
__Différentier la vérité des mensonges peut s'avérer épuisant pour les lecteurs essayant de comprendre la narration ; mais une lecture attentive du texte révèle un assortiment de règles très clair employé par GRRM quand il s'agit de déterminer quelle est la vérité.
__La clé pour voir la vérité se trouve à Braavos, la ville où a eu lieu le Dévoilement d'Uthero, où se trouvent le Palais de la Vérité et les Sans Visage, les maîtres dans l'art de la duperie. L'ancienne première épée de Braavos, Syrio Forel, sème de premiers indices sur les perceptions erronées dans AGOT, quand il explique à Arya de regarder avec ses yeux, car les bouches mentent, mais les yeux disent la vérité. Cela est repris dans ACOK par l'homme se présentant comme Jaqen H'ghar, mais ce n'est pas avant AFFC que nous avons l'explication complète de l'auteur à ce sujet, par le biais de l'homme plein de gentillesse :
→→→ “Il y a des menteurs qui cillent. D'autres qui ont le regard fixe. D'autres qui le détournent. D'autres qui se lèchent les lèvres. Beaucoup se couvrent la bouche juste avant de proférer un mensonge, comme afin de camoufler leur fraude. Certains indices peuvent prendre des formes plus subtiles, mais n'empêche, ils sont toujours là.” A Feast For Crows, Arya II
__D'autres menteurs peuvent avoir plus de pratique, et il revient aux narrateurs de repérer les signes subtils de tromperie. Ned remarque la malversation de Mestre Pycelle suite à l'autopsie de Jon Arryn. A Vaes Dothrak, Daenerys est intriguée par l'insistance de Jorah à vouloir aller récupérer leurs lettres sans être accompagné, un soupçon qui se révèle fondé deux livres plus tard. Lors de leurs aventures dans le Conflans, Brienne et Jaime démasquent un faux aubergiste à cause de l'intérêt mal placé de ce dernier pour leur périple. Tyrion est sans doute celui avec le plus d'expérience en la matière : il est stupéfait de l'aisance avec laquelle Littlefinger parle de sa soi-disant aventure avec Catelyn Stark, et perçoit même l'accusation de meurtre de Lysa comme couverture pour autre chose, bien que, contrairement à Daenerys, il ne soit pas mis au courant deux livres plus tard. Tyrion remarque également les complots et machinations de son père et de son oncle, se rendant compte que Tywin ne divulgue pas certaines informations.
__En fait, quand il s'agit de mentir, la seule façon de ne pas être démasqué, c'est de révéler seulement des parties de la vérité. Ned, qui a tendance à aller droit au but, se met terriblement en colère quand il ordonne à Catelyn de ne jamais le questionner au sujet de Jon, déclare que Jon est de son sang, et qu'elle n'a pas besoin d'en savoir plus. Jon utilise lui même cette méthode quand il tourne casaque pour infiltrer le camp des sauvageons, ne révélant que les informations qui lui permettront de gagner la sympathie de Mance. Lorsque Littlefinger s'apprête à désigner Tyrion comme coupable de la tentative de meurtre sur Bran Stark, il s'assure de mentionner un tournoi qui a vraiment eu lieu et qui a précédé le changement de propriétaire de la dague, afin de duper Ned et Cat. Plus tard, dans AFFC, Littlefinger prend un plaisir sans doute pervers à 'confesser' le meurtre de Lysa, convainquant ainsi un peu plus Nestor Royce qu'il était le 'roc' de Lysa, pour gagner son allégeance.

__En fin de compte, GRRM applique une série de règles très strictes quand ses personnages mentent. 'Et si X avait menti sur Y ?' est l'introduction de bons nombres de théories. Mais comme l'explique l'homme plein de gentillesse sur les menteurs :
→→→ “Certains débitent des tas de mensonges, certains juste quelques-uns. Certains n'ont en leur possession qu'un seul mensonge, énorme, et ils le débitent si fréquemment qu'ils en arrivent presque à y croire..., mais une petite partie d'eux-mêmes saura toujours qu'il demeure un mensonge, et cela se manifestera sur leur figure.” A Feast For Crows, Arya II
__Ainsi, le mensonge parfait et le menteur parfait n'existent pas dans le monde créé par GRRM. Après tout, les mensonges ne sont intéressants dans une histoire uniquement quand ils nous en apprennent plus sur les personnages qui les profèrent ou sur ceux qui y croient. Cela pourrait paraître absurde venant de l'auteur d'énormes pavés, mais GRRM ne gaspille pas des paragraphes de textes pour mettre rien d'autre que des duperies. L'histoire de la gamine abandonnée pendant le jeu des mensonges pourrait être rien de plus que des fariboles, mais si c'était le cas, il n'y aurait pas toute cette profondeur entourant les Sans Visage.
__Ainsi, les lecteurs devraient se servir de ces règles pour faire attention à la façon dont Euron Greyjoy se met sur la défensive quand on l'interroge sur son voyage à Valyria, et à l'incrédulité de Tyrion quand il écoute les raisons d'Illyrio de soutenir Daenerys.

































