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dimanche 5 avril 2026

La relève

Il regagnait ses appartements dans la tour de la Main quand il tomba, au détour de l’escalier à vis, sur le spectacle inopiné d’Arya qui, moulinant des deux bras, tâchait de tenir en équilibre sur une seule jambe. Avec le succès manifeste d’avoir écorché ses pieds nus aux aspérités de la pierre. Il s’immobilisa, bouche bée. « Que diantre fais-tu là, ma fille ?
— Syrio assure qu’un danseur d’eau peut demeurer des heures entières sur un seul orteil. »
Il ne put s’empêcher de sourire et taquina : « Bon, mais lequel ?
— Sur n’importe lequel », répliqua-t-elle, hérissée par la question. D’un saut, elle changea de pointe et tangua périlleusement, le temps de récupérer son assiette.
« Est-il absolument nécessaire que tu t’y exerces ici ? La chute sera rude, si tu dévales...
— Syrio assure qu’un danseur d’eau ne tombe jamais. » Elle reprit la position normale. « Est-ce que Bran va venir nous rejoindre, à présent, Père ?
— Pas de sitôt, ma douce. Il lui faut recouvrer ses forces. »
Elle se mordit la lèvre. « Que fera-t-il, quand il sera grand ? »
Il s’agenouilla devant elle. « Il a des années devant lui pour trouver la réponse, Arya. Contentons-nous, pour l’heure, de savoir qu’il va vivre.
— Il voulait devenir chevalier, disait à présent Arya. Chevalier de la Garde. Il peut encore ?
— Non », dit-il. A quoi bon mentir ? « Mais rien ne s’oppose à ce qu’un jour il tienne une place forte importante et siège au Conseil du roi. Ou bien construise des châteaux, à l’instar de Brandon le Bâtisseur ; ou bien fasse, à bord d’un vaisseau, la traversée des mers du Crépuscule ; ou encore adopte la religion de Mère et accède à la dignité de Grand Septon. » Mais, plus jamais, songeait-il avec une tristesse indicible, il ne courra aux côtés de son loup, jamais il n’étreindra de femme, jamais il ne prendra dans ses bras un fils de sa propre chair.
Arya pencha la tête de côté. « Et moi ? je pourrais être conseiller du roi, bâtir des châteaux, devenir Grand Septon ?
— Toi, dit-il en lui posant un petit baiser sur le front, tu épouseras un roi, tu régneras sur son château, et tes enfants seront chevaliers, princes, seigneurs, voire, oui, l’un d’eux, peut-être, Grand Septon. »
Le visage d’Arya se ferma. « Non, dit-elle, tout ça, c’est Sansa. » Et comme là-dessus, elle repliait sa jambe droite et reprenait son entraînement, Ned, avec un soupir, la planta là. A Game of Thrones, Eddard V

jeudi 6 novembre 2025

Un jeu d'enfant

Trois jours plus tard, sur le coup de midi, Vayon Poole expédiait Arya dans la Petite Galerie. Elle la trouva débarrassée de ses tables et de leurs tréteaux. Les bancs étaient rangés le long des murs. Les lieux semblaient déserts. Soudain retentit cependant une voix inconnue : « Tu es en retard, mon garçon. » Un petit bout d’homme, tout chauve et muni d’un formidable bec en guise de nez émergea de l’ombre. Il tenait deux minces épées de bois. « Je te veux demain à midi précis. » Il avait un accent chantant. Celui des cités libres. De Braavos, peut-être, ou de Myr.
« Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
— Ton maître à danser. » Il lui jeta l’une des épées. Elle tenta de l’attraper, la manqua, l’entendit tomber avec fracas. « Demain, tu la saisiras. Ramasse. »
Ce n’était pas un vulgaire bâton, mais la réplique exacte d’une véritable épée, avec poignée, garde et pommeau. Arya la prit fébrilement à deux mains, la tint levée droit devant elle, malgré son poids inattendu, très supérieur à celui d’Aiguille. L’homme chauve cliqueta des dents. « Pas comme ça, mon garçon. Les deux mains ne sont nécessaires que pour les grandes épées. Celle-ci se tient d’une seule.
— Elle est trop lourde...
— Lourde comme il convient pour te donner des forces et un bon équilibré. Elle est plombée à l’intérieur, voilà tout. D’une seule main, maintenant. »
Elle détacha sa droite de la poignée et en essuya la paume moite sur ses culottes, tout en crispant la gauche sur l’arme. Il parut content. « Bon, la gauche. Ça inverse tout, et l’adversaire y perd de son habileté. A présent, tu te tiens mal. Ton corps de face..., oui, voilà. Tu es aussi maigre qu’une pointe de pique, tu sais. Ça aussi, c’est bon, la cible en est moindre. A présent, la poignée. Laisse voir. » Il s’approcha, lui examina la main, écarta ses doigts, les replaça correctement. « Exactement comme ça, oui. Ne te crispe pas tant, non, la prise doit être souple, délicate.
— Mais je vais lâcher mon arme...
— L’acier doit faire partie de ton bras, dit-il. Peux-tu lâcher une partie de ton bras ? Non. Syrio Forel a été première épée du Grand Amiral de Braavos pendant neuf ans, il sait de quoi il parle. Ecoute-le, mon garçon. »
A force de s’entendre appeler ainsi, Arya crut bon d’objecter : « Je suis une fille.
— Garçon, fille..., répliqua Syrio Forel, tu es une épée, voilà tout. Il cliqueta des dents. « Exactement comme ça, ça, c’est la bonne prise. Ce n’est pas une hache de guerre que tu tiens, mais une...
— ... aiguille, acheva-t-elle à sa place, d’un ton farouche.
— Exactement. A présent, nous allons commencer la danse. Souviens-toi, petit, ce n’est pas la danse de Westeros que nous allons apprendre, ni la danse du chevalier, le hachis, le martelage, non. Voici la danse du spadassin, la danse de l’eau, vive et subite. Nous sommes tous faits d’eau, tu sais ça ? Hé bien, quand on met en perce, l’eau fuit, et l’homme trépasse. » Il recula d’un pas, leva sa propre épée de bois. « A présent, essaie de me frapper. » Arya s’y employa. Elle s’y employa quatre heures durant, jusqu’à ce que le moindre de ses muscles fût peine et douleur, et, cependant, Syrio Forel cliquetait des dents et lui disait comment s’y prendre. 
Le lendemain, ils commençaient le travail sérieux. A Game of Thrones, Arya II 

dimanche 10 août 2025

Les inspirations de GRRM pour créer Arya Stark

   
Je ne peux pas dire qu'il y avait un modèle en particulier, mais beaucoup des femmes que j'ai rencontrées au fil des années avaient des aspects d'Arya en elles. Surtout certaines des femmes que je connaissais quand j'étais un jeune homme dans les années 60 et 70, vous voyez, les décennies de la révolution sexuelle et du mouvement féministe. Je connaissais beaucoup de femmes qui n'étaient pas emballées par l'idée de devoir se marier et devenir femme au foyer.
C'est certainement le truc d'Arya. Il y a cette scène où Ned lui dit “Un jour, quand tu seras grande, tu épouseras un grand seigneur, et tu seras la dame de son château.” Et elle lui répond, “Non, ce n'est pas ce que je veux. Ca c'est Sansa, pas moi.” Je connaissais des femmes qui disaient des choses comme : “Je ne veux pas devenir Mrs. Smith, je veux être ma propre personne.” (Rolling Stones, 2019)

lundi 19 mai 2025

Le trident

Au-delà, dans une clairière qui dominait la rivière, ils découvrirent un garçon et une fille jouant aux chevaliers. En guise d’épées, ceux-ci maniaient des bâtons, des manches de balai, selon toute apparence, et se ruaient l’un sur l’autre en ferraillant fougueusement. Avec un cri de douleur, la fille lâcha son arme. Le prince éclata de rire, et le garçon, surpris, jeta un regard circulaire puis, l’œil rond, laissa choir son bâton dans l’herbe. La fille, qui suçait ses phalanges meurtries, releva la tête, et Sansa, horrifiée, poussa un gémissement incrédule : « Arya ?
— Fichez-moi le camp ! leur cria celle-ci, des larmes de colère aux veux. Que venez-vous faire ici ? laissez nous ! »
Joffrey dévisageait alternativement l’une et l’autre. « Votre sœur ? » Le sang aux joues, Sansa acquiesça d’un signe. Le prince reporta son attention sur le garçon, un rouquin lourdaud, vulgaire et tout tavelé ne taches de rousseur. « Et toi, qui es-tu ? questionna-t-il d’un ton impérieux qui balayait une année d’écart au profit de l’interlocuteur.
— Mycah, murmura le garçon qui, reconnaissant le prince, détourna les yeux. M’seigneur.
— Et ce garçon boucher veut être chevalier, n’est-ce pas ? dit Joffrey, sautant à bas de sa monture, l’épée au poing. Ramasse ton arme, garçon boucher. » Il affichait un air goguenard. « Allons, ramasse, ordonna le prince en avançant sur lui. Ou bien ne saurais-tu combattre que des fillettes ?
— A’ m’l’a d’mandé, m’seigneur. A’ m’l’a d’mandé. »
Un simple coup d’œil à sa sœur, subitement pourpre, convainquit Sansa qu’il ne mentait pas, mais Joffrey n’était pas d’humeur à l’entendre de cette oreille. Le vin lui faisait perdre son sang-froid. « Vas-tu ramasser ton épée, oui ou non ? »
Mycah secoua la tête. « C’ qu’un bâton, m’seigneur. C’ pas une épée, c’ qu’un bâton.
— Et tu n’es qu’un garçon boucher, pas un chevalier. » Il releva Dent-de-Lion et, de la pointe, l’en piqua juste en dessous de l’œil. L’autre tremblait de tous ses membres. « C’est la sœur de ma dame que tu frappais, tu le sais ? »
Une goutte de sang vermeil perla sur la joue du malheureux puis, lentement, une zébrure rouge la lui laboura.
« Assez !» hurla Arya. Et elle ramassa son propre bâton.
« Arya..., supplia sa sœur, reste en dehors de ça.
— Je ne vous l’abîmerai... guère », ricana Joffrey sans cesser de lorgner le garçon boucher.
Arya marcha résolument sur lui.
Affolée, Sansa se laissa glisser de sa selle, mais pas assez vite. Les deux mains crispées sur son arme, Arya frappait déjà. Un crac formidable se fit entendre lorsque le bâton atteignit le prince à la nuque et, en un éclair, tout fut consommé sous les yeux terrifiés de Sansa. Le prince chancela puis pirouetta sur lui-même en jurant, tandis que Mycah prenait ses jambes à son cou vers l’abri des arbre; et qu’Arya frappait à nouveau, mais, cette fois, Dent-de-Lion para le coup et fit voler en éclats l’arme de la fillette. L’échine tout ensanglantée, Joffrey flamboyait de fureur, et Sansa avait beau piauler : «Non ! non ! arrêtez ! arrêtez, vous deux ! arrêtez ce gâchis ! », personne ne l’écoutait. Arya ramassa une pierre qu’elle décocha au prince et qui alla cingler le bai rouge, le faisant détaler au triple galop sur les traces du garçon boucher.
« Arrêtez ! par pitié, arrêtez ! » criait toujours Sansa, mais Joffrey n’en menaçait pas moins Arya de son épée, tout en vomissant un flot d’obscénités, de mots ignobles, de mots répugnants. Maintenant terrifiée, la fillette battait en retraite, mais il la harcelait, la poussait vers les bois, l’accula contre un arbre, tandis que Sansa, à demi aveuglée par les larmes, se tordait les mains d’impuissance.
Au même instant, une buée grise la dépassait en trombe et, soudain, Nymeria fut là, qui, d’un bond, referma ses mâchoires sur le bras du prince. De saisissement, celui-ci lâcha son épée, tandis que la louve le renversait et roulait avec lui dans l’herbe, elle grondante et déchaînée, lui hurlant de douleur. « Mais débarrassez-m’en ! hoquetait-il, débarrassez-m’en ! »
Enfin, l’ordre d’Arya claqua comme un coup de fouet : « Nymeria ! »
Aussitôt, le loup-garou lâcha prise et vint rejoindre sa maîtresse. Le prince gisait dans l’herbe, pleurnichant, berçant son bras estropié. Sa chemise était trempée de sang. « Elle ne vous a... guère abîmé », dit Arya puis, ramassant Dent-de-Lion, elle la saisit à deux mains et la brandit sur lui. En la voyant dans cette attitude, il poussa un gémissement de panique.
« Non ! dit-il, ne me faites pas de mal, ou je le dirai à ma mère.
— Fiche-lui la paix ! » cria Sansa.
Alors, Arya fit une pirouette et, de toutes ses forces, jeta l’épée. L’acier bleu flamboya un instant dans la lumière du soleil, au-dessus de la rivière, puis s’engloutit dans les flots avec un simple plouf qui navra Joffrey.
L’abandonnant à ses regrets, Arya se précipita vers son cheval, et Nymeria bondissait près d’elle. Une fois seule avec lui, Sansa s’approcha de son prince. Les paupières closes sur sa souffrance, il haletait. Elle s’agenouilla près de lui et, dans un sanglot, « Joffrey..., gémit-elle, oh ! ce qu’ils vous ont fait, ce qu’ils vous ont fait. Mon pauvre prince. Ne craignez rien. Je vais galoper jusqu’au fort et ramènerai des secours. » D’un doigt tendre, elle lui repoussa du front ses blonds cheveux soyeux. Il rouvrit brusquement les yeux et la gratifia d’un regard où ne se liait rien d’autre que la répulsion, rien d’autre que le plus infâme mépris. « Hé bien, faites, lui cracha-t-il au visage. Et ne me touchez pas.» A Game of Thrones, Sansa I

samedi 26 avril 2025

Les rêves de Sansa : manifestation de la 'vert vue' ?

En dehors de Sansa, tous les enfants Stark ont déjà eu des 'rêves' où ils prenaient possession du corps d'un animal au moins une fois. Cela signifie-t-il forcément que Sansa est dépourvue de ces dons, ou les siens se manifestent-ils différement ?

Comment fonctionne le don des enfants Stark ?


La louve de Sansa ayant été tuée très tôt, la jeune fille n'a pas eu le temps d'établir le genre de connexion que ses frères et sœur ont avec leur propre compagnon à quatre pattes, lien leur permettant de prendre possession du corps de l'animal. Pourtant, l'auteur a bien confirmé que tous les enfants Stark possédaient ce genre de don, et on peut voir cela dès le premier chapitre du premier tome :
Vers le milieu du pont, Jon s’arrêta soudain.
« Qu’y a-t-il ? s’étonna Père.
— N’entendez-vous pas ? »
En prêtant l’oreille, Bran perçut bien la rumeur du vent dans les frondaisons, le brouhaha des sabots sur les madriers, le menu geignement du chiot affamé, mais Jon écoutait autre chose.
« Là-bas », dit-il et, faisant volte-face, il retraversa le pont au galop, bondit à terre sur les lieux mêmes où gisait la louve, s’agenouilla... Et lorsqu’il rallia la troupe, un instant plus tard, il avait l’air épanoui.
« Il avait dû s’écarter des autres en rampant, dit-il.» A Game of Thrones, Bran I
A cheval, déjà à mi-distance d'où se trouvait un chiot muet, Jon a pu l'entendre. C'est évident qu'en fait, il a plus senti qu'entendu Ghost. Il était déjà lié au louveteau, bien que cela se soit produit plus d'un an et demi avant son premier vrai rêve de loup. Et en plus, il lui a fallu du temps pour se souvenir de ces rêves :
Les rêves de loup devenaient plus forts, et Jon se surprenait à en conserver le souvenir, même éveillé. A Dance with Dragons, Jon I
Donc en prenant ce cas, Sansa a peut-être bien déjà des rêves de vert vue ; elle ne s'en souvient tout simplement pas. Et ce ne sont peut-être pas des rêves, mais des partages de sens, des instants où elle ressent l'animal... plus spécifiquement, les oiseaux :
A peine fermait-elle les yeux qu’il lui apparaissait, prisonnier de sa cellule céleste, pelotonné dans le coin le plus éloigné possible du ciel noir et glacial, accroupi sous une fourrure, ses bras enserrant étroitement sa harpe contre sa poitrine comme pour la bercer. A Feast for Crows, Sansa I
Contrairement à la série, qui montre ce genre de don comme activable/désactivable à volonté (soit vous partagez son espace, soit non), dans les livres c'est plus nuancé que cela. Jon peut simplement caresser Ghost et ressentir les sens du loup, sans totalement être dans son esprit. Il peut même sentir le goût du sang dans sa bouche après que Ghost ait chassé, et ressentir la faim du loup. L'exemple le plus notable de ce cas d'un esprit à la fois dans deux corps se produit avec Arya et les chats de Braavos :
Elle rêva cette nuit-là qu’elle était de nouveau un loup, mais son rêve différait de ses autres rêves. Dans ce rêve-ci, elle n’avait pas de meute. Elle rôdait toute seule, se juchait d’un bond sur le faîte des toits et longeait à pas feutrés, silencieusement, les bords d’un canal, pourchassant des ombres à travers le brouillard. A Feast for Crows, Cat des Canaux
La taverne était presque vide, et elle put s’attribuer un recoin tranquille pas loin du feu. À peine s’était-elle installée et avait-elle croisé les jambes que quelque chose vint lui frôler la cuisse. « Encore toi ? » s’exclama la petite aveugle. Elle lui gratta la tête derrière une oreille et le chat lui sauta sur les genoux et se mit à ronronner. Les chats pullulaient, à Braavos, et nulle part plus que chez Pynto. Le vieux pirate avait la conviction qu’ils lui portaient bonheur et débarrassaient sa taverne de la vermine. « Tu me connais, toi, hein ? » chuchota-t-elle. Les chats ne se laissaient pas abuser par des verrues d’histrion. Ils se souvenaient de Cat des Canaux.
[...]
Les Lysiens choisirent la table la plus proche de l’âtre et discutèrent de façon discrète autour de godets de tafia noir goudron, parlant à voix basse pour n’être entendus de personne. Mais elle était Personne et elle en saisit presque chaque mot. Et un moment, il lui sembla aussi les voir, par les prunelles jaunes et fendues du matou qui ronronnait sur ses genoux. Il y avait un vieux et un jeune, et un qui avait perdu une oreille, mais tous trois avaient les cheveux blanc-blond et la peau lisse et claire de Lys, où le sang des anciennes Possessions gardait toute sa vigueur. A Dance with Dragons, La Petite Aveugle
« Oui. Je sais que c’est vous qui m’avez frappée. » Son bâton fulgura et frappa les doigts de l’homme, envoyant le bâton de celui- ci valdinguer au sol.
Le prêtre fit la grimace et retira la main d’un geste vif. « Et comment une fillette aveugle pourrait-elle le savoir ? »
Je t’ai vu. « Je vous en ai donné trois. Je n’ai pas besoin de vous en donner quatre. » Peut-être demain lui parlerait-elle du chat qui l’avait suivie jusque chez elle la nuit dernière depuis chez Pynto, le chat qui se cachait sur les poutres, et les regardait d’en haut. Peut- être pas, non. S’il pouvait avoir des secrets, elle en aurait aussi. A Dance with Dragons, La Petite Aveugle
Arya n'est pas complétement hors de son corps mais pas totalement dans celui du chat, et elle se sert des yeux du chat comme des siens. Et elle n'a même pas conscience de le faire, cela se produit juste de façon naturelle. Peut-être est-ce le chat dont elle rêve précédemment.

Ainsi, Sansa pourrait bien voir des choses par les yeux d'un oiseau, sans avoir conscience de le faire. 

Les enfants Stark semblent bien plus puissants que les vervoyants/change-peaux habituels : ils se sont immédiatement liés à leurs loups sans le réaliser, et parviennent à se connecter à d'autres animaux. Arya peut prendre possession du corps de Nymeria alors qu'elles sont sur deux continents différents, ce qui n'est sûrement pas quelque chose d'ordinaire, surtout pour une personne qui n'a aucun entraînement et qui ne sait pas ce qu'elle fait. Même Varamyr, un homme qui parvient à contrôler cinq animaux différents, reconnaît le pouvoir de Jon :
Il avait perçu la nature réelle de Snow à l’instant où il avait vu le loup géant blanc qui chassait en silence à ses côtés. Un change-peau en reconnaît toujours un autre. [...] Le don était fort en Snow, mais le jeune homme n’avait pas reçu de formation, toujours en lutte contre sa nature alors qu’il aurait dû s’en glorifier. A Dance with Dragons, Prologue

Le rôle du traumatisme et de l'esprit dans la manifestation du don


Les Stark semblent donc très puissants. Et cela inclut Sansa, puisque GRRM a confirmé qu'elle aussi a ce don, ce qui signifie qu'il est fort probable qu'à un moment ou à un autre elle aura un lien avec un animal. Cela aurait donc du sens qu'il ait déjà laissé quelques indices à ce sujet.

Une composante importante de la personnalité de Sansa, qui pourrait affecter ses pouvoirs de vervoyance, est sa mémoire. Pour surmonter les différents traumatismes auxquels elle a été exposée, l'esprit de Sansa a effacé et/ou réécrit certains de ses souvenirs. Tous les enfants Stark font cela, à différents niveaux. Par exemple, Bran pense que Rickon fait exprès de faire comme si leur père n'était pas mort :
« Dites-le à Robb, je veux qu’il revienne ! reprit Rickon. Il n’a qu’à ramener son loup, et Mère, et Père. » Tout en sachant pertinemment que Père était mort, il lui arrivait de l’oublier... – exprès, subodorait Bran. Car il était aussi têtu que peut l’être un mioche de quatre ans. A Clash of Kings, Bran V
Bran fait aussi cela :
Le rêve qu’il avait fait... – le rêve qu’Eté avait fait... Non, il me faut à tout prix éviter de penser à ce rêve-là. Il n’en avait pas même parlé aux Reed, mais il lui semblait qu’au moins Meera se doutait que quelque chose clochait. S’il n’en soufflait mot, jamais, de ce rêve, peut-être en viendrait-il à oublier même qu’il l’avait fait, et, alors, ça n’aurait pas eu lieu, voilà, et Robb et Vent Gris seraient encore en... A Storm of Swords, Bran IV

Sansa est celle de la fratrie qui fait le plus cette réaction de répression, c'est son principal moyen de surmonter ses traumatismes. Par exemple, la façon dont elle se souvient (ou plutôt, essaye de ne pas se souvenir) de son amie Jeyne Poole :
Septa Mordane lui manquait, septa Mordane et même Jeyne, son amie la plus sincère. Mais la première avait payé de sa tête, comme les autres, le crime de servir la maison Stark. Quant à la seconde, Sansa ignorait tout de son sort depuis qu’elle avait disparu semblait-il corps et biens. Elle avait beau éviter le plus possible de penser à elles, leur souvenir l’assaillait parfois à l’improviste, et elle avait alors le plus grand mal à refouler ses larmes. A Clash of Kings, Sansa II
Penser à elle est trop douloureux, alors Sansa s'efforce de ne pas penser à Jeyne. Un autre exemple, avec la façon dont elle gère les différents événements ayant eu lieu aux Eyriés, qui incluent une tentative de viol de la part de Marillion, une agression sexuelle de la part de Littlefinger, une tentative de meurtre de la part de sa tante, et enfin avoir assisté au meurtre de sa tante par Littlefigner :
Je ne suis pas votre fille, songea-t-elle. Je suis Sansa Stark, fille de lord Eddard et de lady Catelyn, le sang de Winterfell. Elle garda cela par-devers elle, cependant. Sans l’intervention de Petyr Baelish, ce n’était pas Tante Lysa mais elle-même qui serait allée virevolter dans l’azur glacial et s’écraser sur les rochers six cents pieds plus bas. Il est d’une intrépidité... Que n’en avait-elle autant ! Elle n’aspirait qu’à filer se refourrer au lit, s’enfouir sous ses couvertures et dormir, dormir. Elle n’avait pas connu une seule nuit de profond sommeil depuis la mort de lady Lysa. A Feast for Crows, Sansa I

Il me sert des mensonges, à moi aussi, s’avisa-t-elle subitement. Mais c’étaient là des mensonges si réconfortants qu’elle les supposa dénués de toute mâle intention. Quand c’est la bienveillance qui l’inspire, il n’est pas aussi grave de mentir. Seulement, que n’arrivait-elle à les gober tels quels... !
Ce qui persistait à la perturber infiniment, c’étaient les révélations que sa tante lui avait déballées juste avant sa chute. « Délirantes », ainsi les avait qualifiées Petyr. « Ma femme était folle, tu n’as que trop pu t’en rendre compte par toi-même. » Pour ça, oui. Alors que je n’avais rien fait d’autre que de construire un château de neige, elle a voulu me précipiter par la Porte de la Lune. Petyr m’a sauvé la vie. Il aimait bien ma mère, et...
Et elle-même ? Comment douter qu’il l’aimait bien ? Ne l’avait-il pas sauvée ?
C’est Alayne, sa fille, qu’il a sauvée, chuchota en elle une petite voix. Sauf qu’elle était également Sansa, et qu’il lui arrivait d’avoir l’impression passablement fréquente que le lord Protecteur du Val n’était pas moins lui-même deux êtres à la fois. Il était Petyr, son protecteur à elle, chaleureux, drôle et attentionné, mais il était aussi le Littlefinger dont elle avait fait la connaissance à Port-Réal et qui souriait d’un air de deux airs et caressait sa barbichette tout en susurrant à l’oreille de la reine Cersei. Et Littlefinger n’était nullement de ses amis personnels. Lorsque Joff avait ordonné de la rosser publiquement, c’était le Lutin qui s’était fait son défenseur, pas Littlefinger. Lorsque la populace avait cherché à la violer, c’était le Limier qui s’était démené pour la tirer d’affaire, pas Littlefinger. Lorsque les Lannister l’avaient mariée malgré elle à Tyrion, c’était ser Garland le Preux qui s’était efforcé de la réconforter, pas Littlefinger. En dépit du sobriquet dont on l’affublait, Littlefinger n’avait jamais levé pour elle ne serait-ce que son petit doigt.
Sauf pour mon évasion de Port-Réal. Mon évasion, c’est à lui que je la dois. Je croyais que le maître d’œuvre en était ser Dontos, mon pitoyable vieil ivrogne de Florian, mais c’est Petyr qui l’a organisée de bout en bout. Ses dehors de Littlefinger étaient seulement un masque qu’il ne pouvait pas se dispenser de porter. Restait néanmoins qu’il y avait des fois où Sansa aurait été fort en peine de dire où s’achevait l’homme et où le masque débutait. Littlefinger et lord Petyr se ressemblaient d’une manière si confondante... ! Elle les aurait volontiers fuis tous les deux, peut-être, mais pour aller où, quand il n’y avait nulle part de place pour elle ? Winterfell n’était plus que cendres désertes, Bran et Rickon étaient morts et refroidis. Robb avait été assassiné par traîtrise aux Jumeaux, ainsi que dame leur mère. Tyrion avait dû être exécuté pour le meurtre de Joffrey et, si elle-même retournait jamais à Port-Réal, la reine ne lui laisserait pas non plus volontiers la tête sur les épaules. La tante dont elle avait espéré sa sauvegarde avait au lieu de cela tenté de la tuer. Son oncle Edmure était prisonnier des Frey, tandis que son grand-oncle, le Silure, se trouvait assiégé dans Vivesaigues. Je ne dispose d’aucun asile, en dehors d’ici, songea-t-elle misérablement, et je ne possède aucun ami véritable, à l’exclusion de Petyr. A Feast for Crows, Sansa I

Théorie : comment le don de Sansa pourrait enfin se révéler ?


Au fond d'elle (peut-être même pas si profond que ça), Sansa sait qu'elle ne peut pas faire confiance à Petyr. Elle sait qu'il lui ment, mais elle veut croire ces mensonges. Elle veut lui faire confiance. Elle veut avoir le sentiment d'être en sécurité avec lui. Elle veut être en sécurité. Donc non, Sansa n'est pas stupide ou naïve pour faire confiance à Petyr, elle n'est pas non plus cruelle parce qu'elle évite de penser à Jeyne. Elle n'est ni idiote ni méchante, elle est simplement une jeune fille de treize ans qui a vécu des choses qu'une enfant de cet âge ne devrait pas subir, et son cerveau fait de son mieux pour la protéger de cela.

Elle a donc construit un mur, derrière lequel se cachent la mort de Lysa, le meurtre de Jon Arryn, et Jeyne Poole. Et les dons de vervoyance/change-peau, qui concernent l'esprit, pourraient ainsi être aussi réprimés. Dans TWOW, il y aura peut-être un moment où Sansa n'aura pas le choix que de devoir confronter tous ses souvenirs. Mais surtout, où elle devra confronter Baelish sur ce qu'il est arrivé à Jeyne Poole, et sur les morts de Jon Arryn et de Lysa. Et ainsi, vaincre le géant dans le château de neige, Littlefinger, l'oiseau moqueur.
Cela aurait donc du sens qu'en arrêtant de réprimer tous ces souvenirs, ses dons finissaient ainsi par se manifester réellement : alors qu'elle ouvre son esprit, ses dons deviendraient plus puissants. L'oiseau de  Sansa pourrait être un faucon et non une colombe, pas seulement pour sa connexion avec la maison Arryn et parce qu'elle a déjà pratiqué de la fauconnerie, mais aussi pour la symbolique. Les faucons représentent la vision, la liberté et la victoire. Ils représentent donc la salvation pour ceux qui sont en chaînes, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Que Sansa se lie à un faucon et s'envole vers sa liberté serait ainsi la conclusion parfaite de son arc d'oiseau en cage.

GRRM n'a pas donné à quatre de ses personnages à point de vue le don de contrôler les animaux par l'esprit pour rien. Cela représente déjà une grosse partie des histoires de Jon, Arya, et Bran, cela représentera donc également une part importante de l'histoire de Sansa.

Traduction : moi // Source

lundi 10 février 2025

Alicent Hightower est-elle l'ancêtre de la génération actuelle des Stark ?

 
On sait que Jon Snow et Daenerys Targaryen sont les descendants directs de Rhaenyra et Daemon Targaryen. Mais les descendants directs d'Alicent Hightower, qu'en est-il ?

Accrochez vous !

Alors, à première vue, les enfants et petits enfants d'Alicent sont tous morts à l'issue de la Danse des Dragons. Tous ? Non ! Car son fils Aemond, lors de la prise de Harrenhal, a semble-t-il rapidement pris pour maîtresse la sorcière Alys Rivers, qui était enceinte lors du dernier affrontement de ce dernier et de son oncle Daemon, au dessus de l'Oeildieu.


Ce fils bâtard aurait ensuite fondé la maison Whent de Harrenhal... quelques décennies plus tard, une certaine Minisa Whent a pris pour époux un certain Hoster Tully. Ils ont eu trois enfants...


L'aînée de ces trois enfants, une certaine Catelyn Tully, a pris pour époux un certain Eddard (surnommé Ned) Stark, avec qui elle a eu 5 enfants...


Donc voilà, avec tous les mariages entre grandes maisons, au bout d'un moment, tout le monde est le cousin éloigné de tout le monde (même Robert Baratheon avait un peu de sang Targaryen)... je trouve ça plutôt intéressant. Et vous, qu'en pensez vous ?

lundi 26 février 2024

Alter egos et parallèles : Alayne & Jon, Mercy & Sansa, Jeyne & Arya

___Plusieurs des personnages d'ASOIAF changent d'identité pour une raison ou une autre : les Stark, les héros de l'histoire, n'échappent pas à la règle. Ce qui est plus troublant, c'est que les alter égo de ces derniers sont plus ou moins liés...

→→→Alayne Stone = Jon Snow

__ J'en ai déjà parlé dans plusieurs analyses, mais comme ces dernières datent ça fait peut-être pas de mal de revenir dessus ! Jon est sûrement le seul bâtard que Sansa connaît et avec lequel elle a eu des interactions avant de devenir Alayne, suffisamment pour savoir comment un bâtard se conduit et se tient en société, et comment ces derniers sont vus. Elle songe dans AFFC que “Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas pensé à Jon”, et pourtant, elle a décidé qu'Alayne avait 14 ans, comme Jon la dernière qu'elle l'avait vu, qu'Alayne n'aimait pas danser, comme Jon... Mais ce ne sont pas les seuls parallèles :

__ → Ned est revenu auprès de son épouse Tully après une période de séparation avec un bâtard aux cheveux bruns = Petyr est retourné auprès de son épouse Tully avec une bâtarde ; l'idée de lui teindre les cheveux en brun est venue de Lysa.

__ → Jon est en fait le neveu de Ned, pas son fils = Sansa est en fait la nièce (suite au mariage de ce dernier avec Lysa) de Petyr, pas sa fille.

__ → Jon tient son nom du père d'accueil de Ned, Jon Arryn = Alayne tient son nom de la mère de Petyr.

__ → Jon devait être soustrait à la colère de Robert Baratheon = Sansa devait être soustraite à la colère de Cersei Lannister

__ → Catelyn n'aimait pas la présence de Jon = Lysa finit par devenir jalouse de Sansa/Alayne et à vouloir la renvoyer.


→→→Mercy = Sansa

__ Dans le premier chapitre de TWOW, Arya Stark se fait passer pour une fille du peuple qui s'appelle Mercy - diminutif de Mercedene. Mercedene (de l'espagnol Mercedes) et Mercy veulent dire miséricorde, un thème profondément ancré dans le parcours des deux sœurs Stark. Arya représente la miséricorde de la mort, Sansa représente la miséricorde du pardon et de la compassion, la miséricorde d'une nouvelle vie après avoir changé ou expié. On retrouve ces deux aspects de la miséricorde avec Sandor Clegane et ses interactions avec les deux jeunes filles. Sansa lui a accordé la miséricorde de la Mère, ce qui l'a brisé, tandis qu'Arya lui a refusé la miséricorde de la mort, mais lui a donné la miséricorde d'une nouvelle vie en tant qu'homme brisé.

__ Pour revenir à ce chapitre de TWOW, on a une pièce de théâtre dans une pièce de théâtre : Arya Stark joue le rôle de Mercy, tandis que Mercy joue un rôle dans une pièce intitulée The Bloody Hand : elle y incarne une jouvencelle qui épouse un nain et qui, lors de sa nuit de noce, est violée et assassinée par ce dernier. Il se trouve qu'en plus, Arya joue le rôle de Sansa à deux reprises dans ce chapitre :

→→→ Quand elle joue Mercy ou l'idée qu'Arya se fait de Sansa : “Elle était faite pour les douceurs, les sourires et les badineries, pour travailler dur et faire ce qu'on lui demandait. 'Miséricorde, miséricorde, miséricorde,' chantait-elle en descendait les escaliers [...] 'Miséricorde, miséricorde, miséricorde,' chantait-elle tristement. Elle avait été une enfant idiote et étourdie, mais au bon cœur." Cette idée est renforcée par la présence de personnages féminins entourant Mercy, son amie Daena (qui comme Sansa, connait bien les étendards de Westeros et sait comment coudre) et une actrice, Lady Stork (ce qui est assez similaire à Lady Stark, la mère d'Arya). En gros, Arya se fait passer pour Mercy, une version de Sansa, une version que Catelyn aurait aimé qu'elle soit (féminine et raffinée).

→→→ Quand elle joue le rôle que Mercy joue dans la pièce de théâtre, elle joue le rôle de Sansa épousant Tyrion Lannister avant d'être violée par ce dernier lors de leur nuit de noces. Mais ce n'est qu'une pièce, Le mariage de Sansa et Tyrion n'a jamais été consommé, et bien que Sansa ait disparu, elle est vivante dans le Vale, elle aussi jouant un rôle, sous la fausse identité de la bâtarde Alayne Stone.

__ L'auteur de cette analyse explique que ce chapitre lui fait beaucoup penser à Sansa, Jeyne et Arya, car elles sont trois filles de Winterfell faisant semblant d'être quelqu'un d'autre, et que leurs alter-égos sont assez similaires : Jeyne fait semblant d'être Arya ; Arya fait semblant d'être Sansa ; Sansa fait semblant d'être Alayne.

__ On peut aussi voir ce chapitre comme une reconstitution de ce qu'il arrive à Sansa pendant la Bataille de la Néra et pendant son mariage avec Tyrion. D'abord, Raff tout Miel fait son retour : ce soldat Lannister a tué un des amis d'Arya, Lommy. Arya avait ainsi mis Raff sur sa liste de noms ; plus tard dans ce chapitre de TWOW, Arya, jouant le rôle de Mercy/Sansa, fait face à Raff dans une situation à forte connotation sexuelle, avant de lui accorder miséricorde ; ça ne vous rappelle rien ? Le Limier était un soldat Lannister qui a tué un des amis d'Arya, Micah. Arya avait ainsi mis le Limier sur sa liste de nom ; plus tard, le Limier raconte à Arya comment il a agressé Sansa la nuit de la Bataille de la Néra, dans une situation à forte connotation sexuelle (le Limier avait l'intention de violer Sansa), avant qu'Arya ne lui accorde miséricorde.

__ Ensuite, Bobono est un nain qui joue le rôle de Tyrion dans une pièce de théâtre où il viole Sansa, jouée par Mercy. Bobono se permet des attouchements déplacés envers Mercy/Arya, et lui demande de coucher avec lui ; ça ne vous rappelle rien ? Bobono répète les actions de Tyrion envers Sansa lors de leur nuit de noces. Pour faire court, Bobono a les mains baladeuses envers Mercy, comme Tyrion avec Sansa, et Raff, un homme de plus ou moins 30 ans, veut coucher avec une fillette de 11-12 ans, comme le Limier avec Sansa.

→→→ Mercy baissa timidement les yeux vers ses pieds. “Izembaro m'a dit de faire ce qu'il plaira aux sires,” murmura-t-elle. “S'il y a quoi que ce soit que vous désiriez, n'importe quoi...”
→→Les deux gardes échangèrent un regard. Puis le plus avenant des deux tandis la main et toucha son sein. “N'importe quoi ?
→→Tu es répugnant,” dit l'homme plus âgé.
→→“Pourquoi ? Si cet Izembaro veut faire preuve d'hospitalité, il serait malpoli de refuser.” Il la pince à travers le tissu de sa robe, comme l'avait fait le nain.
→→Les acteurs sont presque aussi bien que les putains.
→→“Peut-être, mais celle-ci n'est qu'une enfant.”
→→“Je ne suis pas une enfant, menti Mercy. Je suis une jouvencelle.”
→→“Plus pour longtemps,” dit l'avenant. “Je suis Lord Rafford, chérie, et je sais ce que je veux. Soulève moi ces jupes, et appuie toi contre ce mur.”
 The Winds of Winter, Mercy I

__ Tyrion et Sandor sont deux hommes qui ont fait des avances non désirées à Sansa, comme l'ont fait Bobono (qui joue Tyrion) et Raff (qui représente le Limier) avec Mercy (qui est Arya jouant Mercy jouant Sansa) dans ce chapitre. Mais le viol ne s'est pas produit : Arya/Mercy a tué Raff, d'une façon plus sombre que celle dont Sansa a tué le Limer en lui accordant la miséricorde de la Mère ; et Bobono (qui joue Tyrion), est un acteur avec un faux pénis qui va perpétrer un viol dans une pièce, tout comme le mariage de Sansa et Tyrion était une mascarade qui n'a jamais été consommée.

Traduction : moi // Source

mercredi 3 mai 2023

Vengeance ou miséricorde ?


→→Aiguille étincela lorsqu'elle la tira du fourreau. Polliver avait au moins su la maintenir en bel et bon état. Elle se posa de biais, en posture de danseur d'eau, sans même y réfléchir. Des feuilles mortes crissèrent sous ses pieds. Preste comme un serpent, songea-t-elle. Souple comme une soie d'été.
→→Les yeux de Sandor s'ouvrirent. “Tu te rappelles où est le cœur ?” demanda-t-il dans un souffle rauque.
→→Elle s'immobilisa, littéralement pétrifiée. “Je... Je ne faisais que...
→→- Mens pas, gronda-t-il. Horreur des menteurs. Horreur encore plus des entourloupes à dégonflés. Vas-y, fais-le.” Voyant qu'elle ne bougeait pas, il reprit : “J'ai tué ton garçon boucher. Je l'ai presque coupé en deux, et ça m'a fait rigoler, après.” Il émit un bruit bizarre, et elle eut besoin d'un moment pour comprendre qu'il sanglotait. “Et le petit oiseau, ta mignonnette de frangine, je me trouvais là, dans mon manteau blanc, quand on l'a rossée, et j'ai laissé faire. Sa putain de chanson, jamais de la vie qu'elle me l'a donnée, c'est moi qui la lui ai prise. Et j'avais envie de la prendre, elle aussi. J'aurais dû. J'aurais dû la baiser à mort et lui arracher le cœur avant de la laisser pour ce putain de nain.” Un spasme de douleur lui convulsa la face. “Tu veux quoi ? me forcer à te conjurer, salope ? Fais-le ! Offre-le-moi, le coup de grâce..., venge-le, ton petit Michaël...
→→- Mycah.” Elle prit du champ. “Vous ne méritez pas le coup de grâce.”
→→Le Limier la regarda seller Pétoche avec des yeux flamboyants de fièvre. Pas une fois il n'essaya de se lever pour la retenir. Mais, lorsqu'elle eut le pied à l'étrier, il dit : “Un loup véritable achèverait un animal blessé.”
→→Peut-être que des loups véritables vous trouveront, lui riposta-t-elle a parte. Peut-être qu'ils vous sentiront, au coucher du soleil. Alors, il apprendrait ce qu'ils leur font, aux chiens, les loups. “Vous n'auriez pas dû m'assommer à coups de hache, dit-elle. Vous auriez dû sauver ma mère.” Elle tourna bride et le quitta sans un seul regard en arrière.
 A Storm of Swords, Arya XIII

samedi 14 mai 2022

Rien qu'une épée ...

 

→→“Ce n'est qu'une épée,” dit-elle, tout haut, cette fois... mais ce n'était pas qu'une épée.
→→Aiguille était Robb et Bran et Rickon, elle était Père et Mère, elle était même Sansa. Aiguille était Winterfell et ses murailles grises et les rires de ses habitants. Aiguille était les neiges d'été, les histoires de Vieille Nan, l'arbre-cœur avec ses feuilles rouges et sa face angoissante, la chaude odeur d'humus des jardins de verre, le tapage du vent du nord s'acharnant contre les volets de sa chambre. Aiguille était le sourire de Jon Snow. Aiguille, Polliver la lui avait volée quand les hommes de la Montagne l'avaient faite prisonnière, mais lorsqu'elle était entrée dans l'auberge du carrefour en compagnie du Limier, l'épée s'y trouvait. Les dieux ont voulu que je l'aie. Pas les Sept, ni le Multiface, mais les dieux de Père, les bons vieux dieux du Nord. Le dieu Multiface peut avoir le reste, songea-t-elle, mais l'avoir, elle, il n'en est pas question.
 A Feast for Crows, Arya II

vendredi 25 février 2022

Un nouveau dieu

→→L'oeil et l'oreille aux aguets, polissait-elle aussi patiemment ses haines qu'auparavant Gendry son heaume de taureau. De celui-ci s'était paré Dunsen, et elle l'en haïssait. Elle haïssait Polliver d'arborer Aiguille, et elle haïssait Chiswyck de le trouver marrant. Et elle haïssait encore davantage Raaf Tout-miel d'avoir planté sa lance dans la gorge de Lommy. Elle haïssait ser Amory Lorch pour la mort de Yoren, et elle haïssait ser Meryn Trant pour celle de Syrio, le Limier pour celle de Mycah, ser Ilyn et la reine et le prince Joffrey pour celle de Père et celle de Gros Tom et celle de Desmond et celle de tous les autres, même y compris celle de Lady. Quant à Titilleur, il était presque trop effacé pour qu'elle le haïsse avec persévérance ; il s'en fallait de peu, parfois, qu'elle n'oubliât jusqu'à sa présence, là, parmi eux ; séances d'interrogatoires à part, il n'était qu'un troupier quelconque, plus paisible que la plupart, et sans un trait qui le différenciât de milliers de gueules ordinaires.
→→ Nuit après nuit, Arya se nommait ses exécrations. “Ser Gregor, soufflait-elle à son oreiller de cailloux, Dunsen, Polliver, Chiswyck, Raff Tout-miel, Titilleur et le Limier. Ser Amory, ser Ilyn, ser Meryn, le roi Joffrey, la reine Cersei.” A Winterfell, elle avait prié dans le septuaire en compagnie de Mère et, en compagnie de Père, dans le bois sacré, mais, faute de dieux sur la route d'Harrenhal, les noms exécrés étaient la seule prière qu'elle entendit se rappeler.
 A Clash of Kings, Arya VI

lundi 18 octobre 2021

Mort de traître

 

→→“Ma mère m'enjoint de laisser lord Eddard prendre le noir, et lady Sansa m'a supplié d'épargner son père.” Sur ces mots, il regarda Sansa droit dans les yeux, et sourit, si bien qu'Arya crut une seconde sa prière exaucée, mais déjà il se retournait vers le peuple et déclarait : “Le cœur des femmes a de ces faiblesses..., mais aussi longtemps que je serai, moi, votre roi, la félonie ne demeurera pas impunie. Sa tête, ser Ilyn !”
→→La foule poussa un rugissement, et sa houle batti si rudement le piédestal de Baelor qu'Arya sentit la statue tituber, pendant que le Grand Septon se pendant aux basques du roi, que Varys se précipitait en se tordant les bras, que la reine elle-même tentait apparemment de raisonner son fils, mais Joffrey leur opposait à tous le même branlement de tête négatif. Et dès que parut, décharnée, dégingandée tel un squelette sanglé de maille, la justice du roi, seigneurs et chevaliers s'écartèrent comme par enchantement. Loin, très loin, du fin fond de quelque cauchemar, Arya entendit sa sœur crier d'une voix stridente puis la vit à genoux, convulsée de sanglots.
→→Ser Ilyn tira une longue épée de son fourreau d'épaule et, lorsqu'il la brandit au-dessus de sa tête, le soleil fit danser sur le métal sombre au fil plus aigu qu'aucun rasoir des risées si étincelantes que Glace ! frémit Arya, c'est Glace qu'il a ! et, le long de ses joues, ruisselèrent des larmes qui achevèrent de l'aveugler.
 A Game of Thrones, Arya V