaine pourrait être l'élément final qui fera que Daenerys les placera en priorité avant le respect de la vie humaine : cela démarre dans le premier bouquin, quand elle demande à ce qu'on lui apporte ses oeufs de dragons plutôt que son fils après ses rêves enfievrés.    

Sous l'influence d'un dragonnier, les dragons peuvent affecter des masses bien plus importantes que s'ils étaient tous seuls. Que ce soit pour les utiliser de manière offensive, comme Doran, ou défensive, comme Jon, on ne peut pas dompter un dragon. Le Nord ne sera pas épargné, et Dorne non plus. Il y a même une préfiguration que les dragons de Daenerys vont brûler Winterfell quand Eté regarde dans le ciel lors du sac de Winterfell et voit un monstre aîlé qui crache du feu :
Il huma les bouffées de fumée. Des hommes, beaucoup d’hommes, beaucoup de chevaux, et du feu, du feu, du feu. Nulle odeur n’était plus dangereuse, pas même l’odeur dure et froide du fer, remugle ambigu de griffe humaine et de cuir coriace. Au travers des cendres et de la fumée qui l’obnubilaient lui apparut dans le ciel une hydre aux ailes gigantesques et qui rugissait un torrent de flammes. Il découvrit ses crocs, elle avait déjà disparu. Derrière les falaises édifiées de main d’homme, un brasier monstrueux dévorait les étoiles. A Clash of Kings, Bran VII
Et en tenant compte du “les dragons ne plantent pas d'arbres”, il ne serait pas surprenant que les dragons de Daenerys essayent de brûler le bois sacré de Winterfell. Peut-être parce que les pouvoirs du bois vivant sont aussi puissants que le feu, l'arbre coeur et une partie du bois sacré pourraient être épargnés, mais la majorité de Winterfell ne le serait pas. 
[La première question que les gens me posent sur la série, c'est si je pense que tout le monde va perdre, si la fin sera juste une atroce apocalypse. Je sais que vous ne pouvez pas trop révéler la fin, mais comme vous apportez une révision du genre de la fantasy...] 
Je n'ai pas encore écrit la fin, mais non, ce n'est sûrement pas mon intention. J'ai déjà dit que le ton que je vise pour la fin, est doux-amer. Ce n'est pas un secret que j'ai été très influencé par Tolkien, et j'adore la façon dont il a terminé le Seigneur des Anneaux. Ca se termine par la victoire, mais c'est une victoire douce-amère. Frodo ne sera plus jamais comem avant, et il s'en va sur les terres immortelles, alors que les autres vivent leur vie. Et le sac de la Comté, qui est brillant et que je ne comprenais pas à 13 ans : “Qu'est-ce que ça fait là ? L'histoire est terminée ?” Mais dès que je le relis, je comprends de plus en plus à quel point cette partie est brillante. Je peux seulement dire que c'est le genre de ton que je vise.
Ce n'est pas la première fois que GRRM mentionne son amour du sac de la Comté, et que c'est le genre de fin qu'il espère viser. Le monde n'est pas détruit, mais celui des Hobbits l'a été. Winterfell est de tout Westeros l'endroit qui fait le plus penser à la Comté, il y a déjà eu la tour de la bibliothèque qui a été brûlée lors de l'attaque contre Bran et pendant le sac de Winterfell. Si GRRM garde cette règle de 'trois', Winterfell subira un troisième incendie. Ce sera comme pour les Hobbits, les Stark auront sauvé le royaume, mais ils n'auront pas pu sauver leur maison. Il y aurait une sorte de symétrie avec les Jardins Aquatiques et les jardins de verre qui seraient détruits parce que Doran et Jon auront essayé de se servir des dragons pour leur cause. 

Ce serait la tragédie de Jon : il essaye d'être un héro, même s'il est trop épuisé pour remplir ce rôle, il essaye de protéger sa terre natale et le royaume, il fait des sacrifices et joue le jeu des trône, mais il échoue car il manque de contexte et surestime sa capacité à garder le contrôle sur Daenerys. En dépit de sa résurrection, il n'est pas un héro qui été promis, ni Daenerys, bien qu'elle ait traversé un bûcher funéraire pour donner naissance à ses dragons. La mort n'a pas rendu Jon plus puissant, mais plutôt plus faible et moins héroïque, en dépit de tous ses efforts.

Cela étant, la fin est supposée être douce-amère : il en incombera aux Stark et à leurs alliés de rebatir Winterfell. L'ironique serait peut-être que Jon, un hybride dragon/loup, plantera des arbres contrairement à Daenerys, parce qu'il a des racines le connectant aux gens et à la terre, même après que ça ait été détruit. 

Traduction : moi // Source