dimanche 17 mai 2026

Nouvel ami

Ses compagnons se trouvaient encore dans la salle commune quand Jon reparut, suivi de Fantôme. « Où es-tu allé ? demanda Pyp.
— Bavarder avec Sam.
— Vraiment le dernier des lâches ! déclara Grenn. Y avait des tas de places libres à notre banc, tout à l’heure, mais il avait une telle trouille qu’il est allé se planquer dans un coin.
— Sire Jambonneau nous trouve simplement indignes de sa compagnie, observa Jeren.
— L’auriez vu s’empiffrer de porc en croûte, le cochon..., minauda Crapaud. Le gênait pas, de bouffer son frère ! ajouta-t-il en se mettant à renifler, grogner.
— Ta gueule ! » aboya Jon.
Interloqué par sa virulence, tout se tut. « Ecoutez », reprit-il et, dans un silence attentif, il indiqua la démarche à suivre désormais. Comme prévu, Pyp abonda dans son sens puis, contre toute attente, Halder, ce qui le ravit. Grenn balançait encore, lui, mais il sut le toucher. Après quoi, il persuada ceux-ci, cajola ceux-là, flétrit tel et tel autres, menaça quand il le fallait, et tous, un à un, finirent par se rallier. Tous sauf Rast.
« Libre à vous, fillettes, conclut-il en ricanant au nez de Jon, mais moi, pas question. Si Thorne me jette sur dame Truie, je m’y taille mes tranches de lard. » Et, sur ce, il les planta là.
Tout dormait, à Châteaunoir, lorsque, bien plus tard, trois d’entre eux firent irruption dans sa cellule, et Grenn lui immobilisa les bras, Pyp les jambes en s’asseyant dessus. Mais le halètement du captif s’accéléra de façon fort nette quand, couché sur sa poitrine et l’œil rutilant, Fantôme lui mordilla juste assez le tendre du gosier pour y faire perler le sang. « N’oublie pas, dit Jon d’une voix suave, que nous connaissons ta niche. »
Au matin, Rast le divertit sous cape en expliquant à Albett et Crapaud que la lame de son rasoir avait dérapé.
A dater de ce jour, en tout cas, ni lui ni aucun des autres ne se soucia de tourmenter Tarly. Ser Alliser le leur opposait-il, chacun se cantonnait dans la défensive et parait à loisir ses bottes balourdes. Le maître d’armes hurlait-il d’attaquer, ils entraient dans la danse en se contentant d’assener des pichenettes aux plates de poitrine, au heaume ou aux jambières. Et ser Alliser avait beau tempêter, menacer, les traiter tous de pleutres, de femmelettes ou pis, Sam n’en demeurait pas moins intact. Un soir, enfin, cédant aux instances de Jon, il prit part, assis près de Halder, aux agapes communes. Et s’il lui fallut encore une quinzaine pour oser se joindre aux conversations, il ne tarda dès lors plus guère à déguster franchement les simagrées de Pyp ni à taquiner Grenn à qui mieux mieux.
Si gros, gauche et froussard qu’il fût, il n’avait rien d’un sot. Il vint, une nuit, rendre visite à Jon dans sa cellule. « J’ignore ce que tu as fait, dit-il, mais je sais que tu l’as fait. » Il se détourna, par timidité. « Je n’avais jamais eu d’ami.
– Nous ne sommes pas amis, répondit Jon en lui posant la main sur le gras de l’épaule. Nous sommes frères. » A Game of Thrones, Jon IV

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