dimanche 5 avril 2026

La relève

Il regagnait ses appartements dans la tour de la Main quand il tomba, au détour de l’escalier à vis, sur le spectacle inopiné d’Arya qui, moulinant des deux bras, tâchait de tenir en équilibre sur une seule jambe. Avec le succès manifeste d’avoir écorché ses pieds nus aux aspérités de la pierre. Il s’immobilisa, bouche bée. « Que diantre fais-tu là, ma fille ?
— Syrio assure qu’un danseur d’eau peut demeurer des heures entières sur un seul orteil. »
Il ne put s’empêcher de sourire et taquina : « Bon, mais lequel ?
— Sur n’importe lequel », répliqua-t-elle, hérissée par la question. D’un saut, elle changea de pointe et tangua périlleusement, le temps de récupérer son assiette.
« Est-il absolument nécessaire que tu t’y exerces ici ? La chute sera rude, si tu dévales...
— Syrio assure qu’un danseur d’eau ne tombe jamais. » Elle reprit la position normale. « Est-ce que Bran va venir nous rejoindre, à présent, Père ?
— Pas de sitôt, ma douce. Il lui faut recouvrer ses forces. »
Elle se mordit la lèvre. « Que fera-t-il, quand il sera grand ? »
Il s’agenouilla devant elle. « Il a des années devant lui pour trouver la réponse, Arya. Contentons-nous, pour l’heure, de savoir qu’il va vivre.
— Il voulait devenir chevalier, disait à présent Arya. Chevalier de la Garde. Il peut encore ?
— Non », dit-il. A quoi bon mentir ? « Mais rien ne s’oppose à ce qu’un jour il tienne une place forte importante et siège au Conseil du roi. Ou bien construise des châteaux, à l’instar de Brandon le Bâtisseur ; ou bien fasse, à bord d’un vaisseau, la traversée des mers du Crépuscule ; ou encore adopte la religion de Mère et accède à la dignité de Grand Septon. » Mais, plus jamais, songeait-il avec une tristesse indicible, il ne courra aux côtés de son loup, jamais il n’étreindra de femme, jamais il ne prendra dans ses bras un fils de sa propre chair.
Arya pencha la tête de côté. « Et moi ? je pourrais être conseiller du roi, bâtir des châteaux, devenir Grand Septon ?
— Toi, dit-il en lui posant un petit baiser sur le front, tu épouseras un roi, tu régneras sur son château, et tes enfants seront chevaliers, princes, seigneurs, voire, oui, l’un d’eux, peut-être, Grand Septon. »
Le visage d’Arya se ferma. « Non, dit-elle, tout ça, c’est Sansa. » Et comme là-dessus, elle repliait sa jambe droite et reprenait son entraînement, Ned, avec un soupir, la planta là. A Game of Thrones, Eddard V

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